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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 20:16

Bénédicte Ombredanne "ne portait que des couleurs sombres, elle était chaussée de bottines à lacets, elle arborait de la dentelle et des bijoux anciens, elle affectionnait le velours grenat ou Véronèse de certaines vestes de coupe cintrée qu’on trouve dans les friperies. Cette allure évoquait l’univers symboliste d’Edgar Poe et de Villiers de l’Isle-Adam, de Maeterlinck, Huysmans et Mallarmé, un univers crépusculaire et pâli où les fleurs, les âmes, l’humeur et l’espérance sont légèrement fanées, délicatement déliquescentes, dans leur ultime et sublime flamboiement, comme une mélancolique et langoureuse soirée d’automne, intime, charnelle, toute de velours et de rubans soyeux, rosés, rouge sang. Certes, chez elle, ce style était timide voire indécis, il n’émergeait que par de petites touches que diluait le caractère contemporain de la plupart des vêtements ou des accessoires qu’elle portait, son apparence n’était pas excentrique, elle restait relativement modeste et donc conforme à l’idée qu’on peut se faire d’un professeur de lycée, mais à mes yeux Bénédicte Ombredanne délivrait des indices sur la façon dont elle s’imaginait qu’étaient vêtues Claire Lenoir, Ligeia, Bérénice, Morella, l’inconnue de la rue de Grammont, ses héroïnes.

 

— J’aime beaucoup votre bague, elle vient d’où ?

— Je la porte dans les grandes occasions. C’est une bague que m’a laissée ma grand-mère, elle la tenait elle-même de la sienne, elle date du début du XIXe siècle. On y trouve la peinture d’un regard.

— La peinture d’un regard ?

— Un œil. Regardez. Cette bague a été faite pour une femme amoureuse d’un homme qui était déjà pris. Elle a fait peindre son œil plutôt que son portrait, afin que personne ne puisse l’identifier. C’était une pratique assez courante au XVIIIe siècle.

J’avais entre les miens les doigts vernis de noir de Bénédicte Ombredanne, un œil ancien et minuscule me regardait au milieu de cet entremêlement."

Bénédicte Ombredanne est l'un de ces personnages qu'on n'oublie pas. Ce portrait nous annonce bien qui est cette héroïne éprise d'absolu, dévorée d'un immense appétit de vivre mais  contrainte à voler ses instants de vraie vie et à s'étioler doucement jusqu'à mourir. C'est qu'elle ne parvient pas à rejeter le joug d'un premier époux qui n'avait comme ambition que l'héritage puis d'un second époux, pervers, harceleur, sadique, paranoïaque et j'en passe. Existence tragique pour cette jeune femme d'aujourd'hui à qui la vie semblait pourtant promettre un brillant avenir.

Mais Bénédicte Ombredanne ne se réduit pas à cela : elle aime la littérature, rencontre l'auteur de ce roman, lui écrit des mails et des lettres et lui confie même une quarantaine de feuillets écrits "de son écriture". Le roman d'ailleurs mêle des styles très divers. Après sa mort, l'auteur rencontre sa jumelle, dont elle ne lui avait jamais parlé ! de telle sorte que ce roman recèle nombre de mystères ce qui fait de Bénédicte Ombredanne un personnage inoubliable.

" C’est drôle, quand on s’enfonce ainsi en soi et qu’on marche vers cette lointaine lumière habitée, c’est comme un paysage nocturne qui se déploie, grandiose, empli d’autant de sensations et de phrases qu’une forêt peut raisonner de cris d’oiseaux et de bruissements d’animaux, de senteurs de fleurs et d’écorce, de mousse, de champignons. "

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27 avril 2019 6 27 /04 /avril /2019 17:17

Abécédaire :

 

Arcadie : pays d’origine de Zeus puis pays du roi Lycaon transformé en loup pour avoir mis de la chair humaine au menu et ici ce pays donne son titre à ce roman et son nom à un gourou Arcady.

Bucolique telle est la vie que mène Farah à Liberty house où elle  « balise [s]es sentiers, […] marque  [s]es arbres et […] recense [s]es sujets : les pipistrelles, les capricornes, les vrillettes, les mésanges, les chenilles, les renards, les orvets… Pas une journée ne passe sans qu’[elle]  fasse une nouvelle découverte féerique : champignons rouges à pois blancs, lapins figés par la surprise, myrtilles et fraises des bois, nuées de moucherons en suspension dans le chemin, plume de geai parfaitement rayée de bleu et de noir qu’[elle] empoche comme un talisman.

