Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
16 octobre 2018 2 16 /10 /octobre /2018 21:58

Les chapitres ont des titres de chansons punk puis rock, ils  alternent les histoires individuelles

de personnages comme Candice ou Jones, une histoire réelle celle de l'hiver 1978/1979 en Grande-Bretagne et une histoire littéraire entre fiction et réalité, la représentation de Richard III de Shakespeare par Candice et ses amis devant Misses Thatcher, sans compter un chapitre de considérations générales sur le roman et le théâtre et un autre qui se présente comme un abécédaire. Faire tenir tous ces fils ensemble semble l'enjeu de ce livre que j'ai quelques difficultés à situer dans un genre. Les deux personnages de roman peinent à devenir vraiment des personnages de roman et  leur liaison tout juste évoquée, ils disparaissent dans  le vide de la fin du livre qui n'est pas une fin mais une sorte de suspension !   Alors ce livre cherche-t-il à redéfinir le genre du roman ? C'est sûr, on n'est plus au XIXe siècle !

Un extrait p 118

"Thatcher va donner le programme des années 1980.
A comme Arabia – La révolution islamique de 1979 en Iran mènera, à la fin de la même année, à une prise d'otages de plus d'un an dans l'ambassade américaine, qui sera l'occasion de ridiculiser la CIA dont les hélicoptères restent cloués au sol par une tempête de sable. Ce crime de lèse-majesté d'un pays non aligné ne lui sera jamais pardonné. Le « monde libre » change d'alliés. L'Arabie saoudite, le Qatar, les Émirats deviennent nos amis, pour le
meilleur et pour le pire.
B comme Bobby – Bobby Sands est un membre de l'IRA provisoire. Il est aussi député irlandais au Parlement. Il mourra, au terme d'une grève de la faim de soixante-six jours dans la prison de Maze où il est détenu comme prisonnier politique. Sa volonté, sa dignité, son agonie terrifiante seront partagées par des millions de gens, au-delà des frontières, sans que ne plie
jamais la Dame de fer.
C comme City – la Bourse de Londres. On ouvre la City aux investissements étrangers, on en fait la première place financière au monde. À force de dématérialisation et de dérégulation, la spéculation devient incontrôlable. Elle conduit à une recherche de profits sans limites qui se
manifeste dans les délocalisations, au détriment des employés, des consommateurs et des États. C'est-à-dire des gens
."

Ces années Thatcher m'ont rappelé surtout l'horreur de l'emprisonnement des membres de l'IRA telle que présentée par Sorj Chalandon dans Retour à Killybegs

Partager cet article
Repost0
5 octobre 2018 5 05 /10 /octobre /2018 17:39

Ce premier roman d’une jeune documentaliste maman d’une enfant de huit ans est dans la 2e sélection Goncourt 2018. Il est en passe de remporter ce prix prestigieux et c’est vrai qu’il détonne et domine le lot !

 

D’abord c’est le récit d’une passion amoureuse absolue et mortelle comme le veut le topoï. Ainsi, en plein XXIe siècle, voilà que cette jeune romancière se met à réécrire Tristan et Iseult, Romeo et Juliette, Anna Karénine, Belle du seigneur, Phèdre, Lol V Stein …. Eros et Thanatos, interdit, jalousie, tyrannie, tout y est avec une puissance du verbe qui n’a rien à envier à ses prédécesseurs.  Certes, au lieu de Tristan et Iseult, le récit « raconte Sarah » et l’amour fou qui l’unit à la narratrice, amours saphiques qui ne cherchent pas à masquer l’érotisme de cette relation,  avant le lent renoncement à la vie de la narratrice après la mort de Sarah.  La passion, ce thème mille fois remis sur l’enclume au fil du temps et des contrées du monde est ainsi au cœur de ce récit. Nihil novi sub sole ?

