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14 novembre 2020 6 14 /11 /novembre /2020 12:21

J'étais impatiente de lire ce livre en lice pour le Goncourt 2020 : Thésée est un personnage qui me fascine et je garde un excellent souvenir du Thésée d'André Gide notamment.

Voilà donc un autre Thésée mais cette fois, j'ai fini par me perdre dans son labyrinthe. Après le suicide de son frère Jérôme, le décès de sa mère puis celui de son père, Thésée quitte tout pour aller s'installer avec sa famille dans une ville de l'Est. Il emporte trois boites d'archives familiales en guise de fil d'Ariane. Très vite, il sombre dans une profonde dépression et les archives familiales gisent autour de lui dans sa chambre.... De temps en temps des flashes éclairent le lecteur sur les sources du malaise :  la difficulté d'être Juif en France sous Vichy, la judaïté refoulée au profit de la réussite sociale, ... Mais le récit revient sans cesse aux mêmes idées et tisse des liens obscur entre des dates et des événements, la mise en page mêle photos, manuscrits, texte en italiques en vers libres et texte en prose qui reprend soudain en milieu de phrase ! Bref, un labyrinthe où l'on se perd et dont je ne suis pas ressortie.

extrait choisi :

commences-tu à comprendre comment les corps s'imbriquent

vie après vie

eux, Nissim et son jeune frère Talmaï, notre aïeul,

rêvent de se battre pour une nation qu'ils viennent

juste de rejoindre

tandis que toi et moi

deux frères aussi, pris dans le flot du temps

nous décidons de la fuir

toi, en te suicidant, Jérôme, et moi,

en partant vers un pays

l'ALLEMAGNE

dont je commence à comprendre qu'il est pour Thésée

comme le monstre au cœur du labyrinthe

la grande épreuve de l'effroi et des peurs

généalogiques

mais Nissim, lui, est heureux de se battre pour la France, il en oublie, dans les combats, qu'il fut enfant d'un autre lieu et lié à la « religion de ses pères » ; il se déplace, s'inquiète de ne pas recevoir de lettres de notre futur ancêtre, son cadet ; il se décrit plein d'élan, satisfait d'avoir obtenu de ne plus conduire ; il dit vouloir « faire la guerre pour de vrai » et écrit le onze septembre de Rouen : « J'ai pu faire partie d'une expédition assez sportive dont je suis revenu la nuit dernière ; il s'agissait de faire sauter une ligne de chemin de fer très employée par l'ennemi : cent cinquante kilomètres avec cent soldats à l'intérieur des lignes ; nous sommes arrivés par des chemins jusqu'au point indiqué sans être repérés ; pendant trois heures, nous avons miné la voie et à huit heures du matin, nous l'avons fait sauter ; nous étions à cinq cents mètres d'un village occupé et nous apprenons que seul un détachement de cinquante Allemands y est demeuré, les autres ayant poursuivi vers le front ; en accord avec le commandant, nous avons pris une dizaine d'hommes sur deux autos et nous sommes arrivés sur la place du village ; il était dix heures du matin et une quinzaine de boches étaient assis en train de manger et de fumer ; nous avons ouvert le feu à bout portant… »

vois-tu, Jérôme, cette boucle qui commence à se refermer ?

Ce livre est vendu en librairie 18, 50 €, je le revends à 15 €

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26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 09:59

Impatientes, patience, Munyal, patior, endurer, supporter, subir, souffrir, être victime.

Les trois impatientes de ce roman, "fiction inspirée de faits réels" sont contraintes à endurer, supporter, subir, souffrir et être victimes de la tradition patriarcale polygame et musulmane des Peuls. Sans cesse, on leur serine le même refrain "patience".

Ramla et Hindou sont demi-sœurs, Ramla aime les études, rêve de devenir pharmacienne et d'épouser Aminou, un futur ingénieur dont elle est amoureuse. Sa demi-sœur Hindou n'a pas de goût pour les études et se plaît aux activités féminines. Toutes deux sont mariées de force le même jour, leur père ne tolère aucune protestation, leurs mères les exhortent à obéir, leur propre sécurité de co-épouses du père, est en jeu. Le jour du mariage, elles doivent écouter les préceptes du mariage selon les pères et les oncles jusqu'à ce que les mères et belles-sœurs les poussent "sans ménagements" vers la voiture de leur mari.

Hindou a été donnée en mariage à son cousin Moubarak, elle ne quitte donc pas la "concession" où vivent les oncles et son père mais elle n'a pas le droit de revenir chez elle, même quand Moubarak la bat, même quand il couche avec une prostituée dans le lit conjugal. Elle sombre un temps dans une profonde dépression mais ce n'est qu'une porte de sortie provisoire. Lasse des exhortations à la patience, elle finit par partir, on ne sait où.

