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29 octobre 2019 2 29 /10 /octobre /2019 22:13

Ce livre a été écrit par Mitsu Izumi. Personnellement je ne connais pas d’autres œuvres de cet auteur. Le tome 1 de ce livre est paru en 2018 au Japon. La traduction française a été faite en avril 2019 par Géraldine Oudin. Ce livre est un mangas car on le lit à l'envers, les images sont en noir et blanc.

 

C’est un petit garçon qui est différent des autres, il a les yeux verts, les cheveux dorés et les oreilles pointues. A cause de ces différences, il se fait discriminer. Il aime tellement lire que malgré son interdiction d’entrer dans la bibliothèque, il y va quand même. Il rêve également d’aller dans la bibliothèque centrale, là ou des ouvrages du monde entier sont rassemblés.

Dans ce premier tome les personnages principaux sont Shio Fumis ainsi que Sedona Blue.

Shio Fumis est un petit garçon passionné de lecture, hélas à cause de ses différences, il ne peut pas entrer dans la bibliothèque.

C’est un personnage principal car malgré toutes les méchancetés que lui dit le responsable de la bibliothèque, Shio n'hésite pas à le sauver des flammes. C’est un acte de bravoure car en plus de sauver le père de Sakiya, il risque sa vie pour sauver le seul livre qu'il lui a été permis d’emprunter.

Sedona Blue est une jeune Kahunas âgée de 17 ans qui maîtrise l’élément du vent. C’est elle qui a éteint les flammes en enlevant le dioxygène de l’air. Elle aide Shio à se sentir mieux, en lui faisant confiance.

Quand j’ai lu ce livre j’ai pensé à mon changement d’école et la différence entre elles. Et j’ai le souvenir d’une fille qui pleurait à cause de sa différence, elle n’avait pas d’amie, et cela m’attristait. Quand j’ai vu l’image de Shio qui pleurait pour sa sœur mais aussi quand les enfants le discriminaient, je me suis rappelé la chanson « Ta meilleure amie » qui parle d’une fille qui souffre de ses différences.

Il y a un extrait qui m’a beaucoup marquée :

« Qu’est-ce que je peux faire ? (…) S’il te plaît … lève-toi ! »

Il m’a beaucoup marqué parce que c’est là où le héros est le plus impuissant car malgré son envie d'aider sa sœur, il ne peut rien faire seul et c’est après qu’il part chercher de l’aide et qu’il croise Sedona.

Je pense que Mitsu Izumi s’adresse à tous les enfants qui se font harceler ou discriminer pour qu’ils reprennent courage et se sentent mieux en leur montrant que tout peut s’arranger. L’auteur décrit la méchanceté de l’être humain face aux autres, le rabaissement, la tristesse, mais aussi que tout peut aller mieux si on reste gentil envers les autres.

Cette intention est positive car il remonte la pente grâce à Sedona; et malgré les difficultés la fin est heureuse.

Quand j’ai lu ce manga, j’ai beaucoup aimé le fait que le héros aime lire mais j’ai été heureuse pour Shio quand Sedona lui a confié son livre le plus précieux.

Je n’ai pas trop aimé le fait que les enfants soient méchants avec lui sans vraiment apprendre à le connaître. J’étais en colère contre ces enfants et j’ étais triste pour Shio à cause d’eux.

Dans ce livre, j’ai beaucoup aimé qu’il y ait de la magie : ça rajoute un côté amusant.

J’ai réellement compris et aimé ce livre. J’aimerais vraiment lire le suite de ce manga.

Sur cinq étoiles je lui mets quatre étoiles et voici mon quiz :

https://www.babelio.com/quiz/44145/Magus-of-the-library-tome-1

 

Pour moi ce qui m’a plu dans ce livre c’est la différence de l’enfant car malgré sa différence et sa pauvreté il a un grand cœur et de belles ambitions mais aussi son caractère , cet enfant est courageux et très protecteur des livres mais aussi très peureux . Et dans ce livre rien ne m’a déplu

 

1)L’extrait que j’ai sélectionné ;

 

Pipili  «  Dis donc !Ça ne se fait pas de lire les livres des gens sans leur permission !

Shio -Euh … Excusez-moi !

Pipili  -Si tu voyais ta tête !!! A en croire ton expression … Tu n’as jamais vu de cocopa !

Shio – En fait je …

Pipili  – Je sais ! Je t’observe depuis le début ! Je surveillais les bagages … D ‘ailleurs la propriétaire de cet ouvrage est de retour.

