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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 14:04

Hippolyte est célèbre pour ses reportages BD pour la revue XXI. Il a travaillé avec Patrick de

Saint Exupéry sur cette bande dessinée "reportage au cœur du génocide" Rwandais sous titrée Rwanda 1994. Par de larges bandes colorées de vert et de bleu à la manière des aquarelles, les magnifiques paysages du Rwanda sont représentés et le texte se réduit alors à quelques cartouches : "Dans un monde immobile" "Sous un ciel bleu" "pur" "sans nuages" "rien ne bougeait" "sauf le feuillage des arbres" "agités par une brise légère" "du silence" "il n'y avait que du silence" "et des tués"... On entre alors dans l'indicible "il n'y avait plus de mots".

Antoine de Saint-Exupéry était reporter de guerre pour Le Figaro en 1994 au Rwanda, il était là lorsque l'opération Turquoise de l'armée française s'est mise en place, accueillie avec des cris de joie par les génocidaires qui voyaient là une intervention alliée. Les militaires français quant à eux découvraient avec stupéfaction la réalité et restaient réduits à l'impuissance faute de décision politique pertinente.  Deux mois plus tôt pourtant un dimanche au Home Saint-Jean 4300 hommes, femmes et enfants tutsis avaient été rassemblés dans l'église et sauvagement assassinés, comme une répétition d'Oradour mais à plus grande échelle. Le même jour, au stade non loin de là, 9000 tutsis ont été tués. A leur arrivée, les soldats français découvrent la réalité avec stupéfaction et impuissance.

Quand Antoine de Saint-Exupéry revient 20 ans plus tard avec Hippolyte, la paix est revenue mais le choc est toujours violent. Des planches de vignettes bleues viennent scander le récit comme des plongées dans la conscience et des personnages flottent au milieu de multiples corps disloqués. Dans les bulles, des paroles entendues forment comme un écho, des cartouches répètent "un génocide..." "... c'est d'abord du silence." "un silence étourdissant"

  

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13 juillet 2018 5 13 /07 /juillet /2018 11:08

Ce roman paru en 2000 et adapté au cinéma dès 2001 par l'auteur lui-même a été couronné du prix Relay du Roman d'évasion.

Le cadre spatio-temporel du récit est la Chine de Mao entre 1971 et 1974 c'est à dire à l'époque de la Révolution culturelle qui a conduit à considérer tout intellectuel comme ennemi du peuple et en conséquence à exiler les enfants de ces ennemis dans les contrées les plus reculées et les moins alphabétisées du pays, ici dans les hautes montagnes où des paysans convertis à la cause se chargent de plier les jeunes gens aux volontés du pouvoir.

Le narrateur et son ami Luo, jeunes fils d'ennemis du peuples âgés de 17 et 18 ans sont ainsi condamnés à travailler dans les rizières et dans les mines, ils n'ont pas plus de 3 chances sur 1000 d'y échapper un jour.

Pourtant l'objectif de cet exil échappe en grande partie aux commanditaires : les jeunes garçons s'emparent de livres cachés par un autre exilé et découvrent avec gourmandise d'abord Ursule Mirouët puis Le Père Goriot  et Eugénie Grandet de Balzac et aussi Jean-Christophe de Romain Rolland et beaucoup d'autres romans occidentaux interdits.

"Le  Binoclard  hésita-t-il  longtemps  avant    de  choisir  de  nous   prêter    ce  livre?    Le  pur   hasard conduisit-il  sa  main?    Ou  bien   le prit-il    tout   simplement  parce    que,   dans   sa  valise    aux   précieux trésors,  c’était    le livre   le plus   mince,  dans   le pire   état?   La  mesquinerie  guida-t-elle  son  choix? Un  choix    dont   la raison    nous   resta   obscure,  et  qui   bouleversa  notre    vie,   ou  du  moins    la période de  notre    rééducation,  dans   la montagne  du  Phénix  du  Ciel.

Ce  petit   livre   s’appelait  Ursule  Mirouët.

Luo  le lut  dans   la nuit   même  où  le Binoclard  nous   le passa,  et  le termina  au  petit matin.  II  éteignit  alors   la lampe    à pétrole,  et  me  réveilla  pour   me  tendre  l’ouvrage.  Je  restai  au  lit  jusqu’à  la tombée  de  la nuit,   sans   manger,  ni  faire   rien   d’autre  que   de  rester    plongé  dans cette   histoire  française  d’amour  et  de  miracles."