Or ce qui contribue à la magie de ce récit, c’est l’écriture : la phrase est brève, rythmée, nerveuse, précise, « con fuoco », la composition est complexe, organisée autour de deux lieux Paris et Trieste, deux temps, elle semble aussi suivre des mouvements plus difficiles à saisir, ceux la musique, ceux de compositions de Beethoven, de Vivaldi puis de Schubert,  entrecoupés de définitions : « Passion, Du latin patior, éprouver, endurer, souffrir…. », « Le soufre est … » , « Latence, … »,  de citations, Le Songe d’une nuit d’été, Hiroshima mon amour, de diversions ou échos documentaires, « Le film Domicile conjugal est un film français… »,  le titre même mêle la référence littéraire à l’œuvre du poète Franck Venaille, la familiarité du langage, sa poésie  et sa musique par le jeu des assonances et allitérations : ça, ra, Sarah ».

Trouver un extrait à retenir est bien difficile étant donné le brio de cette écriture. Peut-être celui-ci : « Elle est surprise de l'obsession que je nourris immédiatement pour cet octuor, de mon désir de l'écouter toujours, en boucle s'il le faut, d'en écouter tous les enregistrements existants. Elle ne sait pas que la voir jouer le quatrième mouvement a été une des plus belles choses de ma vie. Elle ignore tout de mes paumes fiévreuses, de mon pouls qui palpite, des voix cotonneuses. Et d'un coup le silence, la lumière vive, sur scène, la lumière crue, cruelle. Le moment suspendu, dans le noir d'un coup, dans le silence d'un coup. Et rien. Pendant quelques instants, rien. Sauf mon pouls qui palpite. Et puis. Et puis elle entre, sur scène. Tous, autour de moi, tous, ils applaudissent. Je n'entends rien. Je la regarde. Sa robe longue. L'éclat de ses boucles d'oreilles. La lueur de ses incisives. Mon vampire. Son violon. Son chignon. Son air lointain. Mon souffle destitué. La partition qu'elle ouvre. Ses cils quand elle s'assoit. Dans le silence étourdissant. L'octuor de Mendelssohn et elle, premier violon. Huit corps, trente-deux cordes, tout est immobile. Plus rien ne bouge. La vie est figée. Ça va durer cent ans, comme dans les contes. Mais non. Son mouvement de menton, et tout bouillonne. Elle est une flamme qui déferle, dans tout l'allegro. Elle bondit, ma sauvageonne, elle saute, elle trépigne, elle fuse. Con fuoco, et ce n'est pas moi qui le dis. Ce n'est plus son violon, c'est elle qui chante. Je voudrais que ça dure cent ans, comme dans les contes, que ça ne cesse jamais. Et puis, dans le presto, elle bombe le torse, mon petit soldat, elle s'en va-t-en guerre et je suis sa captive, pieds et poings liés. Ce sont les dernières mesures, elle se dresse, elle se cabre, elle devient titan. Tout vibre, tout explose. »

J’ai nettement préféré la première partie du récit, à Paris. Il m’a semblé que la dépression de la narratrice à Trieste rejaillissait sur le texte ! Ce détour vers l'Italie me semble pourtant un vague écho des Petits chevaux de Tarquinia de Duras à laquelle l'auteure fait d'ailleurs fréquemment référence dans le récit. Il me semble que globalement, l'influence de Duras rejaillit beaucoup sur ce premier roman dont on espère qu'il ne sera pas le seul.

Partager cet article
Repost0
30 septembre 2018 7 30 /09 /septembre /2018 10:15

Dans ce roman à la couverture ornée d’une mise en abyme en noir et blanc, le héros-narrateur, Jeff Valdera est amené à sonder son passé pour remettre à jour des souvenirs enfouis depuis plusieurs dizaines d’années.

 

Pour l’y contraindre, il y a d’abord trois cartes postales énigmatiques et puis il y a ensuite la non moins énigmatique Frieda Steigl et son vieux sac de cuir.

Frieda est Suisse, grande, blonde et elle s’exprime dans un français très approximatif. Avec une étonnante brutalité, elle pousse Jeff à retrouver les détails de sa vie à l’hôtel Waldheim à Davos en 1976. Pour l’aider, elle exhibe les documents qu’elle a obtenus lors de l’ouverture des archives de la Stasi. Elle pense que Jeff est coupable de la disparition du réseau d’exfiltration d’intellectuels allemands de l’Est et coupable notamment de la disparition de son père, M. Steigl. Tous les moyens lui semblent bons pour faire sortir enfin la vérité : paroles sibyllines des cartes postales,  rendez-vous imprévisibles, brutalité et colère, alcool, promenades au bord de la mer,… Et il est vrai que des souvenirs reviennent à Jeff, par bribes. Cela fait-il de lui un coupable ?

p. 264 "Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle m’a convoqué ici une dernière fois pour me rentrer dedans plus directement encore. Ces dernières inhibitions viennent de sauter.