Sedona – On a trouvé une auberge, on va y déposer nos affaires ! Oh … Tiens ? C’est le garçon de toute à l’heure, que fait-il avec mon livre ?

Pipili – Comme tu l’avais oublié sur le banc il en a profité pour gribouiller dessus !

Shio – Euh ..Ce n’est .. pas vrai .

Sedona – Tu n’as pas honte de taquiner un enfant ?

Pipili – Tu ne m’a pas cru ? Je le surveillais dans l’espoir de le disputer mais il est resté assis là à lire bien sagement !

Sedona – Pourquoi tu ne peux pas t’empêcher de tester les gens ? C’est cruel !

Shio – Excuser moi … J’ai remarqué le livre en passant, je n’aurais pas dû l’ouvrir sans votre permission ! Mais il va pleuvoir et je ne voulais pas qu’il soit mouillé. »

 

J’ai sélectionné cet extrait car il montre à quel point il aime les livres et ça explique à quel point il les protège.

Jessie, 4C

 

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28 octobre 2019 1 28 /10 /octobre /2019 11:27

"Il était une fois un pays qui avait construit des prisons pour enfants parce qu’il n’avait pas trouvé mieux que l’empêchement, l’éloignement, la privation, la restriction, l’enfermement et un tas de choses qui n’existent qu’entre des murs pour essayer de faire de ces enfants-là des adultes honnêtes, c’est-à-dire des gens qui filent droit."

Ainsi commence Le ciel par-dessus le toit. Le titre bien sûr nous rappelle le poème de Verlaine dans Sagesse et il sied comme un gant à ce court  roman où l’on enferme un jeune Loup, frère de Paloma et fils de Phénix, en prison où devenu « Écrou 16587 », il pense à ce poème appris quand il était à l’école, qui parlait du ciel par-dessus le toit mais ce n’est pas la même chose. » La prison pour mineurs, la vie de Loup, de sa sœur Paloma, de sa mère Phénix autrefois Aliette, non tout cela n’a pas grand-chose à voir avec le poème de Verlaine.  Aliette, victime de l’amour de ses parents, s’est retirée de la civilisation pour devenir Phénix et vivre en marge de la ville. Elle a couvert son corps de tatouages, un énorme dragon grime dans son dos, elle a deux enfants de pères inconnus et leur a donné des noms d’animaux, Paloma et Loup pour les protéger des humains. C’est sans compter l’irrépressible besoin de tendresse et d’amour qui malgré ses efforts fera tout pour ramener la famille au monde humain.  

La poésie du récit est aussi saisissante, poésie des images, des sons et des parfums : Phénix « sent la sueur, le fer, l’essence et, étonnamment, le jasmin ». Paloma a acheté des anémones et « Elle se penche sur elles, émerveillée de ce qu’elle découvre, c’est bien la première fois qu’elle remarque ce changement de couleur bien que ce ne soit pas la première fois qu’elle achète des anémones sur le quai du tram et elle chuchote C’est beau bleu.

Doucement, gentiment.

Elle sourit encore et c’est le même effet que le chatoyant de tout à l’heure et même si c’est bancal, c’est une phrase sincère qui sort de sa bouche et ce n’est pas rien. Plus tard, peut-être qu’elle reformera ces mots sans bruit pour se rappeler qu’elle a été une fois dans sa vie capable de parler aux fleurs, de dire quelque chose comme ça, quelque chose qui n’ait de sens que dans l’instant, qui n’ait de beauté que dans son imperfection. »

J’ai beaucoup aimé ce court récit, plein de fraicheur, de poésie et d’humanité.

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24 octobre 2019 4 24 /10 /octobre /2019 19:28

La Lanterne De Nyx a été publié en 2016 au Japon par Kan Takahama et traduit en 2019 par Yohan Leclerc.Le genre de ce livre est un manga fantastique .

Tout d’abord , il est question d’une grand-mère et de sa petite fille à qui la grand-mère a transmis le don de voir le passé, le présent, le futur d’un objet. Les noms des personnages principaux sont Miyo (la petite fille), Momotashi (son employeur dans le futur)..En 1878, à Nagasaki, un jour de guerre, la grand-mère toucha la broche de sa petite fille pour voir leur avenir… Ensuite,le début évoque la rébellion de Satsoma en 1877 au Japon.

