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31 août 2016 3 31 /08 /août /2016 17:02

Corniche Kennedy est un roman paru en 2008 soit six ans avant Réparer les vivants qui est aussi présenté ici. Le point de départ est voisin : des adolescents se dirigent avec impatience vers la mer. Ils sont enthousiastes et intrépides, bravent les dangers pour le plaisir de faire monter l'adrénaline. La suite des deux histoires est ensuite très différente. Dans Corniche Kennedy, on assiste à une fracture de plus en plus ouverte entre les jeunes de la bande, ceux qui bravent le danger en sautant graduellement de plongeoirs de plus en plus périlleux, Just-do-it et Face-to-Face et une société d'adultes dirigée par le Jockey, adepte de la tolérance zéro. Entre les deux, le commissaire Sylvestre Opéra tente de concilier les contraires, Le récit alterne l'histoire de la bande de la corniche et celle du commissaire. L'histoire se déroule à Marseille sans que cela soit dit : touristes, bourgeois, cités, trafiquants, prostituées, commissaire, on n'échappe pas aux clichés mais l'auteure semble s'en amuser. Au delà de l'histoire, c'est surtout la finesse du trait de l'auteure pour dresser les portraits de ses personnages, leur donner corps et dessiner le décor que je trouve intéressante. Ainsi les portraits de Sylvestre Opéra et du jeune Mario :

"Ils ont longé la corniche jusqu'aux plages du Prado avant de bifurquer vers le nord, Mario est assis à l'avant sur le fauteuil passager, la ceinture de sécurité lui cisaille la gorge, il fume une Lucky sans tousser, a tourné tous les boutons du tableau de bord, je peux mettre la radio? La ville est pleine et chaude encore, à cette heure, le trafic est dense derrière le port, les trottoirs essorent une population épuisée qui ne veut pourtant pas se coucher : touristes étrangers, estivants en goguette — faut profiter —, pickpockets, familles qui traînent aux terrasses des pizzerias, grand-mères en jeans cloutés et nourrissons endormis dans les poussettes, première vague de noctambules, adolescents en grand appareil. Mais bientôt ce ne sont plus que de grandes avenues frangées d'arbres fluorescents qui ne ventilent plus rien, parcourues de bagnoles nerveuses, pleines à ras bord, vitres baissées musique à fond, on approche des cités, les lumières sont blanches, les gens pendus aux fenêtres fument dans l'air nocturne et l'écho des télévisions, des jeunes sont regroupés au bas des immeubles ou traversent les immenses dalles de béton bleutées, leurs voix. résonnent sur l'esplanade lunaire, on leur crie de se taire, ils brandissent un doigt, il flotte dans l'atmosphère une odeur de joint, de plastique tiède, de vieilles épluchures et de papier journal. Mario se rapetisse dans le fauteuil, les oreilles bientôt descendues au niveau des épaules, il regarde celui qui l'accompagne, ce gros bonhomme frisé, le visage large, le nez camus, le double menton aussi volumineux que la fraise du duc de Nemours, la chemisette claire tendue sur la bedaine, il voudrait que le trajet dure, ne pas rentrer chez lui, ne jamais rentrer; tellement heureux d’être à l'avant de cette voiture, d'être comme un homme a côté d'un autre homme, connivents, la cigarette au bec– la Lucky Strike entre l'index et le majeur, au niveau des premières phalanges, de sorte que pour fumer il pose sa paume contre sa bouche, comme un héros, comme un Américain —, tellement content qu'ils habitent ensemble la nuit, la ville. Il a ouvert la fenêtre pour sentir le frais sur son front, le frais et le fétide, les peaux qui perlent puis, poissent sous les maillots de foot, l'été sans perspective, chaque tour coincée entre deux autres et l'enceinte de murs antibruits comme une ligne de démarcation, comme un écran entre ce monde et l'autre, les tags qui se décolorent sous les Abribus, les chiens énervés." (p. 121-122).

Un très beau roman en somme, sensible et vraiment bien écrit.