Ils ne se contentent pas de découvrir les romans, ils partagent aussi leurs découvertes avec la fille du tailleur local. C'est par là surtout que les objectifs maoïstes sont déjoués : la petite tailleuse chinoise se cultive et s'émancipe. Un jour, elle s'en va, elle quitte les montagnes pour "une grande ville" et ainsi s'achève le roman.

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 21:35

Magnus, c'est le nom d'un ourson à l'oreille "à moitié grignotée par une brûlure", à moins que

ce ne soit juste un nom brodé "en grosses lettres bariolées" sur le carré de coton enroulé à son cou et c'est aussi, mais seulement parfois, le nom d'un jeune homme "quelque part entre San Francisco, New-York, Montreal, Los Angeles et Vancouver et encore bien d'autres villes." Ce jeune homme d'ailleurs a plusieurs pseudonymes, Franz-Georg, Franz Keller, Adam, Magnus au gré des personnes qu'il croise, un médecin nazi et son épouse Thea Dunkeltal, le pasteur Lothare et sa famille, Hannelore, Else, Erika et leur amie Peggy Bell, puis May et son époux Térence et son ami Scott jusqu'à l'ermite frère Jean qui, fait irruption dans sa vie au fragment 27, tout comme frère Jean des Entommeures apparaissait au chapitre 27 de Gargantua ! Coïncidence ? 

Il faut dire que ce roman est loin d'être "un long fleuve tranquille" ! D'une part, il est découpé en "fragments" qui ne se présentent pas dans l'ordre attendu et qui sont séparés par des notules qui semblent chargées de donner des éléments documentaires et des séquences de textes issus d'autres oeuvres. La chronologie est perturbée mais aussi la logique de la fable.

Or, on le comprend vite, si tout est bousculé, c'est que l'Histoire  comme celle du héros est en lambeaux. Magnus a perdu la mémoire quand Hambourg a été bombardée aux bombes explosives et incendiaires "au coeur de l'été 43" Il a ensuite perdu sa famille d'adoption quand la légende héroïque s'est effondrée. L''Allemagne vaincue, les nazies ont fui et le héros a découvert  l'horreur qui se cachait derrière leur brillante existence.

Plus surprenante est l'intervention de l'ermite frère Jean, un homme que l'on prend d'abord pour une femme, qui prie devant un espace béant où la statue n'est plus, qui vit avec les abeilles et permet au héros de finir sa quête en écoutant tomber les feuilles mortes (On songe ici à Orphée que Virgile évoque dans le livre IV des Georgiques où il évoque aussi très longuement... les abeilles!). Même s'il ne connait toujours pas son identité, le héros peut alors s'en aller.

"Pour tout livre, il emmène celui qui s'est ouvert en lui dans un souffle de hautbois, et qui n'en finit plus de bruire dans son esprit, dans sa poitrine, dans sa bouche. Les pages du livre frémissent dans ses mains, s'effeuillent sous ses pieds.

.S'en aller, chante tout bas le livre des merveilles et de l'insoupçonné, s'en aller...

S'en aller." ( p.264)

 

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26 mai 2018 6 26 /05 /mai /2018 18:41

Ce roman vient de sortir en poche folio mais il a remporté en 2016 à sa

sortie chez Alma Éditeur le prix Renaudot des lycéens. C’est un premier roman déjà bien établi en somme.

Dans la lignée de femmes héroïnes de ce roman, Marie, sa fille Magdalena, sa fille Libuse, sa fille Eva qui se ressemblent et s’engendrent comme des poupées gigognes, sans papa ou presque. Bien sûr, il y a bien eu des géniteurs mais sur la ligne ad hoc des filles, pas de nom du père. Celui d’Eva est peut-être un beau blond russe, mais il a disparu, chassé par le beau-père de Libuse, le jour même où il a apporté sa petite graine, celui de Libuse est le fils d’un propriétaire qui a dû s’exiler lorsque sa propriété a été confisquée au profit des coopératives, celui de Magdalena est un médecin juif qui s’est enfui avec sa famille quand la menace est devenue trop oppressante à Vienne. Les pères sont donc absents et les beaux-pères, alcoolique et violent pour l’un, absent pour l’autre, ne font pas office de pères.

