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22 octobre 2015 4 22 /10 /octobre /2015 21:14
Hamon Philippe, Puisque réalisme il ya

auteur : Philippe Hamon

Titre : Puisque réalisme il y a

éditeur : LaBacconnière

Collection : Langages

Année d'édition : 2015

Je dois cette découverte à Babelio que je remercie et à Masse critique qui m'a offert ce livre. C'est un recueil de douze articles de l'universitaire spécialiste du roman et de la description, Philippe Hamon. Il place ce recueil sous le sceau du réalisme du XIXe en prenant le titre d'un article écrit par Baudelaire à propos des tableaux de Courbet, titre que Baudelaire reprend à Courbet écrivant à Champfleury... Le cadre est donc dressé dès le titre.

Un tel livre ne se lit certes pas comme un roman, il ne se critique pas non plus de la même manière : je l'ai lu d'une traite pour Babelio mais j'y reviendrai volontiers lorque l'un des artices me semblera en lien avec les sujets du moment car c'est un texte très documenté, érudit même et amplement enrichi de notes. Un trésor sur le réalisme.

"Comment écrire le réel ?" (I) L'auteur dresse un bilan des travaux sur les caractéristiques d'écriture des écrivains réalistes et naturalistes avant de souligner combien la question descritères de l'analyse pose problème. Il retient cependant deux des critères d'Auerbach comme représentatifs et féconds : celui du genre d'une part, que l'on peut envisager comme cadre d'un horizon d'attente. Le réalisme est conforme au réel du genre dans lequel il s'inscrit, il y a un réel du conte qui n'est pas celui du roman. Celui du "sérieux" d'autre part qui suppose neutralité, objectivité, effacement alors même que l'auteur dirige et contrôle le roman. Le recours fréquent au discours indirect libre apparait comme une technique pour résoudre cette contradiction.

Dans un deuxième article, "Voir le réel" (II), l 'auteur s'intéresse plutôt à l'acte de voir pour un écrivain, à ses implications dans l'écriture et à la façon dont l'auteur réaliste donne à voir ce que le lecteur voit en lisant. Au XIXe s. entre peinture, affiches, cartes postales, photographie, les images nouvelles se multiplient et influencent l'écriture réaliste et naturaliste.Par ailleurs l'abondance des brouillons, schémas, dossiers préparatoires forme aussi un ensemble de vues de l'écrivain qui pré-voit. Toutefois "les images mentales" de l'écrivain comme du lecteur sont "in-descriptibles par essence" et forcément individuelles.

Suivent "Misère de la mimésis"(III), "Écrire les passions"(IV), "Vibrations" (V) où l'auteur s'intéresse à ces réalistes qui cherchent la réalité dans le mouvement, entre concret, observable et immatériel (Balzac jeune, Maupassant), "Mettre en listes" (VI), "Défiler"(VII), "Le Corps au travail" (VIII) en particulier dans l'oeuvre de Zola.

"Exploser les reliques" (IX) à travers les oeuvres de Balzac, Flaubert, Maupassant permet de retrouver plusieurs dimensions d'ordre esthétique du réalisme : le réel comme référent, la relation du réel avec la question du vrai et du faux, le réel comme fragment exposé, le réel par le biais des indices grâce à la métonymie et à la synecdoque, figures privilégiées des réalistes, le réel par le biais du détail.

"Poésie et réalisme" (X) est l'article qui a le plus retenu mon attention, sans doute parce qu'a priori c'est une association improbable.En tous cas, c'est pour l'auteur l'ocasion d'une réflexion sur la définition du réalisme, courant de la Mimesis que l'on fait remonter à Homère et école localisable autour de Zola et de ses avatars italien, portugais, ensemble de doctrines esthétiques et littéraires ou méthode de travail incluant l'enquête et le recours au discours socialement marqué ou ensemble de sujets particuliers comme les moeurs, le corps ou encore manière de traiter ces sujets de façon neutre et objective, "sans tabou ni censure', en "tranches de vie" plus que dans une intrigue ou bien encore le réalisme se définit-il par ses modèles comme L'Éducation sentimentale, Germinie Lacerteux et l'Assommoir ?

En tous cas, "le fantasme d'adéquation entre le réel et le texte" , le désir de Zola de mettre ce réel en exposition sous "une vitre", c'est la poésie, plus que le roman qui le réalise, explique Philippe Hamon. Il entreprend alors de chercher dans les récits réalistes et naturalistes comment est représenté le poète. Modèles ou repoussoirs quant aux valeurs du vrai, du réel, du moderne ou du matériel, le poète est souvent ridiculisé. Puis il entreprend de sonder les sujets abordés et la manière de les aborder (mode sérieux, objectivité, neutralité) et il observe alors que Coppée, Richepin, Vehaeren empruntent à Zola sujets et postures. Par le recours au prosaïsme, au conte en vers, Copée comme ses épigones Gros, Nouveau, Rimbaud, Verlaine, voire Baudelaire par exemple dans "une Charogne" fragmentent le réel. Puis l'auteur s'attarde sur les multiples "discours croisés" comme la correspondance entre Zola et Mallarmé, l'envoi de son roman Madame Bovary par Flaubert à Lamartine, les chroniques de Zola pour la presse sur les Parnassiens, sur Copée, Baudelaire, Gautier et même Hugo. Enfin les nouvelles écritures _ poème en prose et prose poétique qui relèvent du croisement des genres suscitent des réactions diverses des réalistes. Philippe Hamon souligne que "Les connivences structurelles sont manifestes, presque à l'oeil, ou à l'usage, entre description et poésie" or la description systématique est l'une des caractéristiques du récit réaliste et note que la pratique du récit bref comme les nouvelles rappelle le caractère fragmenté de la poésie. Et c'est finalement l'opposition tiangulaire habituelle entre poésie, réalisme et ironie qu'il convient de remettre en cause à partir du moment où on ne réduit pas ces notions à quelques poncifs.

"Balzac, l'ironie et le calembour"(XI) l'article suivant, pose justement la question de l'ironie dans le recit balzacien. Puis le dernier article, "De l'allusion en régime réaliste" (XII) explore la tension entre la volonté de tout peindre, de tout dire de tout voir des réalistes et la part de l'implicite, de l'allusion dans le récit réaliste. Alors que le roman policier, le pamphlet, la fable... exigent l'allusion, le récit réaliste a priori la proscrit. Pourtant, observe l'auteur en analysant un extrait de Nana, l'allusion est nécessaire pour faire communiquer des groupes sociaux trop éloignés, elle apparaît comme "fait de société" .

Un recueil d'articles à exploiter et consulter au gré des recherches et des travaux.

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Publié par J. Bicrel - dans H
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