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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 18:00

Claude-Ber001--2-.jpgAuteure : Claude Ber, poète, dramaturge, professeur à Sciences Po et à la Sorbonne

Titre : Aux Dires de l'écrit

Editions : Chèvre feuille étoilée

Genre : recueil de sept textes, sortes d'essais tirés de conférences, articles, séminaires.

Thèmes : l'écriture et : la folie, la poésie, le féminin, l'oralité, l'enseignement, le travail, la poésie

Sujets et citations choisies :

1. "Aux déchirés de la parole, écriture et folie"

Ce texte est celui d'une conférence à l'université de Nice en 2009. Claude Ber s'y interroge sur l'écriture et la folie. Elle évoque quelques classements distinguant les "fous littéraires [...] dont la folie s'exprime par une production livresque" comme disait Shoshana Feldman, les témoignages sur la folie et l'écriture de la folie, celle de Nerval, d'Artaud, de Virgina Woolf... écriture qui "tente de faire oeuvre littéraire à partir de la folie, avec et malgré la folie". Très vite cependant elle mentionne le défaut de tels classements qui se dispensent de considérer l'histoire personnelle et de s'attarder sur la parole de la folie. Elle observe que l'analyse de l'écriture du fou peut en partie Convenir au texte poétique. Orphée qui incarne la figure du poète fait entendre son chant hors du temps et de l'espace, aux Enfers, tout comme le fou qui écrit à la marge, hors des limites et au contraire d'Oedipe qui raconte son histoire aux personnes qu'il rencontre en chemin. Tout de même, Claude Ber souligne qu' il y a une différence notable entre poète et fou : le "dérèglement raisonné de tous les sens" voulu par Rimbaud, l'expérience de la mescaline par Michaux sont des choix délibérés des poètes alors que le fou qui écrit ne choisit pas sa folie. De même que les fous ne sont pas plus criminels que la moyenne des humains, de même ils ne sont pas plus souvent que les autres des poètes ou des littéraires.

Partant du journal d'Evelyne Encelot Claude Ber insiste sur la souffrance de la personne qui se sent sombrer dans la folie et pour qui l'écriture est tentative de reconquête de soi. Claude Ber explique les fondements de sa réflexion en mentionnant son expérience personnelle d'accompagnement de ce glissement dans la folie jusqu'au mutisme et la publication du livre d'Evelyne Encelot . "Lire les textes, les lire lire avec une attention soutenue, ouverte et aiguë" recommande Claude Ber après avoir cité quelques vers d'E. Encelot pour illustrer la déliquescence du langage du fou :

"Maintenant je n'ai quasi plus rien que mes mots

 Alors j'ai tout le temps

 Et je voyage avec les survivants

 Avec ce qu'il y a

 Comme c'est

 Seulement

 Seulement"

2. La fable/l'histoire_ Notes sur Poésie et narration

Il s'agit ici de notes à visée opératoire plutôt que théorique, numérotés de 0 à 21 concernant la distinction entre poésie et prose et leur rapport avec la narration. Cette analyse est nécessairement à situer dans le temps et l'espace : la réflexion ne concerne que la poésie française actuelle, celle qui ayant "évacué le lyrisme, le chant, la subjectivité, l'expression des sentiments, le figuratif, le narratif, le discursif, etc" tend vers "un dire intransitif".

La note 5 oppose poésie et prose, en associant la première au retour, la seconde à l'avancée ce que le vers (versus) figure dans son retour à la ligne ; ce retour du poème  sur lui-même "débouche sur une langue pliée et reflétée au miroir -à la conscience_ d'elle-même".

La note 6 renforce cette idée de retour en évoquant les strates du poème, "millefeuilles" où rythme, sonorités, figures, dispositions... se superposent pour produire du sens. Le poème se caractérise ainsi par son épaisseur, sa "pluralité de sens non éparpillés" disait Heidegger.

Au contraire de la prose qui "renvoie à l'histoire" et se déploie plutôt horizontalement, la poésie revient sur "ce que parler veut dire" c'est à dire sur l'énonciation et le langage. (note 7). La prose "déroule" alors que la poèsie "enroule", là se trouve la frontière (note10).

Dans la note 11, Claude Ber reprend l'oposition entre Orphée et Oedipe puis explore quelques autres éléments de distinction de la poésie : elle est fragment, elle explore le son et l'oralité, les images, les rythmes et elle s'y "mire" ce que la prose ne fait pas..

Dans la note 15, Claude Ber insiste sur ce point : "Même narratif, même prose narrative, le mouvement du poème est [...] indissociable de [...] la démultiplication des reflets aux facettes des cristaux, là où la prose promène toujours, d'une certaine manière, le long du chemin, le miroir stendhalien."

Note 16, elle reprend le mythe d'Orphée pour observer que le chant naît quand l'histoire est finie. Dans le poème, la "fable" a tout perdu, temps, personnages alors que dans la prose elle renoue les fils de l"histoire. Le poème "dit intransitivement. La prose, elle, dévoile, révéle" précise-t-elle dans la note 18 avant d'ajouter, note 20, que la narration concerne aussi bien la prose que la poésie. Le poème "pose la question de la narration" alors que la prose privilégie la narration.

3. L'entre-deux ou une conscience du féminin dans l'écriture

Claude Ber choisit d'intervenir en tant qu'écrivain à ce séminaire où elle aborde la problématique du "féminin dans l'écriture". A ce titre, elle s'attarde sur les effets de la dénomination et observe que la muliplication des termes employés pour parler des femmes qui écrivent  révèle une difficulté. En ce qui la concerne, elle choisit un entre deux, elle est une ou la poète. Elle insiste sur l'acte d'écrire, travail tout à fait singulier, qui fonde l'identité de l'écrivain et de la sorte, parler d'écriture féminine revient à refuser aux femmes la reconnaissance de la singularité de leur travail d'écrivain alors que nul ne songe à parler d'homme-écrivain ou d'écrivain- homme. C'est que la place de l'homme à l'agora et dans la polis ne pose pas problème mais qu'à la femme est dévolue la domus. Pourtant, "Le je qui écrit, le sujet de l'écriture est autre et distinct de celui ou celle qui écrit." Le je, sujet de l'écriture "advient et devient en écrivant" ce qui rend inapprpprié le concept d'écriture féminine.

Réfléchissant à l'emploi du pseudonyme par les écrivains comme Jean-Baptiste Arouet (Voltaire), Aurore Dupin (George Sand), Mohamed Moulessehoul (Yasmina Khadra) elle note cepedant que "se nommer au masculin ou au féminin, écrire au masculin ou au féminin, change la donne" Elle-même choisissant de se prénommer Claude opte pour un prénom féminin et masculin qui la relie aux célèbres claudicateurs "de la lignée de Dionysos, Héphaïstos, Oedipe ou Jacob". En somme, comme l'annonçait le titre, elle se positionne dans "l'entre-deux" face à cette question.

4. Le dirécrire, variations


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Publié par J. Bicrel - dans B
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