J Bicrel

Sujet

Dans un premier temps, nous pouvons observer que le titre de ce roman, Corniche Kennedy, fait référence à un lieu historique qui n’est autre que la corniche du Président John Fitzgerald Kennedy. Cette dernière est un boulevard situé à Marseille longeant la mer Méditerranée, en partant de la plage des Catalans jusqu’aux plages du Padro.

Quant à l’histoire, il s’agit d’une bande de jeunes qui se retrouvent chaque soir, le temps d’un été, sur le bord de la Corniche et s’amusent comme le feraient la plupart des adolescents de leur âge. Leur jeu est parti d’une simple baignade à des plongeons de plus en plus difficiles, défiant les lois de la gravitation. Le meneur du groupe, se nommant Eddy, assure la sécurité, afin que la bande s’amuse sans se blesser lors de ces sauts périlleux. Celui-ci se rapprocha d’une jeune fille, Suzanne, qui avait tenté de les voler mais qui finalement s’est fait prendre la main dans le sac et qui par la suite s’est intégrée au groupe. A cent mètres de cette corniche se trouve le bureau d’un policier diabétique dont le nom est Sylvestre Opéra. Ce dernier est le directeur de la sécurité du littoral et il va se retrouver à lutter contre ces jeunes de la corniche alors qu’il était chargé des affaires de transport de drogue. Les forces de l’ordre vont établir de nombreux moyens afin de les intercepter tandis que cette bande va poursuivre ses provocations. Lors de leurs ultimes sauts, Mario, Eddy et Suzanne, découvrent un paquet de stupéfiant au fond de l’océan, et décident de s’enfuir de Marseille avec cette trouvaille. Mais ils finiront interceptés par Sylvestre et ramenés chez eux.

Verbe:

« A vol d’oiseau, la distance entre la Plate et le bureau de Sylvestre Opéra couvre cent mètres, pas davantage, si bien que, posté sur la terrasse, on y tient du regard une belle portion de littoral : le rivage-le théâtre des opérations en somme - et, de part et d’autre, la ville - trouble, aléatoire, agitée - et l’horizon – lent, imperturbable.

C’est précisément cette latitude qui décida Sylvestre Opéra, nommé directeur de la Sécurité du littoral, à s’y établir il y a maintenant sept ans: il indexa l’amplitude de son champ d’action sur celle de son champ de vision (…)» (p.61)

Dans ce passage on nous décrit la perception, depuis son bureau, qu’a le policier sur le bord du littoral. Des adjectifs sont associés à la ville (trouble, aléatoire, agitée), ce qui nous permet d’en déduire que la ville s’agite avec le va et viens aléatoire des habitants ainsi que des touristes, mais qu’il reste des choses troubles, des actions qui s’y passent sans que personne ne l’interdise (référence à cette bande de jeunes qui défie les lois de la gravitation). La catégorie sociale de Sylvestre est aussi compréhensible à travers la phrase « nommé directeur de la sécurité du littoral », on comprend qu’il est de la classe moyenne et haut gradé. De plus, de façon indirecte, on peut laisser penser qu’il va lutter contre cette bande car il est dit « il indexa l’amplitude de son champ d’action sur celle de son champ de vision », nous devons avoir recours à notre intuition afin de comprendre qu’il ne va plus être chargé des affaires de transports de drogues (action de recherches) mais plutôt qu’il va surveiller depuis son bureau la ville de Marseille et ces adolescents (champ de vision).

« La nuit, la Plate est déserte. On n’y descend pas. Difficile de se garer sur la corniche, de surcroît dans un virage. Et puis c’est malfamé, dit-on, ça craint, c’est sale, pas éclairé. On va ailleurs, on préfère les places bruyantes, les terrasses pleines, le glouglou des fontaines, les palmiers de bronze illuminés par le dessous, leurs longues feuilles découpées noires sur le noir du ciel et ployant tels des sabres, on préfère les cafés du port. Même les amoureux ne font plus la balade. » (p.82)

Dans ce paragraphe, l’auteur nous fait percevoir une zone de la ville qui est fréquentée par des individus de mauvaise réputation comme cette bande. C’est un endroit sale, où « ça craint », où personne n’ose s’aventurer. Nous avons donc une vision d’un lieu où se regroupe des jeunes de classes sociales défavorisées que ne côtoient pas les classes supérieures, « les amoureux ne font plus la balade ». Dans la suite de cet extrait, on voit qu’il y a une séparation socio-spatiale entre ces deux classes, avec d’un côté un endroit laissé à l’abandon et un autre où les terrasses sont pleines, où l’on entend le glouglou des fontaines.