Corps et âmes hors normes sont assemblés dans la zone blanche de Liberty house « les obèses, les dépigmentés, les bipolaires, les électrosensibles, les grands dépressifs, les cancéreux, les polytoxicomanes et les déments séniles. »

Dos le nouveau nom de Dolores, car «   Arcady a donc débaptisé à peu près tout le monde, multipliant les diminutifs et les sobriquets. Mon père est devenu Marqui, qu’il persiste à écrire sans « s » en raison d’une dysorthographie sévère ; ma mère est Bichette, Fiorentina est Mrs. Danvers, Dolores et Teresa sont Dos et Tres, Daniel est Nello, Victor est tantôt M. Chienne, tantôt M. Miroir, Jewel est Lazuli, et ainsi de suite. »

Éden pourrait être l’autre nom de Liberty House, c’est du moins l’ambition d’Arcady

Freaks : Family House est un « refuge pour freaks » après avoir été « un pensionnat pour jeunes filles » et Farah précise : « la maison garde de multiples traces de cette vocation initiale : le réfectoire, la chapelle, les salles d’étude, les dortoirs, et surtout d’innombrables portraits des sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, toute une série de bienheureuses et de vénérables qui n’ont de bienheureuses que le titre à en juger par leur teint de pulmonaire et leur regard chagrin. »

Genre : C’est le problème de Farah, est-elle vraiment une fille ? La gynécologue le confirme, il lui manque des attributs féminins et elle a quelques attributs masculins.

Homme sans qualité, (L’) de Musil dont un extrait est donné en exergue.

Indifférencié et diffus, tel est l’amour à Liberty house et Farah rêve d’« un peu d’exclusivité. »

Jeunes filles : elles étaient autrefois les pieuses pensionnaires de la maison mais désormais, elles se font rares hormis les deux jumelles rousses d’Epifanio et Farah.

Kirsten, grand-mère de Farah a coutume de « déambuler dans le plus simple appareil »

Leçons de lecture inutiles pour Marqui mais à la mort de Jean_Louis «  les lettres avaient cessé de clignoter, les syllabes de s’intervertir, les mots de se télescoper. Brutalement et tragiquement dessillé, il lisait »

Marqui, « Kirsten et moi, respectivement époux, mère et fille de cette élégante épave. » électrosensible et dépressive qu’est Bichette, la mère de Farah.

Noir comme le jeune Erythréens « beau comme un lys noir » qui fait écrire à Farah que « cette beauté est le commencement du terrible et la fin de l’innocence. »

Omnia vincit amor ! Telle est la devise de Liberty House ou du moins d’Arcady. « L’amour triomphe de tout, c’est entendu, mais il semblerait qu’Arcady ait décidé d’en faire un engin de guerre, une arme non létale mais une arme quand même, histoire de rallier la société à nos vues éclairées. »

Porète comme Marguerite Porète ou Paul Claudel qu’Arcady pille sans vergogne ou comme phalanstère qui pourrait définir Liberty house..

Quatre-vingt-seize ans, c’est l’âge de Dadah « née richissime dans une famille de marchands d’art, [elle] n’a rien trouvé de mieux que de s’enrichir encore, au-delà du raisonnable »

Rokitanski c’est le syndrome que suspecte la gynécologue en examinant Farah.

Salo alias Salomon est le bipolaire du familistère.

Technologies : « Nous avons beau vivre à l’abri des nouvelles technologies, il ne faut pas croire, l’actualité nous arrive quand même : ses vagues viennent mourir aux pieds des murailles de pierres sèches qui enclosent le domaine. »

Uniform ou précisément Mädchen in Uniform c’est ce qui vient à l’esprit de Farah en touchant la rampe de chaine de l’escalier de Liberty House.

