Le titre français est chargé de multiples échos liés au mythe du double et de l'identité mais le titre portugais, O Homen duplicado, homme dupliqué, dédoublé, plus neutre est sans doute aussi plus juste car ce roman est à la fois un récit d'intrigue qui revisite et modernise le thème fantastique du double et un roman aux consonances philosophiques et tragiques qui ne vous laisse pas en paix et vous fait sans cesse vous interroger sur ce que c'est qu'être soi, sur le rapport que l'on entretient avec les autres, sur la vie.
Vous dire cela ne suffit pas à rendre compte de ce que ce roman a de fabuleux. Il faut pour le savoir se laisser prendre dans les longues phrases sinueuses et les paragraphes démesurés (je n'en avais jamais vu de si longs, je crois) qui vous entraînent comme dans une valse tourbillonnante d'où vous ne sortez qu'à regret, complètement étourdi.
Voici, pour finir de vous convaincre, un article de la revue Lire de février 2005 sur ce roman :
"Des remarques subtiles sur le langage. Des passages délicieux sur l'enseignement. Du fantastique à la Maupassant. Des analyses psychologiques à la Sarraute. On mélange le tout et l'on plonge dans le roman très troublant de José Saramago, qui tisse ses histoires avec une logique implacable où l'absurde se conjugue à l'humour.
Tertuliano Maximo Afonso est un prof d'histoire dépressif, misanthrope, et peut-être parano. Un jour, il loue dans un vidéoclub un film qui va changer sa vie. Pourquoi? Parce que l'un des personnages de ce film est son sosie parfait... Commence alors une course-poursuite au bout de laquelle notre prof retrouvera ce double, qui lui jouera un bien mauvais tour. Un suspense hitchcockien, où le Nobel 1998 prouve qu'il est un romancier du vertige."
Je recommande vivement cette lecture aux bons lecteurs de troisième, aux lycéens et adultes et serait ravie de connaître ensuite leur avis. Je doute que ce roman puisse laisser indifférent !