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28 janvier 2019 1 28 /01 /janvier /2019 19:57

Et je danse aussi est un étrange roman rédigé par Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat et publié aux éditions Fleuve en 2015.

Étrange car il ressemble à un échange de mails permanent entre deux personnes ou deux personnages, on met du temps à savoir si ce sont des personnages ou si ce sont des personnes. Une grande partie de l’échange consiste d’ailleurs à créer cette ambiguïté. Au départ le personnage masculin Pierre-Marie Sotto, écrivain reconnu mais en panne d’inspiration nous semble bien réel tandis que son interlocutrice, Adeline Parmelan nous paraît bien improbable. Un mystérieux paquet reçu par l’écrivain et envoyé par son interlocutrice sert de prétexte à leur échange épistolaire par internet. Sans cesse les personnages jouent de cette ambiguïté pour le plus grand plaisir du lecteur. Autour d’eux gravitent d’autres personnages qui prennent peu à peu consistance au point de sembler eux aussi des personnes familières. Ce qui les unit ce sont deux autres personnages tout à fait romanesques et qui brillent par leur absence. En somme les deux auteurs nous font ici réfléchir sur la notion de roman et de personnage de roman mais aussi sur la lecture et sur l’écriture de romans. Mais Et je danse aussi n’est pas un pensum bien au contraire : on est captif du suspense, on s’attache aux personnages. Bref on se prend au jeu.

Voici un extrait représentatif :

« Cette question : qui êtes-vous ? je la gardais pour mon courrier suivant, mais vous m’avez devancé. Vous avez eu raison. Il faut bien que la lumière se fasse. Je comprends ceci, maintenant, Adeline : nous ne sommes pas les héros de notre propre histoire. Nous n’en sommes, vous et moi, que les seconds rôles. Les deux personnages principaux sont plus fous, plus romantiques, plus passionnés, en tout cas plus passionnants que nous. Ils ont été capables de s’aimer éperdument, de brûler leur vie, de se séparer (pourquoi ? je l’ignore), de se saborder, de se retrouver après vingt-sept ans et de tout recommencer. Ils ont été capables d’être là, avec vous, avec moi, puis de nous quitter, de disparaître, ils ont été capables d’être cruels avec nous. Ils ne sont pas raisonnables. Les héros ne sont pas raisonnables. Ils ne peuvent pas se satisfaire de tisanes (pardonnez-moi) ni du Jeu des 1 000 euros à 12 h 45 ni du tic-tac de l’horloge quand les enfants ont quitté la maison. Il leur faut le feu et la déraison. Nous nous sommes trouvés sur leur passage, ils nous ont considérés, un peu, l’espace de quelques années, et ils se sont détournés de nous. Nous les aurons regardés passer dans nos vies » (p 146)

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