Ramla a été donnée en mariage à Alhadji , un homme politique riche et prospère, un homme de 50 ans, elle est sa seconde épouse. Contrainte de taire sa révolte, elle semble avoir adopté l'attitude de patience qu'on attend d'elle mais la jalousie de sa co-épouse, la "daada-saaré" finit par lui rendre la vie impossible. Elle finit par partir, elle aussi.

La 3e femme dont on entend la voix dans ce roman est Safira, la " daada-saaré" de 35 ans qui voit d'un mauvais œil arriver Ramla, la nouvelle épouse qui n'a encore que 17 ans.  Lorsque Ramda lui prend son tour, son walaande, la jalousie de Safira n'a plus de bornes.

Extrait : Le huitième jour, c’est mon tour. Mon walaande ! La lune de miel instaurée par la religion est achevée et, désormais, Alhadji doit se partager entre sa nouvelle épouse et moi. Je m’apprête à revoir mon mari.

Quand il m’a annoncé son désir de prendre une nouvelle épouse après vingt années de mariage, il avait pris une décision unilatérale qui, selon lui, n’avait rien à voir avec ma personne. Il s’en est arrogé le droit et a refusé d’en discuter. Par contre, j’étais libre de refuser cet état de fait et, en ce cas, il pouvait me libérer. Or, entre son envie de se remarier et son désir de me conserver, il avait déjà fait son choix. Il m’a rappelé que je ferais mieux d’être raisonnable et sage :

« Ouvre les yeux, Safira ! m’a-t-il dit. La polygamie est normale et même indispensable pour le bon équilibre du foyer conjugal. Tous les hommes importants ont plusieurs épouses. Même les plus pauvres en ont. Tiens ! Ton père est aussi polygame, non ? Si ce n’est avec moi, ça sera toujours avec un autre. Jamais tu ne seras seule chez un homme. Si tu étais un peu reconnaissante, tu remercierais plutôt Allah d’avoir été seule pendant toutes ces années. Tu as bien profité de ta jeunesse sans partage. C’est égoïste à présent de montrer de l’amertume. Et puis, serais-tu plus sage que le Tout-Puissant qui a autorisé les hommes à avoir jusqu’à quatre épouses ? Es-tu plus importante que les épouses du Prophète qui ont accepté dignement cette polygamie ? Penses-tu être un homme pour affirmer qu’on ne peut aimer plusieurs femmes à la fois ? »

Pourtant l'hospitalisation de Ramla rapproche un temps les deux femmes : " Comme toi, j’ai eu le cœur brisé le jour de ce mariage. Comme toi, je ne suis qu’une victime. Je ne suis qu’un caprice pour lui. À peine m’a-t-il aperçue qu’il a décidé que je lui appartiendrais, peu importe ce que j’en pensais. Mes parents non plus n’ont pas tenu compte de mes sentiments et n’ont pas entendu ma détresse. Je n’ai pas choisi d’être ta rivale ou de te prendre ton époux.

— Je ne savais pas. J’en suis désolée. Mais tu sais, tu es encore jeune et…

— Je ne suis plus jeune. On m’a volé ma jeunesse. On m’a volé mon innocence.

— À moi aussi."

Ce roman polyphonique évoque la condition féminine dans les peuples musulmans polygames au XXIe siècle, à l'époque du smartphone, de l'Internet, des voyages intercontinentaux en avion. On pourrait l'oublier tant la réalité évoquée dans ce roman est rétrograde ! À plusieurs reprises, j'ai même pensé aux Lettres Persanes de Montesquieu, seuls manquent les eunuques ! Le recours à des Marabouts et à des pratiques magiques invraisemblables accroît encore cet effet d'un autre temps. Comment des mondes aussi distants peuvent-ils coexister, même à l'ère d'internet et des voyages en avions ?

Ce roman se lit très vite et sans peine, l'écriture est classique, la construction polyphonique explore diverses dimensions de la polygamie musulmane mais c'est un pamphlet très puissant dont on ne sort pas indemne.

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24 octobre 2020 6 24 /10 /octobre /2020 13:25

L'oxymore du titre constitue déjà tout un programme ! Comment, pour qui, pourquoi un crime peut-il être sans importance ? C'est aussi ce qui préoccupe Irène Frain qui introduit ainsi son oeuvre : " J’ai entrepris d’écrire ce livre quatorze mois après le meurtre, quand le silence m’est devenu insupportable."