Ces femmes par conséquent s’assument seules : Marie est tour à tour et parfois simultanément sage-femme, brodeuse, cuisinière et aubergiste, Magdalena  aussi brode et soigne les vaches, puis travaille en usine,  … Elles ont de la volonté et du caractère.

Autour d’elles gravitent toute une panoplie de personnages plus ou moins sympathiques et tolérants : une française qui vit entourée de livres, une enseignante qui teste les capacités d’Eva à entrer dans la grande école, un maire, embarrassé par la mission d’expulsion qu’il doit exécuter, un jeune communiste qui n’hésite pas à brûler la grange de son patron pour l’obliger à renoncer à sa propriété et qui gravit ensuite les échelons, …  

C’est que dans cette fiction  qui se construit avec en arrière-plan l’histoire de la Tchécoslovaquie des années 30 à aujourd’hui on est bien loin de l’Ostalgie ! Les communistes y élèvent les vaches en batterie_ce qui scandalise nos héroïnes , ils dépouillent les propriétaires, ils imposent l’uniforme scolaire à la jeune Eva, la seule de toutes semble-t-il, qui ait été scolarisée, ils exigent des élèves qu’ils participent à des groupes de jeunes pour des activités civiques. Dans la lignée de ces femmes, on pratique une résistance passive en évitant les réunions communistes et en évitant l’adhésion. Pour Eva, comme l’entrée à la grande école est  conditionnée par cela, le costume, l’étoile rouge et la participation aux groupes « Étincelles » est toléré mais ensuite Eva préférera quitter l’école plutôt que de devoir joindre le groupe des « Pionniers » puis les « Jeunesses communistes » où il faudrait travailler sans même être payée, lui prédit son arrière beau-père (celui qui est un ivrogne, violent, incestueux).

Mais même si ces femmes, sauf Eva, ne sont pas scolarisées, curieusement, elles aiment les romans, notamment La Dame au camélia !   

Le texte est écrit avec ce goût manifeste des mots et plusieurs pages la poésie. Comme c’est demain la fête des mères, je choisis cette citation pour preuve : « Ma maman Liba, Libunka. Quand le nom ou le prénom est beau, ça ajoute du beau au beau, j'ai remarqué ça. J'appelle ma maman Libunka, c'est le plus joli de tous les prénoms, je trouve. »

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 13:29

Du tout au tout est un roman poétique, satirique, dystopique et magnifique si ce n'est les

écarts langagiers qui jonglent entre le familier et l'argotique. Certes, dans la tradition rabelaisienne, c'est là une langue qui peut faire merveille et même qui donne au roman sa singularité mais cela l'exclut je le crains des CDI et des cours de lycée où pourtant il aurait sa place. En effet, on peut considérer Du tout au tout comme une réécriture de L'Écume des jours à bien des égards : l'univers des quatre-vingts premières pages rappelle celui de Colin : celui-ci est devenu Pierre Pierre mais c'est la même simplicité onomastique et le même portrait lisse et policé. Si Colin est riche et oisif, Pierre n'est ni l'un ni l'autre mais tous deux ont de la chance en dépit de leur maladresse : ici Pierre Pierre qui traînait sur un banc comme les "clodos qui cocotaient l'eau de Cologne" et dont "les cheveux étaient propres comme ceux d'une communiante", la "peau rosée", les "ongles faits"... Pierre Pierre, donc, rencontre César de la Mer, fondateur et patron du Poséidon et se fait engager. Colin a des souris gentilles et empathiques, Pierre Pierre a un chat, Mohair qui gonfle de bonheur quand le monde est à l'harmonie, Colin rencontre Chloé, Pierre Pierre rencontre Isis mais un jour Chloé est victime du nénuphar, mais un jour César de la Mer se retire au cimetière des bateaux, vieux et ruiné. Alors la DRH commet l'irréparable et tout de dégrade, les esthètes du Poséidon sont remplacés par les datas et par les mails des bazoomails de l'entreprise qui désormais est celle de Vulcain, Isis y perd son âme et celle de César s'échappe par toutes les fissures de la bâtisse qui de forme ovoïde est de devenue pyramidale, Mohair est devenu si petit que Pierre Pierre le transporte dans un tube.

Dès lors le roman se fait critique d'une société dans laquelle on reconnaît bien des défauts de la nôtre. Un exemple, p 253 : "On était quatre cents salariés du temps de César. En trois mois, tu sais à combien on est passé ?