Les rébellions me font penser aux gilets jaunes en 2018 ou encore aux droits de la femme en 1944.

Enfin, j’aime le fait que ça parle d’une grand-mère qui se préoccupe de l’avenir de sa petite fille, je me dis aussi que sa pourrait être le cas de n’importe qui à la place de Miyo. Mais au début je n’avais pas très bien compris car quand je l’ai lu pour la première fois, j’avais compris que la grand-mère racontait son histoire.

Mathilde, 4C

Le quiz de Mathilde : https://www.babelio.com/quiz/44115/LA-LANTERNE-DE-NYX

Ce qui m’a plu dans ce livre c’est le côté historique car on y retrouve des machines et des objets de 1877. De plus, l’auteur a mis des paragraphes explicatifs pour presque chacun de ces objets. Je trouve aussi que ce livre est original car les personnages ont chacun leur personnalité ce qui crée donc beaucoup de rebondissement. Je trouve cependant que le scénario est assez simple c’est le seul bémol.

Extrait du livre :

L’objet du jour est le premier modèle de phonographe, présenté par Edison en 1877. Il ne possédait pas encore de pavillon en forme de trompette (on se servait d’un petit micro à la fois pour enregistrer et émettre le son). Au début, on effectuait certains enregistrements sur un cylindre composé d’un tube en laiton recouvert d’une feuille d’étain, mais la qualité sonore était extrêmement mauvaise et la durée limitée à trente secondes. Il m’a fallu 45 secondes pour fredonner la « chanson de Solveig ». Par conséquent, le cylindre de Momo n’a sans doute pas pu enregistrer la fin. On se servait aussi du cylindre de phonographe dans un article très onéreux : la poupée parlante d’Emile Jumeau. J’en ai entendu une en vrai, on aurait dit un râle d’agonie à vous glacer le sang. Je vous conseille de faire une recherche et de constater par vous-même. Vous ne fermerez pas l’œil de la nuit. J’ai choisi cet extrait car c’est un des paragraphes explicatifs que je trouve particulièrement intéressant.

Thomas, 4C

Le nuage de mots de Thomas, 4C

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22 octobre 2019 2 22 /10 /octobre /2019 17:32

L’ambition, la sexualité, l’éducation, la réussite, le narcissisme, l’altérité, la justice, la loi, le droit, la société, l’individu, les réseaux sociaux, la solitude, … les choses humaines (reshumana vs respublica ? ) qui sont en jeu dans ce roman conduisent à un constat plutôt désespéré 

: « On était souvent déçu par la vie, par soi, par les autres. On pouvait tenter d’être positif, quelqu’un finissait par vous cracher sa négativité au visage, ça s’annulait, on crevait de cet équilibre médiocre, mais lentement, par à-coups, avec des pauses lénifiantes qui proposaient une brève euphorie : une gratification quelconque, l’amour, le sexe – des fulgurances, l’assurance d’être vivant. C’était dans l’ordre des choses. On naissait, on mourait ; entre les deux, avec un peu de chance, on aimait, on était aimé, cela ne durait pas, tôt ou tard, on finissait par être remplacé. Il n’y avait pas à se révolter, c’était le cours invariable des choses humaines. »

Or ce constat est celui d’un jeune homme de 26 ans seulement, Alexandre FAREL, un jeune homme qui vient de poster sur twitter une photo sur le succès de start-up avec les hashtags #Loving #Success #HappyMe #Thanks #Bepositive #Lovemylife. ! un jeune homme bien de son temps, un jeune homme brillant issu d’une famille parisienne qui côtoie les milieux politiques et intellectuels les plus élevés.

Pour en arriver là, il lui a juste fallu un père self-made-man, journaliste politique, égocentrique et phallocrate, une mère féministe, essayiste très en vue, peu encline au maternage, tous deux ayant déserté le logis familial pour tenter de vivre une autre. Il lui a fallu aussi des études de très haut niveau, destinées à lui préparer un brillant avenir. Il lui a enfin fallu croiser le chemin d’une jeune fille d’origine plus modeste, une jeune rescapée de la tuerie de Toulouse en 2012, jeune fille dont la mère et la sœur se sent repliées dans le judaïsme orthodoxe alors qu’elle, Mila Wizman, 18 ans, tente de retrouver une vie normale aux côtés de son père.

Rien ne permettait d’envisager leur rencontre si ce n’est la passion amoureuse du père de Mila et de la mère d’Alexandre et leur installation pour une vie commune. Alors, en une soirée, l’univers bascule.