En effet, alors que sa sœur aînée, Denise, a été sauvagement molestée et laissée pour morte dans sa maison de Brétigny-Sur-Orge et qu'elle est restée sept semaines dans le coma avant de décéder après cette violente agression, personne ne s'est donné la peine d'avertir Irène Frain avant son enterrement, personne n'a cherché à resserrer les liens familiaux pour faire face au drame, les policiers en charge de l'enquête trainent à rendre leurs conclusions et la justice est un "Mastodonte" qui peine à réagir. Comment dans ce cas parvenir à faire face à cette catastrophe ? Même si l'autrice n'a pas revu sa sœur depuis des années, Denise était pour elle, sa marraine et même une mère de substitution et un modèle. Elles ont dormi dans le même lit, elles ont lu et nagé ensemble lorsqu'elles habitaient encore à Lorient. La mort atroce de Denise ne cesse de tourmenter l'auteure qui passe de l'espoir à la colère et à la culpabilité, de l'attente à l'action, pour enfin prendre la décision d'écrire ce livre. Alors ce livre, comment le qualifier ? Un roman ? Il est vrai que lasse de n'avoir aucun interlocuteur, l'autrice imagine ses entretiens avec le procureur et retrace ainsi ses relations avec Denise et avec le reste de sa famille. Depuis des années les liens sont rompus, Denise s'est mariée sans inviter sa famille, sa mère, par le biais d'une lettre d'une sœur plus jeune a rendu l'autrice responsable de découvrir ce qui avait conduit Denise à l'hôpital psychiatrique. C'est pour l'autrice, une découverte, elle ignorait que sa sœur, une jeune femme brillante et intellectuellement précoce, était malade. Et comment avoir des réponses alors que le secret médical impose le silence. Elle réussit cependant à apprendre que sa sœur souffrait de bipolarité et le médecin la met en garde car elle est personnellement menacée...

Le texte est écrit naturellement comme composé à partir de notes, cette écriture donne du crédit à la dimension autobiographie du récit et contribue pour une large part à l'émotion que suscite le texte et à l'intérêt qu'il suscite. Les précisions sociologiques qui situent le lieu du crime donnent aussi du relief à ce récit, ancré dans une réalité sociologique et urbanistique. Alors, roman ? Récit autobiographique ? Roman autobiographique ? Chronique judiciaire ?  Ce livre est inclassable mais il est à lire, assurément.

Extrait choisi : " L’automne incendie les rangs de peupliers et les ultimes vestiges des forêts. Entre les taillis, chapelets d’entrepôts, agglomérats de caravanes, puis une plaine d’où surgit un amas d’énormes caisses de tôle qui se donnent des airs de cavernes d’Ali Baba. Interminable ruban d’enseignes. Kiabi, Darty, La Foir’fouille, Picard, Mobalpa, Bébé 9-la Maison du bonheur, Roady, Cuir Center, Castorama, Saint Maclou, Kiloutou, j’en ai déjà le tournis, seulement c’est loin d’être fini, au premier croisement, nouvelle guirlande de néons, Celio, Cuisinella, Gémo, Etam, Carter-Cash. Et McDo, c’était fatal, Buffalo Bill, Pizza Hut, à quoi s’enchaîne l’entière déclinaison des croissanteries, crêperies, sandwicheries.

Un espace de coworking, quelque chose qui ressemble à une banque, on souffle. Et illico ça repart, bijouterie, animalerie, chocolaterie, magasin de téléphonie, de lingerie, de literie. On n’en verra jamais le bout.

Mais si. À l’angle de deux rues, la grande parade de la marchandise s’épuise. On va rejoindre la rocade sur une note gaie : une boutique de cotillons. Au-dessus d’une vitrine où grimacent tous les genres et sous-genres de vampires, sorcières et squelettes, une joyeuse banderole sanguinolente claque au vent : HALLOWEEN !

Halloween : c’est comme pour l’anniversaire de l’enterrement, j’avais oublié. Un an déjà, je n’y crois pas."

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21 octobre 2020 3 21 /10 /octobre /2020 10:34

A priori, rien de nouveau dans ce livre, ni le nom de l'auteur, journaliste littéraire au Figaro, ni le titre du livre, déjà trouvé sous la plume d'Antoine Bello (Gallimard, 2009)  et sans l'article, sous celle de

La lecture m'a souvent déstabilisée : j'attendais un roman, j'y ai en effet trouvé quelques personnages, un héros narrateur proche parent de l'auteur, son ami le philosophe, son ami Bizness, une quête, retrouver Nadia. Mais ces personnages semblent avoir l'étoffe de héros de roman tout en restant des ébauches, la quête est à peine crédible et finit par perdre son sens. D'ailleurs derrière l'artifice de cette quête, une autre se dessine : trouver la fêlure qui conduit certaines personnes à s'engager dans l'action pour accompagner les "funambules". C'est en effet une question intéressante qui conduit notre narrateur à interroger de multiples personnes et à présenter diverses associations qui toutes pallient les insuffisances de l'État : Les Restos du cœur, ATD quart  monde, Les Petits frères des pauvres, ... jusqu'au Collectif Morts de la rue. Souvent alors j'ai eu l'impression de lire un essai bien plus qu'un roman même si le prétexte de ces enquêtes et interviews est l'engagement du héros narrateur dans le projet du grand neuropsychiatre Jean-Patrick Spak pour un ouvrage intitulé L'Écriture est la vie.

En somme, je trouve ce livre très intéressant voire nécessaire pour tout ce qu'il m'apprend mais comme roman, il me semble juste côtoyer le romanesque sans y entrer. En lisant un livre sélectionné" pour le Goncourt, je m'attendais plus clairement à un roman.