_ Trois cents. Moins 25% d'effectif en un trimestre. Par contre, on a trois cents contrats pro.

_ Un par personne. Pour s'en souvenir, c'est du nougat. Ça vient d'où cette mode ? On est tombé sur une ruche ?

_ Le nouveau code du travail. Plus on exploite les mômes, moins on paie d'impôts. Tu parles que c'est pas passé à la direction... On les prend, on les lessive, on les essore et on les jette. Pauvres gosses... "

C'était mon premier roman d'Arnaud Le Guilcher, j'y reviendrai, c'était un très bon moment.

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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 09:28

Ce roman, publié en 2012 aux éditions de La Fosse aux ours, relate le voyage que fait le héros, Gouri en direction de Pipriat sa ville d'origine devenue ville interdite depuis l'accident nucléaire de Tchernobyl en 1986. Gouri est un poète qui travaillait autrefois à la centrale, il vit désormais à Kiev depuis l'évacuation de Pipriat mais sa fille Ksenia est malade, sans doute contaminée et il veut rapporter à Kiev la porte de sa chambre, objet chargé de souvenirs.

Au cours de son voyage, il s'arrête pour revoir son ami Iakov. Celui-ci est très mal en point. Comme les autres, il avait accepté de faire oeuvre citoyenne en allant "enterrer la terre" après la catastrophe mais il en paie très cher les conséquences. Éva son épouse prends soin de lui et aussi de ses voisins qu'elle reçoit chez elle au dîner : Svetlana qui peint des pierres et son époux le vieux Léonti qui a entrepris de reconstruire sa maison, le jeune Piotr, qui semble avoir perdu la tête et le mystérieux Kouzma. Ensemble ils partagent de nombreux verres de vodka, la soupe de poulet le chou. Kouzma met en garde Gouri : "tu me retrouveras rien de ce que tu as connu là-bas." dit-il. Il dresse même un portrait terrifiant de Pipriat : "Mais avec le temps, ce qui finit par te sauter en premier à la figure, ce serait plutôt une sorte de jus qui suinte de partout, comme quelque chose qui palpiterait encore. Quelque chose de bien vivant et c'est ça qui te colle la trouille. Ça, c'est une vraie poisse, un truc qui s'attrape partout. Et d'abord là dedans. De son pouce, il tapote plusieurs fois son crâne. Je sais de quoi je parle"

J'aime beaucoup l'écriture de ce roman, la plongée dans l'univers des personnages, la tendresse avec laquelle l'auteur en dresse le portrait mais je suis très déçue par la fin : je n'ai pas compris le revirement de Kouzma qui choisit d'accompagner Gouri  à Pipriat, l'aide à récupérer sa porte et même, bizarrement et à plusieurs reprises, "est contre Gouri" (p 109). Or alors que Gouri attend Kouzma parti guetter les pilleurs à Pipriat, Gouri pense que "ce n'est pas Kouzma qui le tracasse. Kouzma, ce n'est pas important. Qu'il meure, même, et ce ne serait qu'un petit drame de plus [...] Il envisage sa lâcheté." Heureusement Kouzma revient, ils rentrent ensemble jusque Marianovka où Kouzma "disparait entre les arbres".

Gouri aurait-il été un temps victime de la "vraie poisse" dont parlait Kouzma ? Il finit pourtant par tenir sa promesse chez Iakov, l'aidant à écrire à Éva sa lettre d'amour et d'adieu.

Extrait représentatif (p.34) : "On nous emmenés dans un camp vers ces coins-là, près du village de Tchestoganivka. On était une douzaine, peut-être un peu plus. Le chef a expliqué ce qu'on avait à faire. Il a dit, et je te jure que c'est exactement ce qu'il a dit : les gars, on va enterrer ce champ. On l'a regardé sans comprendre, et il a répété les mêmes mots. Alors, ce qu'il faut faire, a fini par demander l'un d'entre nous, c'est ni plus ni moins qu'enterrer la terre."

   

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17 décembre 2017 7 17 /12 /décembre /2017 19:43

Ce livre n'est pas un roman, loin s'en faut ! c'est le réel le plus cru, le plus déprimant, le plus désespérant possible, un récit autobiographique aux chapitres brefs, entrecoupés de pages blanches comme des abîmes.

