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10 octobre 2020 6 10 /10 /octobre /2020 18:15

Saturne ou La misère des riches

Le récit commence par le décès d'un homme entouré de sa famille. Cet homme meurt d'une leucémie, il a 34 ans, seule sa fille, encore trop petite, est absente.

Dans sa famille, il est le cadet et devient le canard noir : alors que son père et son frère sont de grands médecins, chefs de clinique et fortunés, lui, il a arrêté ses études de médecine, il dépense sans compter aux jeux et se prend d'amour fou pour une demi-mondaine qu'il épouse et dont il a un enfant.

La narratrice en l'enfant de cet amour fou d'un "canard noir" et d'une belle du jour. Lorsque meurt son père, elle est accueillie avec sa mère dans le château familial mais sa situation est délicate car sa mère n'est pas vraiment bienvenue. Quand celle-ci part refaire sa vie avec un autre homme dont elle a un autre enfant, notre héroïne n'a plus sa place et coupe les ponts. Après le décès de sa riche grand-mère, voilà qu'elle est seule héritière avec son oncle...

Ce récit reprend dans une fiction les principaux sujets d'étude de l'autrice psychologue clinicienne. L'analyse psychologique y est très présente mais la présentation d'un milieu social bien particulier en fait aussi l'intérêt. La lecture est facile et rapide, les chapitres sont courts, l'écriture presque plate sauf quelques passages qui semblent correspondre aux moments de perte de repères. Ainsi : 

"Je me sens tapissée d’une substance opaque, qui tache de nuit tout ce que je regarde. Les maisons sont ternes. Les arbres, desséchés. Le ciel, sale. Viennent des rêves où tout recommence. Ce sont des rêves où toutes les couleurs semblent plus vives : les bleus sont plus tranchants, les rouges plus brillants, les blancs plus laiteux. J’ouvre une porte. Les gens qui sont morts ne sont pas morts. Leur visage est lumineux. Ils me prennent dans leurs bras. Je ne suis plus seule. Je n’ai plus peur. Je n’ai plus froid. Quand j’ouvre les yeux, je mets de plus en plus de temps à me souvenir qu’ils sont vraiment morts. Persiste, pendant plusieurs heures, le sentiment qu’ils sont toujours là, et qu’ils vont venir me chercher, et tout sera pardonné. Les portraits de mes grands-parents, de mon père et de mon oncle gisent sur mon oreiller. Je colle mon visage au leur. Je veux rentrer dans les images, mais mes dents se mettent à claquer. La terreur s’abat sur moi. Mes yeux n’arrivent plus à se détacher des affaires de ma grand-mère : je ne peux ni les toucher ni les jeter. Et du fond d’une valise éventrée, l’œil d’argent du dragon ornant la soupière de ma grand-mère me regarde, prêt à me calciner. Ma bouche reste fermée."

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