Victor, obèse rival au « dandinement grotesque mais inoffensif » de Farah auprès d’Arcady

Wyandotte, c’est une des poules de Liberty House

X comme l’inconnu ou l’infini des menaces qui pèsent sur l’humanité et obligent les parents de Farah à trouver une zone blanche loin des « particules fines, d’ondes magnétiques, de métaux lourds, d’OGM, de pesticides, de déchets polluants, de pluies acides, de composés organiques volatils, de débris spatiaux ou de gaz de schiste : la liste des dangers s’allongeait chaque jour »

Yeux « de lézard » du petit Jean-Louis dont « Sans doute aussi atrophié que son cerveau, [le] cœur avait refusé un tour de roue supplémentaire » 

Zéro produit carné, le spécisme des habitants de Family House et leur végétarisme obligent au grand dam de la cuisinière Fiorentina..  

 

extrait : 8. J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir

Je suis arrivée ici en partageant les craintes irrationnelles de mes parents, mais les années passant, les miennes ont pris le pas sur les leurs. Je vais avoir quinze ans, on ne peut plus m’effrayer avec des histoires de phtalates ou de rayonnement électromagnétique : loin de moi l’idée d’en contester le caractère nocif, mais à vrai dire je suis davantage préoccupée de ce que l’homme inflige à l’homme que des perturbateurs endocriniens et des substances carcinogènes. S’il faut mourir de quelque chose, je préfère encore une longue maladie à une balle de kalachnikov : avec une longue maladie, j’aurai le temps de voir venir, le temps de me faire à l’idée, le temps de choisir les amis dont je m’entourerai, et l’endroit précis où j’attendrai la mort – au cœur du cœur de mon royaume, je connais une combe, non même pas une combe, juste un petit affaissement de terrain, tapissé d’herbe tendre et ceint d’un boqueteau de noisetiers, qui fera parfaitement l’affaire. Encore faut-il que je ne meure pas avant, fauchée par une rafale d’arme automatique ou par l’explosion d’une bombe au TATP. Et même si dans mon cas la probabilité d’une mort violente est extrêmement faible, je ne peux pas m’empêcher d’y penser dès que je laisse derrière moi le mur d’enceinte de Liberty House, qui n’aurait rien de dissuasif en cas d’invasion, mais qui a le mérite de matérialiser ce qui nous sépare de ceux qui n’ont pas choisi la voie de la sagesse en sept étapes.

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20 avril 2019 6 20 /04 /avril /2019 20:32

Le titre de ce roman policier est déjà plein d’intrigue : Certes la mort est attendue dans un roman policier, mais le Khazar ancien empire d’Asie centrale et son qualificatif rouge emplissent le titre de mystère ! Si c’était le titre d’un essai historique pourquoi pas mais l’enquête d’un détective de roman policier peut-elle vraiment concerner la disparition d’un empire nomade turc au VIIIe siècle ?

 

C’est que ce roman policier est l’œuvre d’un historien israélien qui à travers ce récit traite de ses sujets de prédilection parmi lesquels le prosélytisme juif qui fait que les juifs ont des origines plurielles ce qui contredit le récit national.

Loin de ce VIIIe siècle médiéval, l’intrigue se déroule dans un cadre spatio-temporel troublé, celui de la première Intifada et de la fondation du Hamas, des accords d’Oslo, de l’assassinat d’Yitzhak Rabin, de l’arrivée au pouvoir de Benjamin Netanyahou, de la deuxième Intifada et de l’enlisement des espoirs de paix israélo-palestinienne. C’est aussi le temps de la décriminalisation de l’homosexualité en 1988.

Dès lors l’intrigue de ce roman tourne autour du meurtre en 1987 d’un universitaire israélien Yitzhak Litvak, qui justement s’était intéressé à cette théorie du prosélytisme. Peu après le jumeau de Litvak est assassiné à son tour or ce dernier ne menait aucune recherche historique : il était en hôpital psychiatrique ! Et puis Avivit, une jeune femme étudiante à l’université et impliquée dans des groupuscules de gauche est également assassinée sauvagement sur une plage de Tel-Aviv.  C’est le commissaire Émile Morkus, un arabe chrétien époux d’une ukrainienne, qui est chargé de l’enquête. Or aucune de ces enquêtes n’aboutit avant le départ en retraite du commissaire.

