Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
18 novembre 2017 6 18 /11 /novembre /2017 18:18

Cette grande fresque romanesque apparaît seulement en deuxième position dans la présentation de quatrième de couverture de ce roman de quatre-cents pages,

après la mise en avant de cet enfant et de ce mystérieux personnage. Cependant c’est bien l’Histoire le personnage principal qui est alors  raconté, retracé, reproduit. Mais pour cela, il faut que quelqu’un se dévoue pour prendre en charge ces travaux conséquents. Un enfant boiteux, voilà notre narrateur, et notre écrivain au passage.

Comment résumer un roman résumant lui-même tant d’années de recherches, basées au départ sur un simple bâtiment, accueillant des fous, le Lazaret ? Je me contenterai alors de repenser à cet homme répétant Taba-taba tout le temps, qui malheureusement n’apparaîtra pas assez de fois dans ce livre pour que je puisse comprendre pourquoi ces mots se retrouvent au plein milieu de la première de couverture. Il laisse place à la mise en scène d’une petite-fille nommée l’Impératrice Eugénie et de sa famille venant d’Égypte dans les années 1862, remplacée par la suite par l’arrivée d’un gymnaste, dont nous suivrons les déplacements qu’il fera avec sa femme, son fils et sa fille à travers la France durant la Première et la Seconde guerre mondiale.

Tous ces récits sont entrecoupés d’une part par des bouts d’histoire naviguant dans les siècles et dans les différents pays du monde. Des chefs d’État, des peintres, des résistants ou encore des inventeurs viennent s’intercaler entre les  nombreuses explications du narrateur. Quand l’enfant, devenu maintenant adulte, décide de ne plus rendre compte avec ses propres mots, il nous dévoile alors de nombreux documents qu’il a recueillis : des lettres authentiques de poilus, des articles de presse ou des citations de grands auteurs comme celle de Victor Hugo Voilà mille ans qu’ils font payer les émeraudes / Des tiares à ceux qui n’ont pas de souliers. D’autre part l’auteur nous rapporte ses aventures. En effet, lui aussi voyage dans le monde entier. Toujours dans la quête d’en apprendre plus sur le Lazaret et ses personnages, il va à la source de leur existence et nous fait part de nouvelles découvertes et d’hypothèses, le menant sur une nouvelle piste.

Des centaines d’informations dans un seul roman. C’est à la fois son point fort et sa faiblesse. Effectivement,  il rend compte dans cet ouvrage d’un travail époustouflant et grandissime. Des heures de recherche incalculables et effrayantes. Cependant quatre cents pages de pures descriptions historiques, cela peut être long … Patrick Deville pense tout de même à ce détail en découpant son texte en quatre-vingt-deux chapitres, permettant de faire une pause sans perdre le fils de l’histoire.

Son style d’écriture nous offre une approche simplifiée sur tous les aléas historiques. Enfin, il laisse au lecteur la possibilité de penser à des faits futiles_  Il prononce les voyelles dans l’ordre qu’il avait appris à les réciter ,a, e, i, o, u, s’aperçoit que « oiseau » est le seul mot à rassembler les cinq voyelles de l’alphabet en un arc-en-ciel de sonorité _ ou de remettre en cause les actions humaines en s’interrogeant sur l’avenir : les tempêtes et les ouragans furent les signes d’un bouleversement climatique qui entraîna la disparition de 95 % des espèces maritimes et de 70% des espèces continentales: parmi celles-ci l’humaine ne figurait pas encore.

Taba-Taba, l’enfant, la petite-fille ou encore le gymnaste, eux qui d’apparence n’ont rien à avoir ensemble, seront finalement assimilés un par un par un coup de maître de Patrick Deville. Mais pour le découvrir, il faudra se laisser guider à travers cette grande fresque historique.