Ce roman tout à fait trépidant nous plonge dans les arcanes de la justice, nous faisant découvrir avec les personnages les procédures de garde à vue, de mise en examen, de liberté conditionnelle…découvrir les plaidoyers et réquisitoires, les témoignages divers et ainsi toutes les approches envisageables de la question centrale :  à partir de quand peut-on s’accorder à parler de viol ?  

Des sujets d’actualité, une certaine vision du monde et un art du récit parfaitement maîtrisé, voilà qui aboutit à un très bon roman pour cet automne.

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7 octobre 2019 1 07 /10 /octobre /2019 21:14

Ce roman est le récit d'un deuil et pas n'importe lequel, celui d'un père, alcoolique, autrefois violent,

négligeant, sale, handicapé, ex informaticien.  Or voilà que cette disparition bouleverse le héros ou l'héroïne, au moins celui ou celle qui raconte.  Le deuil se prolonge jusqu'à la fin du roman où l'on assiste à la réconciliation avec le frère qui, lui, avait pris ce décès avec détachement.

Or dans ce livre, l'essentiel semble se trouver entre les lignes, dans une zone de l'implicite suggéré.

extrait choisi :

"Ma joie de vivre s’était affaissée comme un vieux pont un jour de crue et je ne pouvais que constater les dégâts en attendant des réparations dont je savais qu’elles prendraient des mois. Pour qui exister et agir désormais ? Vers quoi tendre, à qui s’adresser et quelle direction prendre depuis le milieu de rien ? Ça donnait le vertige. Heureusement, pour m’accompagner dans cette chute, je disposais tout de même de ses trois importants conseils principaux :

  1. 1.Le temps passe, tu sais.

  2. 2.La vie est comme la corde d’un instrument : pas assez tendue elle sonne faux, trop tendue elle casse.

  3. 3.Tout s’enchaîne, tout a une conséquence, et si tu fais pas gaffe, en deux minutes, t’es baisé."

Premier roman de cette écrivaine, c'est à n'en point douter un roman largement autobiographique. J'ai personnellement eu quelques difficultés à m'y intéresser.

 

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27 septembre 2019 5 27 /09 /septembre /2019 15:35

Mass critique Babelio et les éditions Thélème m’ont conduite à de curieuses expériences.

Une dizaine de textes/chansons/poèmes de Mâya HEUSE-DEFAY accompagnés et parfois comme engendrés par la musique de Quentin POURCHOT se succèdent pour laisser ici entrevoir un peu sans doute de ce que Rimbaud dans son « Alchimie du verbe » craignait de ne pas atteindre : le dérèglement de tous les sens, l’hallucination, la voyance. Ici j’ai cru les retrouver dans « C’est, C’était », appel au secours d’une personne à terre au milieu d’un festival, personne ne l’entend, il n’arrive pas à crier ou dans « Évaporation neuronale » avec « J’ai le verbe solitaire et le stylo qui fuit, Phèdre prend racine de mes anesthésies, comme c’est épique ! » ou encore dans « Elise à la grise mine » qui nous transporte dans le rêve d’Elise à la manière d’un « Bateau ivre » et plus encore dans « Joëlle » où la perte d’identité le mal être l’errance aboutissent à un cri « Je veux flirter avec le chaos du désordre » !

Mais à chacun son époque et la verve rimbaldienne contre les bourgeois de Charleville cède ici la place à des textes incisifs et caustiques comme « Je n’atariemp lup altar » contre les « technogogos téléguidés » qui « se câme au toc » et « baissent l’échine, esclaves de la machine » ou « coïto  ergo soy orgasum un vito veritas ejaculum »  qui caricature le monde  du selfie et des réseaux sociaux ou « No pain, No gain (objet) », blason moderne d’une femme d’aujourd’hui totalement artificielle.

J’ai bien aimé aussi « Les Têtes », tourbillon de mots autour des têtes, où j’ai retrouvé cette fois la fraîcheur et la fantaisie d’un Prévert.

En somme, une belle découverte, pleine d’inattendu !

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27 juillet 2019 6 27 /07 /juillet /2019 20:42

On retrouve ici l’écrivain Nathan Zukerman sorte d’alias de l’auteur déjà rencontré dans J’ai épousé un communiste et dans La Contrevie. Cette fois encore il collecte des témoignages.

