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18 février 2019 1 18 /02 /février /2019 16:04

Dans ce gros roman de 600 pages et même plus _il faut bien ça pour parler de la Russie et de son histoire_ l’auteure croise la destinée de Nora une jeune femme indépendante et moderne, scénographe, et celui de sa grand-mère, une femme qui a dû renoncer à ses rêves de danseuse pour des raisons de santé, d'histoire, de mariage mais ne s'en est jamais vraiment consolée. Chacune d'elle a eu un fils, un seul :  Heinrich Ossetski, né en 1916, fils de Marroussia et de Jacob Ossetski, Yourik  fils "naturel"  de Nora Ossetski. Le père, Victor Tchepanovich,  est un camarade de classe, autiste, semble-t-il, et n'a pas reconnu son fils. Les deux femmes finiront d'ailleurs par élever seules leur fils, par choix : Jacob a été accusé de traitrise à l'égard des Soviétiques ce qui lui vaut des exils successifs durant plus de six ans et son épouse fait prononcer le divorce par contumace. Nora quant à elle voit  Victor quand elle le veut et le metteur en scène Tenguiz, l'homme qu'elle aime, quand il le veut.

Qu'advient-il de ces fils ?  Milkhaïl trahit son père  en témoignant contre lui devant le KGB, se marie et devient le père de Nora puis divorce. Yourik se passionne pour la musique, rejoint son père aux Etats-Unis, est rapatrié par Nora et Tenguiz qui le sauvent de la drogue et finit par devenir le père d'un nouveau petit Jacob Ossetski. "C’était le 10 janvier 2011. Le jour de l’anniversaire de Maroussia. Un jour que Jacob Ossetski avait honoré toute sa vie. Le centenaire d’une correspondance conservée dans une malle en osier."

Dans ce roman, une foule de personnages présentés avec beaucoup de réalisme créent l'illusion du réel. Beaucoup d'entre eux ont une culture très étendue.  La réalité culturelle et historique sert de cadre à toute l'histoire qui s'étend de 1911 à 2011. Les pogroms, la première guerre mondiale, la Révolution d'octobre, l'avènement des Bolcheviks, Lénine, puis Staline, le travail forcé et les goulags,   ... l'invasion de l’Afghanistan.

J'ai lu ce roman en traduction. Comme son héroïne, Nora qui a retrouvé la correspondance de sa grand-mère Maroussia, l'auteure, russe aussi, se fonde pour l'écrire sur la correspondance retrouvée de sa grand-mère, dit-elle dans l'épilogue.    

extrait chap 11 :

Huit heures du matin. (Ou plutôt de la nuit puisque, réveillé à sept heures, je garde la lumière allumée pendant encore deux heures. Dehors, c’est la nuit.)

 Ma chérie, ma Maroussia !

Tu me fais remarquer avec indignation que j’écris aux autres plus sérieusement et plus en détail qu’à toi. Pour satisfaire ne serait-ce que dans une seule lettre ta soif de connaissances et tes exigences (parfaitement justifiées), je vais commencer par… la description de ma vie quotidienne (ne t’étonne pas du changement d’encre, entre-temps, j’ai remonté toute la perspective Liteïny, traversé la Fontanka par le pont Sémionovski, descendu la rue Karavannaïa et une partie de la perspective Nevski, et je me trouve à présent dans les bureaux de la compagnie J. Blok, où j’écris cette lettre). D’après cette description, tu pourrais penser que je viens de faire cinq verstes, mais cela ne représente en tout et pour tout que onze ou douze minutes de marche. Il y a ici un nombre incalculable de ponts, et beaucoup sont grandioses, attends un peu, tu les verras. (Il arrive souvent qu’on croie se trouver dans une rue extrêmement large, mais non, c’est le pont de la Trinité ou le pont Liteïny.) Je continue.[…]

À cinq heures pile, je vais déjeuner. Je prends maintenant mes repas dans un restaurant historique, Le Capharnaüm. Tu as dû le rencontrer dans des livres, car il est chanté par nombre de nos grands écrivains. Le tout-Pétersbourg littéraire se retrouve là. (Au restaurant Vienne, on ne fait que souper, ici, tout le monde déjeune.) Ils sont tous venus ici, Dostoïevski, Griboïedov, Pouchkine, Lermontov, Joukovski, Saltykov, Scheller, Tourgueniev… Bref, ce serait trop long de les énumérer ! On y voit Kouprine, Potapenko, Barantsévitch, Porochine, Gradovski, Skabitchevski, Artsybachev – tous les modernistes, tous les « dératiboiseurs », en un mot, tout le monde ! Je suis là-bas chaque jour de cinq heures et demie à sept heures.[…]

Je m’épanouis comme de la bardane ! Je ne lis mes poèmes qu’à des écrivains et des poètes. [Lettre de Michaïl Kern a sa sœur Maroussia en 1910]

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