Extrait choisi : "Tout au long de mes rencontres j’apprendrai à quel point l’homme est insondable.

Monique enchaîne. « J’ai rencontré un homme qui avait un très bon poste et qui a été licencié parce qu’il buvait trop. Il s’est retrouvé dans la rue. En général, ce sont des hommes qui meurent jeunes. Il y a quelques femmes, de plus en plus, mais en général ce sont des hommes. Et puis une fois qu’on est dans la rue, une fois qu’on n’a plus de toit… c’est presque irréversible. C’est l’une des plaies du chômage. J’ai eu une amie qui s’est retrouvée sans emploi. Elle était cadre dans une entreprise. Elle m’a expliqué qu’elle avait encore un enfant à charge. Seule. Au début, elle se levait tous les matins, elle préparait son petit déjeuner, accompagnait son fils à l’école. Puis, au fil des semaines, au fil des mois, elle ne s’est plus levée. L’enfant se débrouillait pour prendre son petit déjeuner, allait seul à l’école. L’énergie a diminué pour disparaître complètement. Les liens avec les autres se sont défaits. Et quand ça dure trop longtemps, eh bien, c’est presque impossible de retrouver ces liens. Il y a comme une installation dans cette précarité, qui est très difficile à surmonter. »

Monique ajoute, un peu irritée : « C’est vraiment simpliste, ce discours que j’entends : Si les SDF sont dans la rue, c’est qu’ils le veulent bien. Il y a des circonstances dans la vie… ça peut être la boisson, une famille qui éclate, une situation qui explose. »

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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 18:15

Saturne ou La misère des riches

Le récit commence par le décès d'un homme entouré de sa famille. Cet homme meurt d'une leucémie, il a 34 ans, seule sa fille, encore trop petite, est absente.

Dans sa famille, il est le cadet et devient le canard noir : alors que son père et son frère sont de grands médecins, chefs de clinique et fortunés, lui, il a arrêté ses études de médecine, il dépense sans compter aux jeux et se prend d'amour fou pour une demi-mondaine qu'il épouse et dont il a un enfant.

La narratrice en l'enfant de cet amour fou d'un "canard noir" et d'une belle du jour. Lorsque meurt son père, elle est accueillie avec sa mère dans le château familial mais sa situation est délicate car sa mère n'est pas vraiment bienvenue. Quand celle-ci part refaire sa vie avec un autre homme dont elle a un autre enfant, notre héroïne n'a plus sa place et coupe les ponts. Après le décès de sa riche grand-mère, voilà qu'elle est seule héritière avec son oncle...

Ce récit reprend dans une fiction les principaux sujets d'étude de l'autrice psychologue clinicienne. L'analyse psychologique y est très présente mais la présentation d'un milieu social bien particulier en fait aussi l'intérêt. La lecture est facile et rapide, les chapitres sont courts, l'écriture presque plate sauf quelques passages qui semblent correspondre aux moments de perte de repères. Ainsi : 

"Je me sens tapissée d’une substance opaque, qui tache de nuit tout ce que je regarde. Les maisons sont ternes. Les arbres, desséchés. Le ciel, sale. Viennent des rêves où tout recommence. Ce sont des rêves où toutes les couleurs semblent plus vives : les bleus sont plus tranchants, les rouges plus brillants, les blancs plus laiteux. J’ouvre une porte. Les gens qui sont morts ne sont pas morts. Leur visage est lumineux. Ils me prennent dans leurs bras. Je ne suis plus seule. Je n’ai plus peur. Je n’ai plus froid. Quand j’ouvre les yeux, je mets de plus en plus de temps à me souvenir qu’ils sont vraiment morts. Persiste, pendant plusieurs heures, le sentiment qu’ils sont toujours là, et qu’ils vont venir me chercher, et tout sera pardonné. Les portraits de mes grands-parents, de mon père et de mon oncle gisent sur mon oreiller. Je colle mon visage au leur. Je veux rentrer dans les images, mais mes dents se mettent à claquer. La terreur s’abat sur moi. Mes yeux n’arrivent plus à se détacher des affaires de ma grand-mère : je ne peux ni les toucher ni les jeter. Et du fond d’une valise éventrée, l’œil d’argent du dragon ornant la soupière de ma grand-mère me regarde, prêt à me calciner. Ma bouche reste fermée."

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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 20:55

Derrière trois citronniers et un cep de vigne

 

Ce roman commence à la fin du XIXe siècle, lorsque le phylloxera détruit les vignobles du Juras. 