– Je ne t’ai pas convoqué. Tu vois que le faux, c’est toi. Tu as fait l’invité toi-même. Tu l’as dit à mon partenaire que tu le savais le plus et que tu venais tout le dire. Et qu’est-ce que tu viens le dire ? Je l’attends encore. Tu recules toujours, alors c’est le temps.

Je nie m’être invité. Elle dénature les propos que j’ai tenus  à son compagnon employeur, le galeriste de Zurich. Je n’ai fait aucune promesse ou pas de cette manière. Si elle m’a attiré dans le chalet du Dr Meili, c’est pour me faire reconnaître plus que des erreurs, carrément des fautes, pas encore un crime, mais pas loin."

Avec ce roman, un pan de la guerre froide refait surface, la dangereuse exfiltration d’Allemands de l’Est et la menace permanente de le Stasi. Avec Frieda, c’est aussi la paranoïa généralisée installée à cette époque qui se prolonge et survit créant chez Jeff et chez le lecteur un sentiment de malaise.

C’est en tous cas un roman qui vous tient en haleine, même la fin reste ouverte … Où est passée Frieda ? Par sa manière de fouiller le passé pour le faire ressortir des brumes de l’oubli au gré de rencontres étranges et de promenades ce roman me rappelle l’univers de Modiano, ses images sépia et des promenades.

Partager cet article
Repost0
8 septembre 2018 6 08 /09 /septembre /2018 11:11

Lyonel Trouillot est l'un des auteurs majeurs de la francophonie.

Il fait partie de l'élite intellectuelle haïtienne. Son héroïne, Aude, fait partie de l'élite des riches blancs du sommet de Montagne Noire à Port-au-Prince. Pour une enquête journalistique destinée à valider une formation à distance, elle est amenée à decouvrir la ville du bas de la Montagne, là où les dictatures et peut-être les séismes (mais il n'en est pas question) n'ont laissé que ruines et où se réfugie la misére. C'est là qu'elle rencontre Capitaine, mémoire tourmentée de ce lieu. Ce vieux Capitaine habité par tant de disparus qu'il ne veut plus être nommé Capitaine.

Aude, quant à elle, héroïne de ce roman initiatique, commence à prendre conscience de l'artifice et du mensonge dans lequel elle vivait et peu à peu, elle devient elle même, libérée de ces mensonges  :

" Plus qu'avant. Ou est-ce simplement qu'avant je n'avais pas d'yeux pour les voir ? Sont réapparues des maladies comme la tuberculose et le kwashiorkor. Tout le monde qui court pieds nus, ventres vides et mains tendues avec souvent des pierres au bout. Bientôt, même les rues ne suffiront plus pour les loger tous,diraient ma tante Marthe ou Jeffrey. Des mots, des expressions avec lesquels j'ai grandi viennent cogner à mes oreilles. Mon dictionnaire de citations, comme me le reprochait Capitaine. Mais on ne garde pas les choses pour les prolonger. On a besoin, pour être soi, pour faire le tri qui nous fonde, d'un musée des horreurs ou bien d'un repoussoir." (p 138)

Partager cet article
Repost0
29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 09:07

Je découvre Philip Roth par des chemins de traverse : après La Contrevie (1986), je viens de lire J'ai épousé un communiste (1998).

Cette fois la toile de fond est l'Amérique du maccarthysme qui cause la perte du héros du roman Ira Ringold (Jeune juif de Newark, sans diplôme, sans famille) alias Iron Rinn (star de la radio, époux d'une vedette de cinéma en haut de l'affiche). Dans cette ambiance de guerre froide des années 50, la chasse aux sorcières est ouverte, il ne fait pas bon être communiste, même en secret, ni même être ami ou frère de communiste, Ira le découvre à ses dépens. Il clame avec ardeur ses opinions sur la guerre froide ou sur la Corée comme il l'avait fait en Iran quand il était militaire pour la défense des Noirs qui lui tient aussi à coeur. Mais il ne serait pas tombé sans un autre mal sournois et noir qui ronge la société américaine et particulièrement ici son épouse: l'antisémitisme. C'est que l'Amérique est loin d'être un eldorado ! On découvre d'ailleurs qu'Ira est un meurtrier qui se cache depuis des années.