J'avais déjà lu Le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas et vu Moi, Corinne Dadat, un spectacle de Mohamed El Khatib mais je n'étais pas préparée aux premières pages de ce livre, elles ont failli me faire abandonner la lecture. Heureusement l'auteure a une plume qui lui permet de partager les affres de l'existence avec son lecteur jusqu'au bout. C'est qu'elle cumule les difficultés de sa jeunesse d'enfant d'immigrés algériens à La Ciotat au déclassement social lorsqu'après la naissance de son fils, elle ne parvient plus à retrouver un rôle au théâtre alors qu'elle jouait jusque là dans des théâtres subventionnés où elle gagnait jusque 4000 euros mensuels. Elle prend alors des heures de ménage, jusque quinze heures par semaine à dix euros l'heure et chaque journée devient un calvaire. "J'ai mal à Platonov" écrit-elle, se souvenant de Tchekhov et de son "Fou de Platonov"   "C'est seulement maintenant que je peux en percevoir toute l'âpreté, car elle définit si justement ce que je ressens, l'état épouvantable dans lequel je me trouve.

J'ai mal à Platonov.

Du désenchantement de l'existence. Cette fois, à n'en pas douter, elle m'a touchée au cœur." (p 90) L'auteure, heureusement s'est maintenant fait un nom dans le monde de la littérature, juste retour des choses.

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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 21:47

Cette oeuvre est un roman, c'est écrit sur la couverture. Dans les cinquante cinq premières

pages, j'en ai presque douté tant la description de la violence que vivent les personnages mais aussi les personnes est épouvantable. Les cinquante cinq premières pages semblent être une sorte de reportage sur les horreurs que subissent les femmes quand elles deviennent objets sexuels ou quand le viol est une arme de guerre.

Ensuite, heureusement, le roman reprend le dessus : les deux héros acquièrent un prénom, une histoire, un univers qui leur est propre. Ils s'humanisent et deviennent attachant, l'un comme l'autre, la jeune fille victime, comme son tortionnaire qui se révèle lui aussi victime du destin. Ces pages sont particulièrement touchantes et bien écrites. On y lit par exemple : "Elle comprend ou croit comprendre cela très vite, Marie. Que pour qu'on l'aime il lui faudra sans cesse s'inventer. Et plus elle grandit, plus il lui semble que dans une simple répétition de ce qu'elle est : une enfant vive et facétieuse, ce qui suffit à beaucoup, elle disparaîtrait. C'est une conviction qui la taraude, qui la pousse aux prouesses tout en faisant grandir en elle une perpétuelle inquiétude." (p 70) ou à propos d'Édouard, son tortionnaire : "Il faut dire qu'il a été invisible avant d'être irregardable. Son père, produit du bel amour, en quête de grandeur, devenu chirurgien des guerres lointaines , réparateur mercenaire des gueules fracassées _ quelle ironie _, ne rentre que rarement auprès des siens et, lors, flamboyant, héroïque, les pensées restées au front.  Il n'a, pour son calme foyer, que peu d'attention." L'ironie dont il est question ici fera disparaître le  père "chirurgien des gueules cassées" quand son fils  en aura le plus besoin.

Une troisième partie nous dévoile la souffrance des parents et amis. Les voilà contraints de parler devant une caméra, trois ans après la disparition de Marie. Cette partie du roman m'a semblé moins émouvante, moins crédible, plus froidement clinique. Cela se rapproche trop clairement de la réalité, cela sent l'enquête.

Entre les pages de cette histoire de Marie et d'Édouard, l'auteure glisse de courts paragraphes au milieu de pages blanches pour évoquer les femmes, partout dans le monde, "prises sans répit tout au long de l'histoire humaine [...] jetées, livrées aux crachats ou finies à la machette, à la kalach, à mains nues" (p 66)

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26 novembre 2017 7 26 /11 /novembre /2017 14:05

Depuis L'Herbe des nuits que j'avais présenté ici en 2013, je n'avais pas eu l'occasion de me

remettre dans l'univers si particulier de Modiano.

Mettez Paris, quelques livres, quelques femmes, quelques souvenirs, quelques rêves dans un flacon et secouez comme on le fait avec une boule à neige et vous retrouvez le monde de Modiano. Enfin presque ! en réalité vous n'en aurez qu'une représentation approximative mais pas la quintessence.