Comme plusieurs de ses contemporains, le héros quitte le pays,  un cep encore sain en poche, et prend un navire en direction de la Californie. Le hasard  fait cependant qu'il s’arrête au Chili et s'installe à Santiago dans une demeure de style andalou dont la façade était cachée par trois citronniers. Là il fonde une famille qui n'aura de cesse de quitter le bercail pour la France puis de rentrer au bercail, au moins lorsque cela reste possible. Le roman nous raconte l'histoire de cette famille nommée Lonsonnier à la suite d'une confusion avec la ville de ses origines, Lons-le-Sonnier et c'est aussi l'histoire du monde qui heurte de plein fouet plusieurs de ses membres : les tranchées de la première guerre mondiale fauchent deux des fils Lonsonnier, les batailles aériennes de la seconde guerre mondiale meurtrissent sa petite-fille et pour finir la dictature de Pinochet oblige son arrière petit-fils à l'exil en France. Les pages qui évoquent la torture des prisonniers de Pinochet à la villa Grimaldi sont particulièrement saisissantes.

 

Mais ce roman ne se résume mais si aisément. Outre l'arrière-plan historique, il est étonnant par le rôle de l'élément magique qui sert souvent de lien entre les éléments :  "vieille femme couverte de bracelets, aux lèvres jaunes, assise sur une chaise de rotin, au front tatoué d’étoiles" d'abord puis, à plusieurs reprises, "un machi célèbre, un guérisseur mapuche, appelé Aukan, qui fascinait les foules autant qu’il repoussait les scientifiques. Cet homme étrange, promis à jouer un rôle essentiel dans l’histoire familiale, disait être né dans la Tierra del Fuego, issu d’une interminable descendance de sorciers et d’ensorceleurs. Il avait traversé l’Araucanie à pied, fuyant les missionnaires et les frères jésuites qui fondaient des communautés, où il avait gagné sa vie en se livrant à des prescriptions de médecine surnaturelle, là où la médecine naturelle avait échoué. Il avait dans son sourire un soupçon de malice, des anneaux aux poignets et une bague à son index trouvée dans l’estomac d’un poisson. Son dos était comme un chêne large, sur lequel tombaient de longs cheveux noirs, attachés avec une barrette indigène. Toujours vêtu d’un poncho qui laissait à découvert son épaule gauche, il portait un épais ceinturon d’argent, adorné de grappes de cascabelles, et un pantalon en peau de vigogne dont le pli effleurait la chaussure. Quand il souriait, ses dents avaient une lueur bleuâtre et, quand il parlait, des paroles étranges aux inflexions mystiques, avec un accent insituable, semblaient venir non pas tant d’un autre pays, mais d’un autre temps, d’une langue si singulière qu’on n’aurait su dire si elle existait ou s’il l’inventait sur-le-champ."

J'ai beaucoup aimé ce savant assemblage du réalisme historique et de la magie, les personnages sont attachants et remarquablement dessinés.

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21 septembre 2020 1 21 /09 /septembre /2020 18:01

Je viens de finir ce nouveau roman de Yaa Gyasi dont j'avais beaucoup aimé le premier roman No Home.

Dans Sublime Royaume, on retrouve la cause des Africains, ici Ghanéens immigrés aux États-Unis mais cette fois à travers de courts chapitres qui vont et reviennent pour ressasser une petite trentaine d'années qui semblent pourtant presque insondables.

L'héroïne Gifty est née aux Etats-Unis, sa mère ayant gagné le "billet vert" pour quitter le Ghana et rejoindre les USA. Son père est aussi venu mais il n'a pas supporté les regards insistants, la disqualification sociale et finalement la nostalgie, il est retourné au pays et a refait sa vie. Le frère ainé de Gifty, né au Ghana, est arrivé aux USA avec sa mère et il y est resté. Gifty nous raconte alors comment ils sont passés de quatre, puis trois, puis deux, puis une. La survivante, c'est Gifty elle-même, jeune et brillante chercheuse  en neurologie, seule personne de couleur et seule femme de sa branche. Elle mène ses recherches par rapport à la question de l'addiction et à la possibilité de la faire cesser. Par ailleurs, élevée selon l’éducation de l’Église Pentecôtiste, elle a pris des distances mais elle continue à écrire à Dieu dans son journal. C'est qu'elle a bien besoin à la fois de la science et de Dieu pour faire face à la disparition de son frère, un sportif d'un bon niveau devenu dépendant des paradis artificiels suite à un accident. Elle doit  alors surmonter sa douleur et aussi celle de sa mère. Alors elle lutte et cherche dans la science une solution aux maux de l'âme. Elle sait pourtant à quel point cela exige de la précision. Elle a pu l'observer elle-même :