Cette histoire, c'est Murray, le frère ainé d'Ira qui à l'âge de 90 ans la raconte à son ancien élève Nathan Zukerman âgé désormais de 60 ans. On retrouve ainsi à travers ces deux personnages deux alias de l'auteur lui même à qui chacun emprunte beaucoup. Murray était professeur de littérature, Destitué quatre ans après son frère à la suite de la chasse aux communistes, il a cependant repris ses fonctions d'enseignants mais cette fois dans des classes de South Side où personne d'autre ne voulait enseigner les élèves, de jeunes Noirs pauvres de Newark. Cela a duré dix ans jusqu'à ce que l'un d'eux assassine son épouse pour lui voler son sac (qui pourtant ne contenait rien). On découvre ainsi une Amérique en pleine déliquescence. "Mais basta, chaque acte produit de la perte, dit-il. C'est l'entropie du système.

_ Quel système ?

_ Le système moral."

Enfin pour l'on puisse voir "l'inconcevable : l'absence d'antagonisme" il faut attendre que tous les hommes aient disparu. C'est une vision plutôt désespérante.

Ce que j'apprécie particulièrement dans ce roman, c'est la construction des personnages : Eve, Sylphid, Ira et beaucoup de persornages de second plan... On les découvre peu à peu et ils réservent des surprises jusqu'au bout. C'est qu'ils ont emprunté la complexité humaine ce qui est assez rare pour les personnages de romans. Leur vie n'a pas plus de sens que celle des personnes. Il faut la construire, la découvrir.

"Il se voulait passionnément un homme qu'il ne savait pas être. Il n'a jamais découvert sa vie, Nathan. Il l'a cherchée partout -à la mine de zinc, à l'usine de disques, à la fabrique de fondant, au syndicat, dans le radicalisme politique, dans les pièces qu'il jouait à la radio, dans les harangues pour soulever la foule, dans la vie prolétaire, dans la vie bourgeoise, dans le mariage, dans l'adultère, dans l'état sauvage, dans la société civilisée. Il n'a jamais pu la trouver. Ce n'est pas un communiste qu'Eve a épousé; elle a épousé un homme perpétuellement affamé de sa propre vie. Ce qui l'enrageait, qui l'embrouillait, c'est ce qui l'a perdu : il n'a jamais pu s'en construire une qui tienne. Tout l'effort de cet homme n'était qu'une maldonne colossale. dit Murray pour expliquer à Nathan la vie d'Ira. 

 

Partager cet article
Repost0
8 août 2018 3 08 /08 /août /2018 16:50

La Contrevie (The Counterlife, 1986) est le premier roman de Philip Roth que je lis mais quel

roman ! Suis-je tombée sur la pépite ou toute l’œuvre de cet auteur archi-reconnu est-il de cet acabit ? La Contrevie pourrait aussi bien être au pluriel car chacune des cinq parties revisite une précédente comme si la fiction était inépuisable. Je ne vais pas tout raconter pour préserver les surprises pour les futurs lecteurs mais voici le schéma d’ensemble :

 Dans la première partie, Bâle, Henry Zuckerman, dentiste de son état, époux de Carol, et amant de son assistante  Wendy voit son existence bouleversée lorsque vers la quarantaine, il se trouve contraint de prendre à vie un traitement pour insuffisance cardiaque or ce traitement le rend impuissant. Cette situation lui semble assez insupportable pour qu’il se confie à son frère aîné, Nathan un romancier avec qui il était en froid depuis longtemps. Contre l’avis des médecins, il se fait opérer et il meurt.

Dans la 2e partie intitulée La Judée, Henry a survécu à son opération mais il a laissé femme, enfants et maitresse pour partir en Israël. Carol se fait du souci pour lui et Nathan entreprend un voyage pour le voir. Quand il le trouve, celui-ci vit dans une colonie en Judée où il apprend le yiddish et porte un revolver au côté. … Cette partie est la plus longue et à mon avis la plus intéressante.