C’est là l’originalité du roman : grâce au point de vue omniscient, le lecteur connaît bien avant le commissaire le nom du coupable. Avant son départ en retraite le commissaire fera chou blanc sur toutes ses enquêtes. Or en 2007 un nouvel assassinat a lieu, celui d'Yéhouda Guershoni. Il s’agit encore d’un universitaire qui lui aussi travaillait sur le prosélytisme juif et sur le récit national. L’enquête est reprise par le successeur de Morkus. Elle piétine. Morkus s’associe en secret à l’enquête. Cependant Gina, une jeune universitaire de Tel-Aviv également a récupéré les documents de travail de la victime et entreprend de poursuivre ses travaux ce qui lui vaut quelques agressions dont on ignore encore l’origine. Plus précisément, la police en ignore encore l’origine mais le lecteur sait bien que cet agent ultra-sioniste du Shabak (sécurité intérieure) que le narrateur suit depuis le début est forcément mêlé à ces affaires. Étrange ironie dramatique dans un roman policier. La fin du roman nous réserve pourtant des surprises !

Extrait choisi (p 182) :

S’asseoir sur la terrasse face à la mer avait le don de lui remonter le moral. C’est ainsi que, des heures durant, il pouvait contempler la danse incessante des vagues. La vue des barques de pêcheurs voguant vers le petit port de Jaffa avait pour lui une vertu apaisante. Il s’imaginait un monde composé de pêcheurs et de chasseurs. Les premiers, habitués à affronter la mer, étaient enclins à la modestie, tandis que l’accoutumance des seconds au sang et à la tuerie les avait rendus dominateurs et agressifs. Il se demandait parfois si sa vie le rapprochait davantage des pêcheurs ou des chasseurs.

Il n’aimait pas le quartier léché des artistes qui, sur la droite, lui bouchait la vue. En revanche, le rocher d’Andromède, posé juste en face du port, attirait sans cesse son regard. Dans la mythologie grecque, une belle princesse, offerte en victime au monstre de la mer, avait été ligotée au rocher de Jaffa. Persée, fils de Zeus, était venu la délivrer et l’avait épousée. La falaise surplombant la mer avait été le témoin des conquêtes successives de la cité. Elle avait vu passer les Égyptiens antiques, les Philistins, les Perses, les Phéniciens, les Séleucides, les Asmonéens, les Romains, les Byzantins, les musulmans, les croisés, les mamelouks, les Ottomans, les Français, les Anglais et, finalement, les sionistes. La majorité de la population était cependant demeurée la même depuis la nuit des temps. Jaffa, la belle et l’antique, avait toujours survécu aux vainqueurs successifs, jusqu’à ce qu’advienne l’année 1948.

Tout comme le rocher d’Andromède, Morkus se sentait l’un des derniers survivants de ce lointain passé, qui l’obligeait. Le policier n’avait toutefois jamais imaginé qu’un Persée viendrait le délivrer. Les mythes combattants lui étaient étrangers, mais la seconde Intifada, des années 2000 à 2006, avec ses dures vagues de violence, l’avait rendu plus arabe, et un tout petit peu moins israélien. Il avait éprouvé de la douleur au vu des victimes des deux bords, mais les quatre mille morts palestiniens avaient élargi les fissures dans son sentiment d’identité.

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10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 13:43

Les Mal aimés, qui sont-ils dans ce roman ?

Je crois bien que ce sont tous les personnages. Dans cette histoire, il n’y a pas de place pour l’amour, ni pour la beauté. Juste de la jalousie, de l’envie, de la superstition, de la cupidité, de la culpabilité, de la vengeance. Tout cela est-il l’effet ou la cause d’une cruauté déjà ancienne mais jamais oubliée ? Le narrateur nous en rappelle de chapitre en chapitre des horreurs : des enfants condamnés au bagne pour des peccadilles ou pour des forfaits plus graves mais toujours causés par la misère, morts un ou deux ans après leur arrivée :

« Jean Marie Favre, date et lieu de naissance inconnus.

Jugé le 3 août 1880 pour mendicité.

Condamné à la correction jusqu’à ses 20 ans.

No d’écrou : 1629. 1,29 m à l’entrée.

Causes de la sortie : Décédé le 19 septembre 1881. ».