"Dans la stimulation cérébrale profonde, ou SCP, les zones du cerveau qui contrôlent le mouvement sont stimulées par des signaux électriques. On pratique parfois une intervention chirurgicale chez des personnes souffrant de la maladie de Parkinson afin d’améliorer leurs fonctions motrices. J’assistai à l’une de ces interventions durant ma première année de troisième cycle parce que je voulais voir comment la procédure se déroulait et savoir si elle pouvait être utile dans mes propres recherches. Le patient ce jour-là était un homme de soixante-sept ans chez qui la maladie de Parkinson avait été diagnostiquée six ans plus tôt. Il réagissait modérément aux médicaments, et le neurochirurgien, un collègue qui avait consacré une année sabbatique à la recherche dans mon labo, gardait le patient éveillé en plaçant soigneusement une électrode dans le noyau sous-thalamique avant d’activer le générateur d’impulsions. Je vis le tremblement affectant le patient, plus prononcé dans sa main gauche, se calmer. C’était un spectacle étonnant, comme si on avait perdu les clés d’une voiture pendant que le moteur tournait, et continuait à tourner, tourner. Puis, une fois les clés retrouvées, le contact coupé, le moteur s’arrêtait. « Comment ça va, Mike ? demanda le médecin. — Plutôt bien », dit Mike. Puis, incrédule : « Dites donc, ça va vraiment bien. » Quelques secondes plus tard, Mike s’était mis à pleurer. Des pleurs inconsolables, désespérés comme si le « ça va vraiment bien » n’avait été que le fruit de notre imagination. J’avais eu l’occasion d’être témoin d’un des problèmes associés à la SCP et à d’autres méthodes semblables, le fait que les aimants et les électrodes ne puissent faire la différence entre des neurones individuels. Le chirurgien déplaça alors l’électrode dans le cerveau de Mike d’un millimètre pour essayer de corriger la vague de tristesse qui l’avait soudain submergé. Cela avait fonctionné, mais que serait-il arrivé dans le cas contraire ? Un millimètre était tout ce qui séparait ce « vraiment bien » d’un chagrin incommensurable. Un millimètre dans un organe sur lequel nous ne connaissons pas grand-chose, en dépit de nos efforts."

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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 22:23

Ce roman est le 14ᵉ de la série des Rougon-Macquart mais certainement pas le plus lu parmi les nombreux récits de Zola.

Or celui-ci présente la singularité de montrer son auteur à peine déguisé sous le pseudo de Sandoz en pleine époque de création et d'écriture des Rougon Macquart ! Ce Sandoz qui offre à diner tous les jeudis à ses amis artistes est comme les artistes qu'il reçoit, tourmenté par l'œuvre qu'il entreprend et s'acharne sur la moindre phrase avant d'aboutir mais lui au moins réussit à produire et même à se batir une fortune suffisante pour mener à Paris un train de vie de bourgeois. C'est loin d'être le cas de son ami Claude Lantier (fils de Gervaise et d'Auguste Lantier, frère d'Etienne Lantier) qui, malgré son talent reconnu et malgré son acharnement au travail, ne parviendra jamais à produire l'Oeuvre qui lui tient tant à cœur. Claude est peintre, Zola s'inspire de son ami Cézanne. Il est à l'initiative d'un mouvement novateur nommé le "plein air" qui conteste la peinture académique et cherche à s'imposer dans les "salons des refusés" mais même dans ces salons, Claude ne parvient pas à percer. Il a épousé Christine dont il a eu un fils hydrocéphale. Christine est devenue son modèle jusqu'à ce qu'elle finisse par comprendre que la peinture est sa rivale, précisément la femme qu'il peint d'après elle. La fin est évidemment tragique. Les personnages de ce roman sont ainsi des êtres tourmentés, dans le cas de Claude, jusqu'au suicide.   

L'Oeuvre permet d'explorer l'univers des artistes parisiens notamment des peintres impressionnistes et post impressionnistes : certains vivent dans la misère noire, d'autres s'embourgeoisent car le commerce des œuvres d'art est en plein essor, d'autres encore comme Bongrand ont connu le succès mais se tourmentent désormais car  comment renouer avec le succès et créer un tableau comme sa "Noce au village" ?

La plume de l'auteur épouse tantôt le regard de ses personnages mais même sans cela, elle se fait volontiers pinceau ce qui donne de fréquentes descriptions de Paris, de ses lignes, de ses formes, de ses couleurs et lumières à divers moments des jours.