La 3e partie relate le retour de Nathan sans son frère mais non sans rebondissements.

Dans la 4e partie, c’est Nathan et non pas Henry qui souffre d’impuissance à la suite d’un traitement médical. Cette partie raconte sa liaison avec Maria puis son décès et ses funérailles auxquelles assiste son frère Henry qui lui en veut encore de la publication du chapitre Bâle :

"C'est Nathan qui se sert de mes traits pour masquer son visage tout en se déguisant lui-même, homme tout à coup responsable, sain d'esprit ; il devient son double raisonnable et m'attribue le rôle du parfait crétin. Il fait semblant d'abandonner tout déguisement au moment précis où il ment le plus, ce fils de pute. Voilà Nathan qui sait tout, et Henry avec sa petite vie [...] Voilà Nathan qui le perce à jour." (p 315)

Dans la 5e et dernière partie, Terre Chrétienne, Nathan est toujours en vie et rencontre sa belle-famille anglaise.

C’est un roman tout à fait singulier et tout à fait passionnant : un roman sur le désir, un roman sur la judaïté mais aussi un roman sur le roman, trois dimensions qui sont orchestrées de main de maître. Il me tarde de lire un autre roman de Philip Roth, en traduction car hélas la version originale m’est inaccessible.

Partager cet article
Repost0
23 juillet 2018 1 23 /07 /juillet /2018 12:52

J’ai beaucoup lu Stéphan Zweig mais je n’avais jamais lu ce récit qui n’a été édité que très récemment. Enfin,

en 2008 ... ce qui fait déjà 10 ans. C’est justement presque le temps qui sépare les premiers émois amoureux et les retrouvailles de Louis au début du récit, sorte d’avatar du jeune Frédéric Moreau de L’Education sentimentale et de cette femme _avatar aussi de Mme Arnoux_ dont on ignore le prénom comme le nom. Durant ces 9 années de séparation la première guerre a commencé et fini. Au moment des retrouvailles une manifestation patriotique semble annoncer une nouvelle guerre. Le temps passé aurait-il effacé les mauvais souvenirs de la première guerre du moins assez pour que les hommes en préparent une nouvelle ? Ce temps passé a pourtant un effet contraire sur l’amour : Louis et son amour n’ont rien oublié mais rien n’est plus possible pour eux. Les vers du « Colloque sentimental » Verlaine autrefois récités par la femme reviennent à l’esprit de Louis et sonnent le glas de l’amour :
« Dans le vieux parc solitaire et glacé. »
On retrouve ainsi les thèmes favoris de Zweig dans ce récit mais la mélancolie est prégnante. L’amour ne revient pas, la guerre, si. Louis s’en effraie à leur arrivée à Francfort : «  Ils sortirent de la gare, mais à peine passée la porte, un grondement les assaillit scandé par des tambours, traversé de sifflements stridents, vacarme imposant, retentissant - une manifestation patriotique d’associations d’anciens combattants et d’étudiants. Mur mouvant orné de drapeaux, se succédant par rangées de quatre, des hommes à l’allure militaire marchaient au pas de parade, en cadence, comme un seul homme, la nuque raide, rejetée en arrière - résolution violente- la bouche grande ouverte, pour chanter, une voix, un pas, une cadence. Aux premiers rangs, des généraux, sommités chenues, couverts de décorations, flanqués d’une organisation de jeunesse, portaient à la verticale, avec une raideur athlétique, des drapeaux gigantesques, têtes de morts, croix gammées, vieilles bannières de l’Empire, flottant au vent, ils bombaient le torse, le front rejeté en avant, comme s’ils avançaient à la rencontre de batteries ennemies. [...] « Folie » balbutia-t-il à part lui, stupéfait, pris de vertige. Que veulent-ils ? Une fois de plus, une fois de plus ? » p 85-87
Dans cette édition le texte de Zweig écrit en allemand est présenté à la suite du texte traduit par Baptiste Touverey.