Celui de Coleman Silk, soixante-et-onze ans, doyen de l’université d’Athéna et professeur de Lettres Classiques, mis au ban deux ans plus tôt pour une accusation de racisme puis décrié pour sa liaison avec une jeune femme de trente-quatre ans, illettrée, Faunia. On découvrira finalement qu’il vit depuis sa jeunesse dans le mensonge puisqu’il se fait passer pour un blanc alors qu’il ne l’est pas vraiment.

Celui d'Ernestine, le soeur de Coleman qui fera de nouvelles révélations.

Celui de Lester Farley, enfin, l’ex-mari de Faunia, un homme violent qui fait trembler ceux qui croisent son chemin. Nathan Zukerman est persuadé qu’il a provoqué la mort de Faunia et de Coleman mais lorsqu’il le rencontre et parvient à le rencontrer, celui-ci lui explique qu’il vit désormais à l’écart du monde, « près de Dieu » car il a souffert de STPT « Stress et Troubles Post-Traumatiques » depuis son retour du Vietnam et que cela l’a conduit à faire beaucoup de mal, notamment à Faunia. Il reste meurtri et amer, « ça, le gouvernement, il vous le dit jamais. Ils vous disent ce qu’ils veulent bien vous dire. C’est jamais Willie l’Anguille qui se fait prendre. C’est le gars qui est parti pour servir son pays. A tous les coups. » dit-il. Zukerman le craint encore mais son isolement volontaire à la pêche sur un lac gelé ne semble pas propice à la violence.

Mais le récit ne se réduit pas à ce que Nathan Zukerman nous apprend : notamment il permet de découvrir aussi les tribulations d’une jeune parisienne en Amérique : Delphine Roux, ex élève d’Henri IV, diplômée de l’École normale supérieure de Fontenay et de Yale. Celle-ci, pétrie d’ambition, veut avant tout réussir pour montrer à sa mère qu’elle peut réussir brillamment seule, sans sa famille mais elle se trouve bien seule dans ce pays : « Elle qui est si fière de parler l’anglais couramment, qui le parle en effet couramment, elle ne parle pas la langue, en fait. Je crois que je les comprends, et je les comprends. Ce que je ne comprends pas, ce n’est pas ce qu’ils disent, c’est tout ce qu’ils ne disent pas, quand ils parlent. Ici, elle ne se sert que de cinquante pour cent de son intelligence, alors qu’à Paris elle comprenait chaque nuance. Quel est l’intérêt d’être intelligente, ici, puisque du fait que je ne suis pas du pays, je deviens bête ipso facto... Elle se dit que le seul anglais qu’elle comprenne vraiment bien — non, le seul américain —, c’est l’américain universitaire, qui n’est guère américain justement. »

 

Dans ce roman véritablement foisonnant, la vie en Amérique en 1998 est examinée à travers le kaléidoscope d’un regard ou des discours d’une multitude de personnages, mais l’enjeu est exprimé avec véhémence : « La force des convenances est protéiforme, leur domination se dissimule derrière mille masques : la responsabilité civique, la dignité des wasps, les droits des femmes, la fierté du peuple noir, l’allégeance ethnique, la sensibilité éthique des Juifs, avec toute sa charge émotive. » « Un siècle de destruction sans précédent dans son ampleur vient de s’abattre comme un fléau sur le genre humain — on a vu des millions de gens condamnés à subir privations sur privations, atrocités sur atrocités, maux sur maux, la moitié du monde plus ou moins assujettie à un sadisme pathologique portant le masque de la police sociale, des sociétés entières régies, entravées par la peur des persécutions violentes, la dégradation de la vie individuelle mise en œuvre sur une échelle inconnue dans l’histoire, des nations brisées, asservies par des criminels idéologiques qui les dépouillent de tout, des populations entières démoralisées au point de ne plus pouvoir se tirer du lit le matin, sans la moindre envie d’attaquer leur journée... voilà ce qui aura marqué le siècle, et contre qui, contre quoi, cette levée de boucliers ? Faunia Farley. Ici, en Amérique, on prend les armes contre Faunia Farley ou Monica Lewinsky ! »

Quelques pages cependant nous tiennent à l’écart du brouhaha du monde et sont pleines de poésie : celles de la pêche de Lester en montagne sur le lac gelé ou celles de la traite des vaches par Faunia ou encore celles de l’apologie des corneilles par Faunia :