extrait : Par les jours de ciel clair, dès qu'ils débouchaient du pont Louis-Philippe, toute la trouée des quais, immense à l'infini, se déroulait. D'un bout à l'autre, le soleil oblique chauffait d'une poussière d'or les maisons de la rive droite ; tandis que la rive gauche, les îles, les édifices se découpaient en une ligne noire, sur la gloire enflammée du couchant. Enfin cette marche éclatante et cette marge sombre, la Seine pailletée luisait, coupée des barres minces de ses ponts, les cinq arches du pont Notre-Dame sous l'arche unique du pont d'Arcole, puis le pont au Change, puis le Pont-Neuf, de plus en plus fins, montrant chacun, au-delà de son ombre, un vif coup de lumière, une eau de satin bleu, blanchissant dans un reflet de miroir ; et, pendant que les découpures crépusculaires de gauche se terminaient par la silhouette des tours pointues du Palais de Justice, charbonnées durement sur le vide, une courbe molle s'arrondissait à droite dans la clarté, si allongée et si perdue, que le pavillon de Flore, tout là-bas, qui s'avançait comme une citadelle, à l'extrême pointe, semblait un château du rêve, bleuâtre, léger et tremblant, au milieu des fumées roses de l'horizon. Mais eux; baignés de soleil sous les platanes sans feuilles, détournaient les yeux de cet éblouissement, s'égayaient à certains coins, toujours les mêmes, un surtout, le pâté de maisons très vieilles, au-dessus du Mail; en bas, de petites boutiques de quincaillerie et d'articles de pêche à un étage, surmontées de terrasses, fleuries de lauriers et de vignes vierges, et, par-derrière, des maisons plus hautes, délabrées, étalant des linges aux fenêtres, tout un entassement de constructions baroques, un enchevêtrement de planches et de maçonneries, de murs croulants et de jardins suspendus, où des boules de verre allumaient des étoiles. Ils marchaient, ils délaissaient bientôt les grands bâtiments qui suivaient, la caserne, l'Hôtel de ville, pour s'intéresser, de l'autre côté du fleuve, à la cité, serrée dans ses murailles droites et lisses, sans berge. Au-dessus des maisons assombries, les tours de Notre-Dame, resplendissantes, étaient comme dorées à neuf. Des boîtes de bouquinistes commençaient à envahir les parapets ; une péniche, chargée de charbon, luttait contre le courant terrible, sous une arche du pont Notre-Dame.

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 16:28

Qu'est-ce que cela signifie ? A peine fini un livre sur le changement de moi (L'Homme-dé), voilà que je me

plonge dans un roman Changement de décor ! Deux romans des années 70 et deux auteurs anglophones en plus !

Celui-ci au moins est à la fois divertissant, drôle et enrichissant. Sur un rythme alerte, nous découvrons un sujet aussi sérieux que la comparaison des systèmes universitaires anglais et américains des années 70. En effet, Morris Zapp l'Américain, spécialiste de Jane Austen quitte son université de Plotinus à Esseph pour un échange de six mois avec  l'université de Rummidge en Angleterre. Il laisse en suspens la séparation que demandait son épouse Désirée. Philip Swallow l'Anglais est un universitaire a priori moins brillant. C'est lui qui prendra un poste à Plotinus pendant six mois, laissant le soin à son épouse, Hilary, de s'occuper de leurs enfants. Le premier chapitre peut sembler un peu long, les deux protagonistes sont en avion et se dirigent en sens inverse. Déjà, pourtant, une surprise de taille : Morris Zapp réalise soudain que dans son avion, il est le seul homme ! L'explication ne tarde pas : aux Etats-Unis, l'avortement est à cette époque interdit alors qu'il est légal en Angleterre. Toutefois l'expérience des deux protagonistes révèlera ensuite à quel point l'Angleterre est restée traditionnelle et conservatrice alors que les USA sont en perpétuelle ébullition. A la fin du roman, Philip et Hilary, Morris et Désirée se retrouvent en Amérique  : il s'agit de décider qui vivra où et avec qui !

La comparaison  des deux décors est saisissante :

"Lorsqu’il tirait les rideaux de sa salle de séjour tous les matins, le panorama remplissait tout le cadre de sa baie vitrée comme par l’un de ces tours de force[2] que réservait le Cinérama à ses débuts. Au premier plan, à sa droite et à sa gauche, les maisons et les jardins des professeurs les plus riches d’Euphoria s’accrochaient avec pittoresque aux flancs des collines de Plotinus. Juste en dessous de lui, là où les collines plus basses descendaient en gradins jusqu’aux rives de la Baie, s’étalait le campus avec ses bâtiments blancs et ses allées boisées, son campanile et sa plaza, ses amphithéâtres, ses stades et ses laboratoires, bordé tout autour par les rues rectilignes du centre ville de Plotinus. La Baie remplissait le panorama au milieu, s’étendant à perte de vue de chaque côté ; l’œil était entraîné naturellement dans un mouvement semi-circulaire qui balayait tout le paysage : il suivait l’Autoroute de la Côte toujours très encombrée, s’écartait et traversait la Baie en suivant le long Pont d’Esseph (seize kilomètres d’un péage à l’autre), avant d’atteindre la masse impressionnante de la ville, avec la ligne sombre des gratte-ciel du centre ville qui se détachaient contre les collines résidentielles toutes blanches, et de là il franchissait la Porte du Pacifique, épousant les courbes gracieuses du pont suspendu de l’Arche d’Argent, pour retomber sur les pentes vertes du Comté de Miranda, célèbre pour ses forêts de séquoias et sa côte spectaculaire. Même très tôt le matin, ce vaste panorama était sillonné par tous les moyens de transports connus – bateaux, yachts, voitures, camions, trains, avions, hélicoptères et hovercrafts – qui se déplaçaient tous en même temps, ce qui rappelait à Philip la couverture somptueusement illustrée d’un livre, Les Merveilles du transport moderne à l’usage des petits garçons, qu’il avait reçu pour son dixième anniversaire.