En cette fin du XIX dans la vallée de Vailhauquès l’humanité semble avoir déserté le monde. Le curé rêve de créer un nouveau bagne, l’instituteur confie des bébés indésirés à la Cruere, une immonde marâtre qui n’a rien à envier à la Thénardier et le docteur noie son désespoir dans l’alcool, incapable de sauver qui que ce soit : au secours, docteur Rieux ! Si Victor Hugo ne se dresse pas dans sa tombe en lisant cela, c’est qu’il est déjà mort.

Or et c’est le plus grand mérite de ce roman je crois, l’auteur dresse de chaque personnage un portrait si finement ciselé que malgré la monstruosité, il reste doté d’humanité. Comment alors oublier Alphonse, Léon, Ernest même et aussi Jeanne, Morluc, Étienne, Blanche et Gérault ? Même lorsqu’ils sont proches de l’animalité, le narrateur adopte leur point de vue ou les décrit par le regard d’un autre et ils restent des hommes, malmenés et fouettés par la misère. Alors on lit ce roman comme hypnotisé, sans espoir pourtant de rémission.

Heureusement, quelques belles descriptions de la nature apportent des respirations qui rendent l’horreur plus supportable :

« La chaleur accablante a vidé l’endroit de tous ses bruits, laisse régner le silence, un silence encore plus profond que celui provoqué par la clochette du bedeau lorsque le curé élève le saint sacrement en direction du ciel. Blanche se redresse sur les genoux, relève sa robe pour ne pas l’abîmer, puis avance d’un bon mètre, repose ses fesses sur ses talons. D’un geste de la main, elle retire les brins de paille collés à ses genoux. Elle fixe la nuée de grains de poussière virevoltant dans le rayon de lumière qui force la porte entrouverte. Dans cette myriade de minuscules étoiles éphémères, elle veut voir une image de la vie qu’elle ne connaît pas. L’espace d’un court instant, elle se dit que si le bonheur existe, il doit ressembler à ça. Une sorte de rêve inaccessible. Un rêve de gamine qu’elle a bien vite étouffé. » (p 15)

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 13:51

Dans ce roman publié en mars 2019 en France mais déjà paru en 2016 en Turquie, Oran Pamuk prix Nobel

de littérature en 2006, jongle de façon étourdissante entre symboles, mythes, Orient, Occident, passé et présent, tradition et modernité, réalisme et merveilleux, réalité et apparence.  Alors que retenir de cette lecture ?

Que l'absence ou le rejet du père est une caractéristique de l'homme moderne ? Ou de l'homme occidental ? Ou les deux, moderne et occidental sont-ils indissociables ? 

Que les mythes induisent immanquablement nos actions ? c'est le cas pour Cem, adolescent sans père qui abandonne à la mort celui qui était pour lui le substitut du père et fait un enfant à la femme qui fut autrefois l'amante de son père. L'histoire d'Oedipe rejouée au XXIe siècle ! Mais c'est le cas aussi de son fils qui le tue d'une balle dans l’œil.  Une fatalité, dépourvue toutefois de noblesse : Cem découvre trente ans plus tard que Mahmut, le puisatier qui lui avait servi de substitut de père, n'est pas mort à cause de lui.  Le père de Cem, Akin, un pharmacien gauchiste a disparu mais ce n'est pas pour fuir une prédiction, plutôt pour retrouver une autre femme. Cem, lui-même est devenu un riche promoteur et son fils, Enver, qui lui a intenté un procès en reconnaissance de paternité est soupçonné de concupiscence. Or, au mythe grec d'Oedipe est associé à plusieurs reprises celui de Rostam qui dans "Le Livre des rois" tue sans préméditation son fils Sohrab. Sohrab est justement le nom que Cem et son épouse ont donné à leur société de promotion immobilière !  Alors, le fatalité a bon dos, non ?

Que les légendes ont fait long feu ? Cette femme aux cheveux roux qui a séduit le père de Cem et a fait un enfant avec Cem, c'est une figure de Jocaste mais fausse rousse, comédienne et souvent aguicheuse au théâtre, voilà une Jocaste qui sent le souffre ! 

Qu'Istanbul s'émancipe et se métamorphose ? Du terrain caillouteux où le puisatier et son apprenti s'évertuent à creuser un puits à la ville tentaculaire moderne, c'est aussi ce qu'observe la narrateur au cours de la trentaine d'années que dure l'histoire.