"Des beaux oiseaux. Ensuite je me suis installée ici, et vu que j’étais seule, que je le suis toujours, je me suis mise à connaître ces corneilles comme jamais avant. Et elles à me connaître. Leur sens de l’humour. C’est de l’humour, chez elles ? Peut-être pas, mais moi, en tout cas, c’est ce que j’y vois. Leur démarche. Leur façon de se cacher la tête sous l’aile. De m’engueuler quand j’ai pas de pain à leur donner. Allez, Faunia, va chercher le pain. Elles ont une démarche majestueuse. Elles font la loi aux autres oiseaux. Samedi, j’ai fait un brin de causette avec une buse à queue rousse, dans Cumberland Street, et puis je suis rentrée et j’ai entendu deux corneilles, derrière, dans le verger. J’ai compris qu’il y avait du grabuge. Elles poussaient leur cri d’alarme. Et en effet, j’ai vu trois oiseaux, deux corneilles qui croassaient et qui faisaient déguerpir la buse. C’était peut-être celle à qui je venais de parler. Elles la chassaient. C’est vrai que la buse avait l’air de préparer un mauvais coup. Mais s’en prendre à une buse, tout de même, je vous demande un peu ? Ça les pose auprès des autres corneilles, mais, moi, je sais pas si j’oserais. Même à deux, se prendre une buse. C’est qu’elles sont agressives, ces bestioles. Vachement teigneuses. Un bon point pour elles. J’ai vu une photo, un jour, d’une corneille qui allait carrément chercher la bagarre à un aigle en lui aboyant dessus. Tu penses que l’aigle, il en avait rien à secouer, il la voyait même pas. Mais c’est un sacré numéro, la corneille. Cette façon qu’elle a de voler. Elle est pas aussi jolie que le grand corbeau, quand il vole, qu’il fait tous ces loopings, ces acrobaties merveilleuses. Elle a ce long fuselage à faire décoller, et pourtant, elle a pas besoin de courir pour prendre son élan. Il lui suffit de quelques pas. J’ai observé ça. C’est plutôt une question d’effort, elles font un effort énorme, et elles s’arrachent."

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 18:23

Paru en 2018 et couronné la même année des prix Fémina et Renaudot, ce livre est le récit d’une lente et patiente reconstruction physique mais aussi d’une lente et patiente quête d’une identité nouvelle qui puisse enfin être habitée.

 

L’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 est l’élément déclencheur ; l’auteur en sort plus mort que vif, L’acharnement des chirurgiens de La Pitié-Salpêtrière parvient au prix de dix-sept opérations au moins à remettre l‘auteur dans le monde des vivants, presque de force ! Il faudra encore plusieurs mois aux Invalides et l’entêtement des kinésithérapeutes et psychiatres puis la remise à neuf de son appartement pour enfin tirer l’auteur vers la vie. Il est tout juste tiré d’affaire quand lui parvient lors de son séjour à New-York la nouvelle de l’attentat du Bataclan le 13 novembre 2015. Et le récit s’achève là. Ces onze mois racontés en 512 pages sont donc la traversée du désert dans ce qu’il a de plus concret et de plus aride, Pas de place pour autre chose que la réalité: «Si écrire consiste à imaginer tout ce qui manque, à substituer au vide un certain ordre, je n’écris pas : comment pourrais-je créer la moindre fiction alors que j’ai moi-même été avalé par une fiction ? Comment bâtir un ordre quelconque sur de telles ruines ? Autant demander à Jonas d’imaginer qu’il vit dans le ventre d’une baleine au moment où il vit dans le ventre d’une baleine. » (p 93).

 

Pourtant outre l’indéfectible présence de son frère, de ses parents, de ses proches, de l’équipe médicale, le monde de la fiction ou au moins celui de la création littéraire et artistique constitue pour l’auteur une sorte de viatique : La mort de la grand-mère dans Le Côté de Guermantes relue avant chaque descente au bloc opératoire puis La Montagne magique de Thomas Mann, les pages où « où les morts sont descendus dans la neige sur des bobsleighs », les lettres de Kafka à Milena Jesenská, l’art de la fugue de Bach, les tableaux de Vélazquez… « Ma seule prière passait pour l’instant par Bach et Kafka : l’un m’apportait la paix, et l’autre, une forme de modestie et de soumission ironique à l’angoisse. » dit-il p 274. Tout cela accompagne l’auteur dans son parcours de douleur et le lecteur dans sa lecture.