Dans Souvenirs dormants, il me semble qu'on l’atteint un peu : Paris est là bien sûr, mais c'est surtout  des noms de rues, de quartiers, de lignes de métro qui constituent autant des mélodies, des refrains que des images fugitives d'un Paris au mois d'août où on s'étonne à peine de retrouver une femme connue autrefois, réfugiée au fond d'un restaurant d'un autre temps nommée "La Passée", vêtue d'un manteau de fourrure. Dans ce Paris on croise et recroise des femmes dont on ne connaît pas grand chose. Des intrigues multiples commencent mais ne connaissent jamais de développement menant à une résolution. Le narrateur intradiégétique écoute, observe, parfois intervient dans l'histoire de ces femmes avec lesquelles il se montre attentif, empathique sans qu'on puisse bien identifier ce qui les lie. Tout cela est dit sur un rythme lent, comme égrené, entrecoupé de multiples silences que matérialisent les blancs entre les très nombreux chapitres de ce roman.

En somme, lire Souvenirs dormants, c'est un peu comme traverser un rêve où des lambeaux du réels se croisent et se perdent de vue sans que cela soit inquiétant. D'ailleurs, où est le réel et où est le rêve ?

"Je me demande si le souvenir lointain et confus d'un après-midi d'été passé à Saint-Maur ne m'a pas fait écrire, quarante-six ans plus tard, dans un cahier, à la date du 26 décembre 2011, ces quelques lignes :

Rêve. Je suis en présence d'un commissaire de police qui me tend une convocation sur du papier jauni. La première phrase évoque un crime sur lequel je dois témoigner." (p.95)

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 19:18

Paris, rue du Rendez-Vous, Franprix, caisse 4. Ici, le vendredi matin est un point

d’intersection entre 3 chemins de vie : la caissière, l’homme sombre et notre narratrice observatrice. De cette rencontre hebdomadaire ressort des éléments de leur passé, de leur présent. Jeanne raconte. Premièrement, elle imagine à partir de ce qu’elle voit : une photo qui s’est égarée, des courses suggestives. « J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’oublie, je l’invente. » Puis, peu à peu, elle remonte leur histoire en alternant avec la sienne. La vieille femme découvre beaucoup de choses au sujet de ces deux personnages tout au long du livre.On devine un point commun entre eux : la solitude.

            La façon d’écrire de l’auteure rend la lecture de ce récit très agréable. Du fait qu’il n’y a pas de schéma narratif ordinaire, ce livre ressemble plus à un journal intime, ce qui nous rapproche de la narratrice. L’alternance entre la vie de Jeanne et celle des autres facilite la lecture. En effet, malgré le fait qu’il n’y a pas de chapitre, c’est fluide et on ne reste pas trop longtemps à parler de quelqu’un, ce qui pourrait devenir ennuyant. J’ai lu dans ce livres de jolies figures de style et je trouve qu’il a un côté poétique. C’est essentiellement narratif, descriptif. De ce fait, la moindre chose hors norme qui se passe, tel que la caissière qui sort de sa cabine, devient un exploit et le rythme du passage accélère.

            Le thème choisi par l’auteure est la solitude. C’est un fait social intéressant et elle le traduit bien dans son roman qui a pour cadre spatio-temporel la ville de Paris, de nos jours. Lorsque qu’un personnage parle (ou parlait si c’est un souvenir), aucune des règles du dialogue que l’on apprend à l’école n'est appliquée. La phrase est insérée dans le texte. « Gordana, […] s’employait à soulager l’angoisse du chien en lui répétant, dans un français rogue et chantant, n’aie pas peur Nino elle est revenue voilà, elle est revenue Nino la voilà n’aie pas peur. » Tous les personnages présentés sont, ou ont été seuls, en passant même par Jeanne la narratrice. Ce récit traite aussi des inégalités sociales et de l’immigration à travers ses portraits : « Si elle était née en France, en Allemagne, ou en Angleterre, en Italie même, si elle était née du bon coté, elle aurait été réparée. ». Les histoires sont aussi touchantes les unes que les autres.

            Ce livre m’a cependant moyennement plu car je suis plus amatrice de récits fantastiques et le cadre de l’histoire était trop monotone pour moi. Cependant je l’ai trouvé facile car on peut faire une pause à tout moment. Si vous recherchez une lecture calme, ce livre a été écrit pour vous !

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