 

Extrait : L’essentiel de nos fonds passait dans l’achat de terrains ou de vieux immeubles dans des zones vouées à prendre de la valeur, soit pour investir, soit pour obtenir de nouveaux chantiers. Et lorsque j’achetais des parcelles vides en banlieue, j’avais le sentiment d’être comme ces sultans qui tâchent de tromper leur douleur de ne pas avoir d’héritier en annexant de nouvelles provinces à leur empire. Comme Istanbul, Sohrâb connaissait une croissance vertigineuse.

 

Nous fîmes équiper notre voiture d’un GPS. Les yeux fixés sur cet écran nous indiquant l’itinéraire, ma femme et moi nous rendions dans de nouveaux quartiers d’Istanbul qui nous étaient totalement inconnus, sur les collines d’où l’on apercevait les îles des Princes à l’horizon. Nous étions impressionnés par le rythme effréné de la croissance urbaine, mais au lieu de nous lamenter comme tant d’autres sur la destruction et la disparition de la vieille ville, nous accueillions ces nouveaux lieux comme d’heureuses opportunités d’affaires. Au bureau, Ayşe scrutait quotidiennement les annonces de ventes aux enchères judiciaires parues dans le Journal officiel ; elle suivait également la page « immobilier » du journal Hürriyet et d’autres sites.

(chapitre 32)

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 20:17

Le livre de Jean-Jacques Karmann par ailleurs fondateur de la Gauche Communiste en 1997 et dont le titre est Rosa le retour est paru en février 2019. Il marque le centième anniversaire de la mort de Rosa Luxembourg. Il retrace le parcours de Rosa Luxembourg au travers d’éléments biographiques divers mais aussi en reprenant des articles rédigés par Rosa Luxembourg elle-même. Ce tableau montre que Rosa Luxembourg a mené tout au long de sa vie une réflexion et des actions politiques pour l’instauration d’une société qu’elle voulait socialiste et démocratique. Différentes photos accompagnent le texte dans ce livre : l’époque, les proches de Rosa, mais aussi les leaders politiques qui ont pu la côtoyer et bien évidemment Rosa Luxembourg.

 

Rosa Luxembourg a été emprisonné à plusieurs reprises elle poursuivra son action malgré tout en publiant en prison des écrits politique mais aussi en rédigeant un nombre important de lettres dont la lecture permet une meilleure appréhension de son action.

Rosa Luxemburg ou Roza Luksemburg est née le 5 mars 1870 ou 1871 en Pologne dans la ville de Zamosc, proche de la ville de Lublin, dans une famille juive de bourgeois aisés. A cette époque, le gouvernement de Lublin est une division administrative de l’Empire russe. Rosa a trois ans quand ses parents s’installent à Varsovie. En 1876, après une chute, un diagnostic de tuberculose osseuse sera fait. Rosa sera alors plâtrée et gardera le lit une année.  Lorsque le plâtre sera enlevé, Rosa aura une jambe plus courte que l’autre. Elle n’acceptera jamais ce handicap qu’elle conservera toute sa vie. Jusque l’âge de 9 ans, elle étudie chez elle. En 1880, elle rentre dans un lycée de jeune fille, dans lequel s’appliquait un quota pour les jeunes filles d’origine juive, réservé aux jeunes filles russes et de la noblesse polonaise. 

A Noel 1881, Rosa est témoin d’un pogrom qui dure plusieurs jours dans le ghetto juif de Varsovie. Ce pogrom sera un évènement marquant pour Rosa encore petite fille.

Rosa a une scolarité brillante et obtient d’excellents résultats aussi bien dans les matières scientifiques que littéraires. Elle parle le polonais, le russe, l’allemand et le français. Elle acquiert aussi de bonnes connaissances dans le domaine des religions, de la cosmographie, de la calligraphie, de la couture et du dessin. Très jeune, elle montre de l’intérêt pour la poésie et en particulier pour le poète polonais Adam Mickiewicz. Dès l’âge de 13 ans, elle écrit un poème révélant déjà une pensée politique.