 

Extrait : « Le lundi 2 février, je lis la mort de la grand-mère et je descends au bloc, dans l’après-midi. Comme l’attente n’en finit pas, je lis aussi quelques pages de La Montagne magique, celles où les morts sont descendus dans la neige sur des bobsleighs. Je ferme les yeux. Je suis chacun d’eux. La neige sur laquelle ils glissent a une odeur faite de cire chaude, de gazole et de tilleul menthe. Peu après être remonté du bloc, c’est la panique autour de moi : la saturation baisse, le pouls s’accélère, je sue comme la neige fond, je ne parviens pas à respirer, l’interne ne sait pas quoi faire. Mon père et mon frère me regardent, bras ballants, très pâles, littéralement interdits. J’ai le sentiment de descendre dans un puits humide et chaud, sans air. C’est épouvantable et c’est enivrant. C’est mystérieux et c’est intéressant. En me jouant des tours, mon corps m’initie. En m’échappant, il m’appartient. J’observe la descente que je subis, je me sens le père de mon père et l’ancêtre du frère dont je dépends. »

 

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10 juillet 2019 3 10 /07 /juillet /2019 15:12

Ce roman paru chez Acte Sud en 2012 raconte en trois parties constituant trois étapes de son itinéraire les aventures et mésaventures du jeune Lakhdar.

Un héros attachant, une odyssée fabuleuse et une enquête/découverte sur ces années 2011 2012 traversées par de grands mouvements de contestation et l’émergence d’extrémismes violents, voilà de quoi bien remplir quelques heures de lecture.

Lakhdar est originaire d’un bas quartier de Tanger, d’un père rifain et d’une mère arabe de Tanger. Lorsqu’il est surpris dans ses ébats amoureux avec sa cousine Myriem, il est violemment battu par son père et rejeté par tous. Il s’enfuit pour ne plus jamais revenir. Il traverse une période difficile d’errance. Ses consolations : les balades au détroit avec bière et kif, son ami Bassam et les romans policiers français achetés chez le bouquiniste. Il trouve un logis et un travail de libraire grâce à Bassam dans le « groupe musulman pour la Diffusion de la Pensée coranique » dirigé par le Cheik Nourredine. Toutefois les activités du groupe auquel appartient son ami Bassam l’inquiètent. Un jour ils disparaissent lui laissant une coquette somme d’argent.
Lakhdar poursuit donc son itinéraire et son goût pour les livres et pour les langues lui permet une nouvelle fois de trouver un travail dans la zone franche de Tanger : il numérise au kilomètre des livres et avis de décès datant de la grande guerre.  Plus tard son patron lui trouve un travail sur les ferries qui font des allers retours Tanger / Algesiras car Lakhdar rêve de retrouver Judit la jeune espagnole dont il s’est épris. Il mène sur ces navires une existence bien difficile jusqu’au jour où son navire est confisqué car les armateurs ont des dettes. Lakhdar grâce à un ami marin réussit à entrer en Espagne mais le travail qu’il trouve est encore plus difficile que le précédent et son patron le traite comme un esclave. Pourtant il réussit à s’échapper et à atteindre Barcelone où il s'installe, rue des Voleurs. Il y retrouve Judit et même plus tard le cheik et Bassam!
Durant tout son périple le souvenir d’Ibn Batouta accompagne Lakhdar tout comme les aventures de Casanova et celles de ses romans policiers mais c’est aussi le contexte historique de ses aventures qui donne au roman un riche arrière plan : le printemps arabe qui parcourt la Tunisie, l’Égypte, la Libye et se poursuit en Syrie, la montée de l’extrémisme et la multiplication des attentats, le mouvement indignados en Espagne.

extrait:

"Pour toute trace matérielle de mon enfance, il me reste les deux photos que j’ai toujours gardées dans mon portefeuille, une de Meryem petite, en vacances au village, assise contre un arbre, et une autre de ma mère avec ma petite sœur Nour dans ses bras. Rien de plus. Je me suis longtemps demandé ce qui se serait produit si, au lieu de fuir toujours plus loin, au lieu d’essayer d’échapper aux conséquences de mes actes j’étais retourné chez mes parents, si j’avais insisté, si j’avais essayé de m’imposer coûte que coûte, de faire pénitence, d’accepter tous les châtiments, toutes les humiliations, je me suis longtemps demandé s’ils auraient fini par me reprendre, si j’aurais pu retrouver une place auprès d’eux. Très certainement la question ne se pose pas, il faut accepter les voyages, qui sont l’autre nom du Destin. Comme ces soldats de 1914, partis de leurs villages ou de leurs douars sans savoir ce qui les attendait, le 21 septembre 2011 je grimpais sur le ferry Ibn Batouta de la compagnie Comanav-Comarit au port de Tanger Méditerranée pour ma première traversée du Détroit en direction d’Algésiras, en tant que serveur au bar et homme à tout faire, enfin surtout homme à tout faire. Mousse, quoi. Le nom du navire, Ibn Batouta, me semblait un Signe, un bon présage."
 