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 18:09

Voilà un roman qui vous tient en haleine ! "Véritable western sibérien" (L'Obs) ou "puissant

récit d'aventures métaphysique" (L'Express ) il fait de vous les témoins d'une chasse à l'homme qui se révèle soudain chasse à la femme par cinq militaires soviétiques sommés de capturer vivant(e) l'ennemi public incarné par un (e) fuyard(e) plein(e) de malice et d'ingéniosité dans la taïga sibérienne.

Le commandant Boutov, le capitaine Louskass, Ratinsky, Mark Vassine, et son chien Almaz et Pavel Gartsev composent l'unité chargée de l'opération.

Deux seulement ont un prénom dans cette liste, ce sont deux hommes sans grade et sans ambition, du moins, pour ce qui concerne Pavel, sans autre ambition que s'en sortir, d'abord, en écoutant son "pantin de chiffon" intérieur qui le pousse à la couardise et au compromis. Vassine, lui, a déjà beaucoup appris de la vie et se montre plus philosophe. Ces deux personnages qui se distinguent donc déjà par leur prénom,  acquièrent au fil du récit une fonction bien plus intéressante que celle que l'armée leur avait attribuée : Pavel cesse en effet de se laisser gouverner par son "pantin de chiffon" pour enfin choisir de vivre et il se retire sur une ile quasi inatteignable, l'île Belitchi de l'archipel des Chantars avec celle qu'il avait longtemps poursuivie et qui, elle, a seulement un prénom, Elkar.

Vassine meurt pour permettre à Pavel de réussir son projet mais il meurt satisfait de savoir que Pavel a épargné la vie de la fugitive. Vassine a perdu femme et enfant alors même qu'ils étaient embarqués dans le cadre de l'évacuation des civils lors du siège de Leningrad par le lac Ladoga : un bombardement avait brisé la glace et le camion qui les transportait est tombé dans le lac. Depuis, Vassine ne vivait que pour revoir sa femme, en l'imaginant.

Vassine est un personnage que je trouve très proche de Camus. Ainsi, lorsque p 138 il raconte à Pavel ce qui le pousse à épargner la fugitive, il se révolte :

"Dans le camp, j’ai rencontré un prêtre, un prisonnier lui aussi. Il me parlait de Dieu qui nous aimait, de la lumière au plus profond de l’abîme… Il était dans son rôle. Je ne répliquais pas. À quoi bon ? Puisque, avant et après la mort de ces enfants, on n’a jamais arrêté de tuer, de brûler et… de baîller ! L’apparatchik qui m’a reçu était plus sincère que le prêtre, il ne vantait pas la lumière de Dieu… »
Il s’interrompit, opinant doucement à ses pensées. Puis tendant son bras vers la forêt, chuchota : « Regarde, Pavel ! C’est cela la lumière dans les ténèbres. Nos feux, allumés pour tromper cette femme. Oui, ruser, mentir, frapper, vaincre. La vie humaine. Un gamin s'étonnerait : pourquoi tout cela ? Dans cette belle taïga, sous ce ciel plein d’étoiles. L’adulte ne s’étonne pas, il trouve une explication : la guerre, les ennemis du peuple... Et quand ça devient vraiment invivable, il te parle de Dieu, de l’espérance ! Les enfants qui se noient sous la glace, qu’est-ce qu’ils ont à faire de cette lumière divine ?
»

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 14:04

Hippolyte est célèbre pour ses reportages BD pour la revue XXI. Il a travaillé avec Patrick de

Saint Exupéry sur cette bande dessinée "reportage au cœur du génocide" Rwandais sous titrée Rwanda 1994. Par de larges bandes colorées de vert et de bleu à la manière des aquarelles, les magnifiques paysages du Rwanda sont représentés et le texte se réduit alors à quelques cartouches : "Dans un monde immobile" "Sous un ciel bleu" "pur" "sans nuages" "rien ne bougeait" "sauf le feuillage des arbres" "agités par une brise légère" "du silence" "il n'y avait que du silence" "et des tués"... On entre alors dans l'indicible "il n'y avait plus de mots".