Son engagement politique commence en 1887 avec les « jeunes marxistes du Prolétariat ». Menacée d’arrestation, elle quitte la Pologne et trouve refuge à Zurich en Suisse.  C’est à cette période qu’elle rencontre Léo Jogishes, juif lituanien, qui sera l’homme de sa vie. Après avoir envisagé de poursuivre sa formation en zoologie, botanique et mathématique, Rosa opte pour une thèse de doctorat en droit et sciences politiques. En 1898, avec l’accord de Léo, elle fait un mariage blanc avec un allemand, Gustave Lubke, ce qui permet à Rosa d’obtenir la nationalité allemande. Elle s’installe alors à Berlin et devient, le 24 mai 1898, membre du parti social-démocrate d’Allemagne.  L’intention de Rosa est d’influencer de l’intérieur l’Internationale ouvrière révolutionnaire. Si dans un premier congrès, elle peine à être reconnue, dès le congrès de l’internationale d’Amsterdam en 1904, elle apparait comme une femme dont les qualités seront utiles. Rosa mène alors un combat politique qui aura un rayonnement international.

Avant Lénine, elle s’oppose à la lutte contre le révisionnisme de la théorie marxiste. Elle s’oppose au réformisme et prône le maintien de la lutte de classe et la défense du marxisme révolutionnaire, la perspective étant l’effondrement du capitalisme. Elle considère qu’une démocratie véritable repose sur la dictature du prolétariat et milite pour l’emploi de tous les moyens du pouvoir politique pour l’édification du socialisme. « Sans volonté consciente et l’action consciente de la majorité du prolétariat, pas de socialisme », pense-telle.

Elle fait le choix d’une démocratie sociale opposée à une démocratie bourgeoise. Elle s’oppose à Lénine, considérant que la dictature d’une poignée de personnes n’est pas la voie d’une démocratie socialiste. De la même façon, sur la question de la nation, Rosa plus internationaliste sera plus proche des préceptes marxistes : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.

Le mouvement spartakiste qui nait en Allemagne à la fin de la première guerre mondiale s’oppose à la guerre avec le projet de développer des conseils à l’image des soviets en Russie. A la fin de l’année 1918, le parti communiste d’Allemagne est créé.  C’est dans ces temps troublés que Rosa participe à la rédaction du programme du parti communiste. Une révolution allemande éclate mais elle sera écrasée dans le sang en janvier 1919.

Le 15 janvier 1919 Rosa Luxembourg est arrêtée par des corps francs et elle est molestée, insultée et tuée de plusieurs balles à bout portant. Son corps a été jeté dans le canal qui traverse Berlin, il faudra attendre le 1er juin 1919 pour que son corps soit retrouvé.

Le lecteur trouve dans ce livre une ouverture déjà bien riche sur la culture marxiste.

Mais il brosse surtout le portrait de femme intelligente, libre, battante, comme on en lit rarement. Alors qu’on considère volontiers que les femmes commencent à peine et encore difficilement à échapper à leur relégation aux rôles subalternes, on voit avec Rosa Luxembourg en ce début XX e siècle, que l’intelligence et la volonté surmontent tous les handicaps.  Toutefois, ce qui est possible dans des combats extrêmes comme celui de Rosa Luxembourg, le serait-il dans le cadre d’ambitions plus largement répandues ?    

extrait d'un article de Rosa Luxembourg dans le journal L'Egalité dirigé par Clara Zetkin :

"Ainsi chaque année, chez les prolétaires, des milliers d’existences s’écartent des conditions de vie normales, de la classe ouvrière pour tomber dans la nuit de la misère. Elles tombent silencieusement, comme un sédiment qui se dépose sur le fond de la société : éléments usées, inutiles, dont le Capital ne peut plus tirer une goutte de plus, détritus humain qu’un balai de fer éjecte.

Brusquement le spectre horrible de la misère arrache à la société son masque de correction et révèle que cette pseudo honorabilité n’est que le phare d’une putain.

Aujourd’hui, il est solide encore, considéré, travailleur ; qu’adviendra-t-il de lui, si demain il est renvoyé parce qu’il aura atteint le seuil fatal des 40 ans au-delà duquel le patron le considère inutilisable ?

Chaque jour, les sans-abris s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seuls les mentionne le rapport de police. À bas l’infâme régime social qui engendre de pareilles horreurs !"