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5 juillet 2019 5 05 /07 /juillet /2019 18:08

Dans ce récit biographique, Patrick Deville nous fait découvrir un inconnu qui a pourtant libéré le monde de la peste, fait avancer les connaissances sur la tuberculose et la diphtérie, un Suisse naturalisé français devenu citoyen d’honneur du Vietnam, un bactériologiste mais aussi explorateur qui a côtoyé Pasteur, son maître, mais aussi Doumer, le président de la république Calmette, l’inventeur du BCG contre la tuberculose et bien d’autres célébrités.

Il faut dire que ce génie ne s’était pas lancé dans la course aux honneurs. Loin des agitations du monde occidental il préférait se créer un paradis pour lui tout seul à Nha Trang où il peut s’adonner à ses diverses passions : la photographie, la météorologie, l’élevage des volailles, la culture des glaïeuls et autres fleurs venues de loin, la culture de l’hévéa qui lui permet de fournir en caoutchouc les usines Michelin en plein essor, la culture du cacao, du café et aussi du cinchona d’où l’on extrait la quinine pour combattre le paludisme. Alors le siècle « vaurien » peut bien tourner en siècle des « barbarie », Alexandre Yersin pour ses explorations en solitaire, loin de l’agitation du monde.

Pourtant ce génie solitaire a vécu une partie de sa vie au temps de Rimbaud ou de Céline et l’auteur se plaît à nous le rappeler, évoquant le jeune Rimbaud qui après avoir « dynamité la poésie » « convoie à dos de chameau deux mille fusils et soixante mille cartouches pour le roi Ménélik en Abyssinie. Celui-là qui fut un poète français promeut l’influence française, s’oppose aux visées territoriales des Anglais et des Égyptiens menées par Gordon. », Rimbaud l’auteur d’un Projet de constitution Communiste et qui avait publié un rapport de son exploration de l’Afrique à la Société de Géographie !

De Céline, on découvre que comme Yersin, il est pasteurien, il a été formé comme médecin à l’institut Pasteur de Paris, il a aussi mené des recherches sur les algues à Roscoff avant de se retirer pour écrire Voyage au bout de la nuit.

L’auteur se plaît à se présenter comme « un enquêteur, un scribe muni de son carnet à couverture en peau de taupe, un fantôme du futur sur les traces de Yersin ». Mais à travers cette biographie, Patrick Deville nous fait revivre tout une époque de cette fin XIXe s et première moitié du XXe siècle. La lecture n’est cependant pas un long fleuve tranquille car l’auteur se plait à bousculer la chronologie, au risque de perdre son lecteur.

« À mi-chemin du retour vers Nha Trang, à Suôi Giao, aujourd’hui Suôi Dầu, une grille peinte en bleu à l’entrée d’un champ, un cadenas, un numéro de téléphone à composer pour alerter le gardien. De l’autre côté, un berger au chapeau conique et long bâton mène un troupeau de moutons qu’accompagnent de grands oiseaux blancs. Le chemin vers la ferme expérimentale longe des lantanas en fleurs, de la canne à sucre, du tabac, du riz en herbe. Puis c’est un raidillon pavé au bord duquel des paysans manient métaphoriquement la faux. La tombe bleu ciel en haut d’une petite colline. Aucun signe d’obédience. Cette seule formule en capitales :

ALEXANDRE YERSIN

1863 – 1943

À gauche un pagodon orange et jaune piqueté de bâtonnets d’encens. Les deux mètres carrés bleu ciel de territoire vietnamien qui furent au milieu du royaume. Il a trouvé ici le repos, trouvé le lieu et la formule. On pourrait écrire une Vie de Yersin comme une Vie de saint. Un anachorète retiré au fond d’un chalet dans la jungle froide, rétif à toute contrainte sociale, la vie érémitique, un ours, un sauvage, un génial original, un bel hurluberlu. »

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