[...] Morris Zapp était, quant à lui, infiniment moins séduit par sa vue – une longue enfilade de jardinets humides, de cabanes pourrissantes, de linge dégoulinant, d’énormes arbres disgracieux, de toits crasseux, de cheminées d’usines et de flèches d’églises – mais il avait très vite abandonné ce critère lorsqu’il s’était mis à chercher un meublé à Rummidge. On pouvait s’estimer heureux, comme il l’avait très vite compris, si on réussissait à trouver un logement qui voulût bien se maintenir à une température adaptée à l’organisme humain, qui offrît tous les conforts les plus élémentaires de la vie civilisée, et qui ne vous donnât pas envie de vomir au premier coup d’œil avec les couleurs et les motifs bigarrés de la tapisserie. Il avait envisagé un moment de vivre à l’hôtel, mais les hôtels autour du campus étaient encore pires, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, que les maisons privées. Finalement, il avait pris un appartement au dernier étage d’une immense maison ancienne qui appartenait à un médecin irlandais et à sa nombreuse famille."

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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 13:47

Le psychanalyste Luke Rhinehart doute de l'intérêt de la psychanalyse alors qu'il est médecin dans un hôpital

Psychiatrique. L'idée lui vient alors que chaque individu est prisonnier d'un moi unique alors que si on peut changer ce moi, la libération peut être vitale. Pour cela, il met au point une méthode originale : tout jouer au dé. Pour chaque acte de la vie, proposer diverses solutions et laisser le hasard choisir en lançant le dé. Les résultats sont totalement imprévisibles et totalement libres vis à vis de la loi comme vis à vis de la morale. Un aliéné est interné car il violait les petites filles, le voilà maintenant complétement désintéressé par les fillettes mais intéressé par les petits garçons !  Le docteur applique aussi sur sa propre vie  sa méthode et se retrouve ainsi à aider une trentaine d'aliénés à s'évader de l'hôpital. 

La question initiale est tout à fait intéressante : le moi que nous affichons au quotidien est une construction qui bride notre créativité comme notre liberté.

Le traitement de la question est en revanche tantôt humoristique, tantôt provocatrice jusqu'à devenir agaçante, laissant libre cours aux fantasmes divers du personnage. Alors certes, ce livre n'est pas à mettre dans toutes les mains. 

Le narrateur porte les même noms et prénoms que l'auteur qui se plait de la sorte à créer le trouble. Les citations en exergue donnent au libre un caractère sérieux, scientifique :

"Nous ne sommes pas nous-mêmes ; en vérité, il n’y a plus rien qu’on puisse encore appeler un « moi », nous sommes multiples, nous avons autant de « moi » qu’il y a de groupes auxquels nous appartenons… Le névrosé est la victime patente d’une maladie dont tout le monde souffre… J. H. VAN DEN BERG

Mon but est d’aboutir à un état psychique dans lequel mon patient se mette à expérimenter sur sa propre nature – un état de fluidité, de changement et de croissance, dans lequel plus rien ne serait éternellement figé, désespérément pétrifie. CARL GUSTAV JUNG

La torche du chaos et du doute : telle est la lanterne du sage. TCHOUANG-TSEU

Je suis Zarathoustra le sans-Dieu : je fricote encore toutes les chances dans ma marmite. NIETZSCHE N’importe qui peut être n’importe qui. L’HOMME-DÉ

C'est ainsi qu'à la sortie de ce roman beaucoup ont cru à une autobiographie et le récit a connu un succès retentissant attisé par le parfum du scandale.

En réalité, c'est une supercherie, l'auteur se nomme en réalité George Powers Cockcroft, c'est un romancier américain, professeur de littérature, Luke Rhinehart est le nom de son personnage et son nom de plume.

extrait : "De retour à mon bureau, je récrivis les deux premières options : quitter Lil et abandonner les dés. J’accordai alors une chance sur cinq à l’option de décider au début de chacun des sept mois suivants (c’est-à-dire jusqu’au premier anniversaire du jour D à la mi-août) à quoi chacun de ces mois devrait être consacré. J’attribuai les mêmes chances à l’option d’essayer d’écrire un roman pendant ces sept mois. Un peu plus à celle de faire trois mois de tourisme en Europe et de voyager le reste du temps selon le caprice du dé. Ma dernière option était de remettre la conduite de mes recherches de sexologie avec le Dr Felloni à l’imagination du dé.

Le premier jour semestriel de la distribution de ma destinée était arrivé – une occasion mémorable. Je bénis les dés au nom de Nietzsche, de Freud, de Jake Ecstein et de Norman Vincent Peale et les agitai dans mes mains en coupe, en leur faisant durement heurter mes paumes. Je gloussais d’impatience : c’était une demi-année de ma vie, peut-être même plus qui tremblotait là dans mes mains. Les dés roulèrent sur le bureau ; il y avait un six et un… trois. Neuf : survie, anticlimax, inachèvement, et même désappointement ; les dés m’avaient ordonné de recommencer chaque mois à leur faire choisir ma destinée particulière."

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