On peut en conclure que cet auteur manie sa langue à la perfection, car il arrive à passer de phrases moyennement complexes où l’on doit faire appel à notre déduction, à des phrases comparatives. Maylis de Kerangal mélange donc deux types d’écritures différentes, une écriture soutenue qui représente les gens de la classe moyenne/supérieure comme ce policier diabétique qui « indexa l’amplitude de son champ d’action à son champ de vision » (déduction), et une écriture plus relâchée avec des mots familiers, « ça craint, c’est sale ». De plus, ces deux extraits sont représentatifs de l’ensemble du texte qui met sans cesse en opposition les différentes classes de la société.

Complément:

Personnellement j’ai trouvé que ce livre reflète la réalité, avec la présence de deux catégories sociales complètements opposées. D’un coté nous avons une bande, des délinquants qui bravent l’interdit et qui mettent à rude épreuve l’autorité, la surveillance des forces de l’ordre qui doivent être tout le temps sur le qui-vive. Et d’un autre côté nous avons les policiers qui sont là pour faire régner la sécurité, le calme dans la ville, pour éviter les débordements qui sont la plupart du temps provoqués par des bandes de jeunes. Comme je l’ai dit au début, ce texte est le reflet de la réalité car les phénomènes présents dans ce livre sont observables dans la vie réelle. Ce texte était très intéressant de par la comparaison des deux classes sociales mais aussi par l’écriture comme avec la présence de cette phrase où nous devons faire appel à notre déduction. J’ai donc pris du plaisir à lire ce livre très captivant.

Alexandre, 1S2

Sujet :

Il est ici question d’une bande de jeunes adolescents entre treize et dix sept ans, surnommés « Les ptits cons de la corniche » ou encore « La bande ». Ces adolescents défient les lois de la gravitation en plongeant le long de la corniche Kennedy. Un commissaire, derrière ses jumelles, est chargé de surveiller cette zone du littoral. Les adolescents, avec leur goût de l’interdit, franchissent des seuils de sécurité improbables en faisant de nombreux plongeons de plus en plus dangereux. Le commissaire a donc pour mission de les sanctionner.

Verbe :

Nous pouvons remarquer que la magie de ce roman ne tient qu’à un fil, celle d’une écriture sans temps mort, cristallisant tous les vertiges. On pourrait penser qu’elle a écrit son roman comme si elle le disait oralement. Par exemple elle utilise de très longues phrases, comme si elle commençait à parler jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de souffle. Le vocabulaire est assez divers et peut être compréhensible par un jeune public, variant un vocabulaire soutenu et familier par moment. C’est un récit appartenant au réel car il relate de la vie de personnes ordinaires avec une histoire qui pourrait très bien se passer dans la vraie vie. 

« La peur les saisit quand ils penchent la tête en bas, cherchant les repères habituels, ne voient rien, l’eau est noire et lourde, festonnée de mouse claire au pourtour des rochers, bave lactescente, agitée, dégradée, renouvelée sans cesse car la mer est grosse, et forte, si bien qu’on s’y perd. Aussi les gosses vont-ils devoir tout se rappeler : les plongeons et les sauts, les élans, les angles, les impulsions et les détentes, tout se rappeler, au millimètre près, au newton et au kilojoule, au bar près, tout se rappeler pour pouvoir tout refaire, à l’aveugle. Ils vont devoir libérer la mémoire de tous les bonds contenus dans leur corps. Une poignée de secondes plus tard, on entend la voix d’Eddy hurler dans la nuit depuis le Face To Face que taillade un mistral rugueux : ok, mise à feu ! alors aussitôt chaque voltigeur enflamme ses torches avant de les maintenir dressées à la verticale, à bout de bras, genoux joints, christs en croix photophores.