Partager cet article

Repost0

commentaires

Marianne 18/11/2017 18:36

Taba-Taba est une épopée fantastique débutant avec un enfant boiteux au lazaret. Piégé dans un hôpital psychiatrique créé sous Napoléon en 1862, l'enfant se prend à rêver de voyages inspiré par Taba-Taba, un vieil homme énigmatique. Cinquante ans plus tard, l'enfant devenu un homme s'intéresse à l'histoire de sa famille et à celle du monde en général. Or cet homme n'est autre que Patrick Deville qui conte les péripéties de sa famille à travers différents carnets de voyages. En effet, l’auteur voyage en fonction de la vie de ses ancêtres partout où ils ont vécu malheurs, déception, joie,... Il les accompagne en décrivant avec minutie les nombreux détails de leurs histoires sans oublier celle du monde. Il débute ainsi sur la construction du Lazaret et l’arrivée d’une jeune fille en blanc venant d'Egypte en 1860, puis il dévie sur l’histoire d’Alexandre sans oublier Paul et bien d'autres encore jusqu'à aujourd’hui avec les attentats qui ont sévi dans le pays. C'est donc sur un siècle et demi que l'histoire se déroule avec près de cinq ou six générations toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Passion, histoire, émotion,... sont des notions déterminantes dans ce roman. Celui-ci évoque de multiples événements que l'on aurait pu oublier ou ne pas connaitre comme la difficulté à la démobilisation après la première guerre mondiale, la signification de la seconde guerre mondiale pour certains, décrite comme "la perm de vingt ans" ou encore l'histoire du zoo de Paris. Sans compter que l'auteur peut aussi détailler la simple durée de vie d'un bateau jusqu'à une ville dévastée par les obus. J'ai même pu effectuer un rapprochement entre un avion soviétique du nom de Gorki et une pièce de théâtre "Les Bas fonds" de Gorki que j'ai vue cette année. De surcroît pour le nombre hallucinant de références à de prestigieux auteurs ou poètes tels que Flaubert, Rimbaud, Gorky, Victor Hugo, Zola et Proust. Par conséquent ce roman est très riche par son histoire mais aussi par des détails qui peuvent paraître insignifiants pour certains mais essentiels pour d'autres.
J'ai particulièrement aimé l'histoire de Paul Jean Deville qui est émouvante grâce notamment à sa complexité mais aussi à sa force. En effet, il participe aux deux guerres les plus meurtrières de l'histoire. Comme le récit s'attarde principalement sur la guerre 1939-1945 et sur l'après-guerre, ce personnage accompagne longtemps le lecteur. L'histoire de l'auteur lui-même est très émouvante. Il prend très à cœur la découverte de chaque détail de l'histoire de sa famille de telle façon qu’il montre son attachement à chaque nouveau paysage, chaque rencontre et chaque découverte. Je pourrai même dire qu'il vit avec eux, à quelques moments nous ne pouvons plus distinguer s’il est avec eux ou s'il erre à la recherche d’un quelconque signe de leur vie. D'ailleurs il a expliqué qu'il voulait écrire ce roman depuis des années ce qui prouve son attachement à ce sujet.
De plus, ce récit fait réfléchir aux nombreux bouleversements du monde et de la France durant un siècle et demi. Patrick Deville aborde ce sujet sans tarder dès la septième page avec cette citation de Proust « La seule chose qui ne change pas est qu'il semble chaque fois qu'il y ait quelque chose de changé en France ». Comment le monde peut-il évoluer aussi vite? Quel mystère entoure les chapitres « des petites traces »? Quelle est l’histoire de Taba-Taba, cet homme qui est le fil directeur du récit ? Tellement de questions auxquelles l’auteur ne répond jamais entièrement. Quant à son but, il est sûrement d'entrainer le lecteur dans les méandres de l'histoire avec ses nombreuses descriptions et l'enchaînement rapide des actions de façon à lui faire perdre le fil. Même l'histoire peut parfois s'entremêler, entre passé et présent. Ce point pourrait être perturbant voire rédhibitoire pour certains lecteurs, je le vois plus comme un moyen de s'évader avec l'auteur.
En dernier lieu, sachant que la famille et l'histoire sont pour la plupart des gens des valeurs importantes voire nécessaires, je recommande ce roman à tous les amoureux de l'histoire et à tous les curieux.

Présentation

  • : LIRELIRE
  • : Ce blog est destiné à recevoir et à diffuser vos avis de lecteurs à propos des livres que vous avez choisis (élire) et lus (lire)
  • Contact

licence et trace carbone

Lirelire   Josiane Bicrel est mis à disposition selon les termes de la licence creativecommons by-nc-sa/4.0

Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les mêmes Conditions 

Lirelire est neutre en carbone.

 

Rechercher

Classement Alphabétique Des Auteurs