Antoine de Saint-Exupéry était reporter de guerre pour Le Figaro en 1994 au Rwanda, il était là lorsque l'opération Turquoise de l'armée française s'est mise en place, accueillie avec des cris de joie par les génocidaires qui voyaient là une intervention alliée. Les militaires français quant à eux découvraient avec stupéfaction la réalité et restaient réduits à l'impuissance faute de décision politique pertinente.  Deux mois plus tôt pourtant un dimanche au Home Saint-Jean 4300 hommes, femmes et enfants tutsis avaient été rassemblés dans l'église et sauvagement assassinés, comme une répétition d'Oradour mais à plus grande échelle. Le même jour, au stade non loin de là, 9000 tutsis ont été tués. A leur arrivée, les soldats français découvrent la réalité avec stupéfaction et impuissance.

Quand Antoine de Saint-Exupéry revient 20 ans plus tard avec Hippolyte, la paix est revenue mais le choc est toujours violent. Des planches de vignettes bleues viennent scander le récit comme des plongées dans la conscience et des personnages flottent au milieu de multiples corps disloqués. Dans les bulles, des paroles entendues forment comme un écho, des cartouches répètent "un génocide..." "... c'est d'abord du silence." "un silence étourdissant"

  

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 11:08

Ce roman paru en 2000 et adapté au cinéma dès 2001 par l'auteur lui-même a été couronné du prix Relay du Roman d'évasion.

Le cadre spatio-temporel du récit est la Chine de Mao entre 1971 et 1974 c'est à dire à l'époque de la Révolution culturelle qui a conduit à considérer tout intellectuel comme ennemi du peuple et en conséquence à exiler les enfants de ces ennemis dans les contrées les plus reculées et les moins alphabétisées du pays, ici dans les hautes montagnes où des paysans convertis à la cause se chargent de plier les jeunes gens aux volontés du pouvoir.

Le narrateur et son ami Luo, jeunes fils d'ennemis du peuples âgés de 17 et 18 ans sont ainsi condamnés à travailler dans les rizières et dans les mines, ils n'ont pas plus de 3 chances sur 1000 d'y échapper un jour.

Pourtant l'objectif de cet exil échappe en grande partie aux commanditaires : les jeunes garçons s'emparent de livres cachés par un autre exilé et découvrent avec gourmandise d'abord Ursule Mirouët puis Le Père Goriot  et Eugénie Grandet de Balzac et aussi Jean-Christophe de Romain Rolland et beaucoup d'autres romans occidentaux interdits.

"Le  Binoclard  hésita-t-il  longtemps  avant    de  choisir  de  nous   prêter    ce  livre?    Le  pur   hasard conduisit-il  sa  main?    Ou  bien   le prit-il    tout   simplement  parce    que,   dans   sa  valise    aux   précieux trésors,  c’était    le livre   le plus   mince,  dans   le pire   état?   La  mesquinerie  guida-t-elle  son  choix? Un  choix    dont   la raison    nous   resta   obscure,  et  qui   bouleversa  notre    vie,   ou  du  moins    la période de  notre    rééducation,  dans   la montagne  du  Phénix  du  Ciel.

Ce  petit   livre   s’appelait  Ursule  Mirouët.

Luo  le lut  dans   la nuit   même  où  le Binoclard  nous   le passa,  et  le termina  au  petit matin.  II  éteignit  alors   la lampe    à pétrole,  et  me  réveilla  pour   me  tendre  l’ouvrage.  Je  restai  au  lit  jusqu’à  la tombée  de  la nuit,   sans   manger,  ni  faire   rien   d’autre  que   de  rester    plongé  dans cette   histoire  française  d’amour  et  de  miracles."

Ils ne se contentent pas de découvrir les romans, ils partagent aussi leurs découvertes avec la fille du tailleur local. C'est par là surtout que les objectifs maoïstes sont déjoués : la petite tailleuse chinoise se cultive et s'émancipe. Un jour, elle s'en va, elle quitte les montagnes pour "une grande ville" et ainsi s'achève le roman.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LIRELIRE
  • : Ce blog est destiné à recevoir et à diffuser vos avis de lecteurs à propos des livres que vous avez choisis (élire) et lus (lire)
  • Contact

licence et trace carbone

Lirelire   Josiane Bicrel est mis à disposition selon les termes de la licence creativecommons by-nc-sa/4.0

Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les mêmes Conditions 

Lirelire est neutre en carbone.

 

Rechercher

Classement Alphabétique Des Auteurs