Fumées rouges, fumées blanches, fumées rapides. Elles écument le ciel humide, aspergent les plongeurs d’une lumière crue, très blanche, qui troue l’atmosphère de lueurs blafardes, s’amplifient et auréolent le Cap d’un halo neige tramé au magenta, lequel mousse et se propage à toute vitesse si bien que les premières silhouettes paraissent aux balcons des hôtels, aux terrasses que parfument l’eucalyptus et le gardénia, aux hublots des voiliers qui croisent dans la baie, si bien que les voitures intriguées ralentissent sur la corniche, les dîneurs penchent la tête au-devant du caboulot, les girafes dodelinent du cou derrière les grilles du zoo, les goélands halètent, gonflent et vident le torse, si bien que les chiens aboient et que Sylvestre Opéra tressaille derrière ses jumelles, putain qu’est ce qui se passe en bas ?"

Ce passage est situé pas loin de la fin du livre. C’est ici la dernière action des adolescents avant d’être rattrapés par la justice. Leur dernier saut, le plus dangereux. C’est dans ce passage (1er paragraphe) que nous pouvons voir la gravité de la scène ; les actes dangereux et inconscient de ses adolescents. Ce passage est également représentatif du roman car nous pouvons voir dans le deuxième paragraphe que c’est un événement hors du commun auquel le commissaire ne s’attendait pas.

L’évolution des jeunes est ici l’enjeu majeur de ce roman. Au début, ils sont puissants, dominants, ils sont les rois du monde et contrôlent la corniche Kennedy. Puis, c’est le drame, ils deviennent faibles, impuissants et dominés par l’autorité. Tout leur petit monde s’écroule pour faire face à la réalité de la vie. Ce qui nous donne une leçon de vie ; l’autorité est là, prête à nous remettre dans le droit chemin mais surtout vigilante et bienveillante comme le commissaire..

Complément :   J’ai trouvé tout d’abord ce livre très facile à lire. C’est un livre auquel nous pouvons accrocher dès le début. Suivis de plusieurs différentes actions successives, je m’attendais personnellement à une chute ou encore un événement qui aurait pu changer le cours de l’histoire mais ça n’a pas été le cas. J’ai été déçue par cette fin plutôt banale mais ce roman montre bel et bien la réalité ; des faits totalement réels. Une histoire qui pourrait très bien finir de même : des jeunes inconscients qui défient les lois et finissent devant la justice, pour un jugement qui les punira de leur erreur.

C’est ce côté réaliste qui m’a particulièrement plu dans ce livre.

Chloé Gr. 1S2

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commentaires

Chloé, 1ES 22/11/2017 15:47

Ce roman parle d'un groupe, d'une bande d'adolescents sans repères qui mettent leur vie en jeu tous les jours de l'été sur « la Plate » le long de la corniche Kennedy. L'auteure, Maylis de Kérangal nous amène des deux côtés : celui où on brave l'interdit et l'autre où l'on surveille, épie. Elle utilise beaucoup de procédés de répétition tels que l'anaphore, le chiasme, etc. L'écriture est compliquée très travaillée mais riche. Elle utilise la juxtaposition, l'énumération. Au début on trouve que ces personnages, ces enfants sont bêtes, vaniteux, égoïstes puis au fil de la plume de Maylis de Kérangal on s'attache à eux. En effet, grâce aux procédés de narration, on connait leurs sentiments, leur passé mais aussi leur rapport à l'autorité parentale. Certains sont rejetés d'autres sont livrés à eux mêmes. On comprend alors la volonté, le sentiment de liberté lorsqu'il saute du « Just do It » ou du « Face to Face ». La guerre avec les forces de l'ordre pour eux est seulement un jeu. Ils se poussent à leurs limites bravent les interdits. Ce roman est intéressant, on s'accroche à l'histoire. On est confronté à la vision de la vie de ces jeunes et de ces policiers. Je pense que ce livre peut être lu par tous et apprécié dès lors qu'on s'habitue à l'écriture de l'auteure. J'ai beaucoup aimé être « plongée » dans leurs aventures

Chloé

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