 

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 21:59

Les Gratitudes est le dernier roman de Delphine de Vigan. Une fois encore, l’auteure nous plonge au cœur de la réalité même si un roman est une fiction ou peut-être d’autant mieux que le roman est une fiction.

 

Avec Michka c’est l’apprentissage de la déréliction que nous découvrons. Elle qui était correctrice dans une revue, la voilà atteinte d’aphasie. Or cette atteinte n’est pas nette, brutale et totale. Au contraire elle s’insinue : peu à peu les mots se déforment et puis peu à peu ils disparaissent laissant les phrases en suspens. Michka a bien conscience de l’irrémédiable perte. Jérôme son orthophoniste fait ce qu’il peut pour l’enrayer pourtant. Entre eux se tissent une relation humaine qui dépasse clairement les fonctions de Jérôme. Tout cela se passe dans un lieu qui ne laisse pas d’espoir de guérison puisqu’il s’agit d’un Epadh, lieu où l’attente "est une occupation à part entière."

Alors une fois toutes les gratitudes exprimées la perspective est toute tracée pour Michka.

Alors pourquoi lire un tel roman ? Pour l’humanité dont fait preuve l’auteure bien sûr. Pour la délicatesse de son écriture aussi. Ce n’est pas si facile d’écrire comme une aphasique ! Sous la plume de Delphine de Vigan, cela devient une nouvelle langue, une langue chargée de poésie.

Extrait choisi :

« Elle s’assied dans son fauteuil.

— Mais je n’arrive plus à dire, alors elle ne comprend pas. Même quand je suis dans le… la… elle… raboule comme ça.

— Vous voulez que j’en parle ?

— Non, non, surtout pas. Elle va être en colère. Et vous ? (Elle me scanne.) Vous avez l’air triste.

Les vieux sont comme les enfants, on ne peut rien leur cacher.

— Ah bon, vous trouvez ? Non, tout va bien je vous assure.

— Parler… c’est si diffus… ça fatigue, vous savez.

— Je comprends, Michka.

— L’autre jour… j’ai fait un… (elle fait un drôle de geste, d’une main, qui désigne sa tête), j’aimerais vous le dire… mais c’est trop loin.

— Un rêve ?

— Oui, mais méchant.

— Un cauchemar ?

— Oui, avec la… grande régimente… Elle voulait me… débarrasser.

— Vous êtes anxieuse, Michka, ces derniers temps, vous en avez parlé aux auxiliaires ?

— Non, je ne peux pas… Il ne faut pas montrer qu’on est friable, aux militaires… Surtout pas.

Elle tourne un peu dans sa chambre, puis elle revient vers moi.

— Je voulais vous dire…

— Oui.

— C’est le… Ce n’est plus ce que c’était, vous savez. Ça a beaucoup baissé… Et puis j’oublie les… Alors tout est… effaré… égaré. Ça me… fraie.

— Ça vous fait peur ?

— Oui. Mais… froid aussi.»

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23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 17:11

Je viens de finir de lire Les Loyautés de Delphine de Vigan, un livre qu’elle a écrit récemment, en 2018 me semble-t-il.

C’est un roman qui me plonge dans la vie réelle de beaucoup de jeunes adolescents actuellement et dans la vie de nombreux couples de notre société : on y trouve Théo, un jeune garçon en perdition, enfant d’un père profondément déprimé et  sans emploi et d’une mère intransigeante et froide, devenue allergique à tout ce qui se rapporte à la vie de Theo quand il est chez son père. L’enfant passe une semaine chez l’un, une autre chez l’autre mais il ne peut faire strictement aucun lien. Au collège, il se fait discret et se lie à Mathis un garçon solitaire lui aussi. Ensemble ils prennent de dangereuses habitudes.
Mathis pourtant vit avec ses deux parents mais la famille vacille aussi : le père William alias Wilmor joue un étrange jeu et sa mère hésite entre révolte et culpabilité.
Entre ces personnages, il y a le personnel du collège, le principal, l’infirmière, les professeurs.  Lourdes responsabilités que les leurs face à ces familles en déréliction. Hélène, professeur principal sent bien que Theo va mal mais comment ne pas outrepasser ses droits ?
Ce court roman dont le titre insiste sur une valeur qui concerne tous ses personnages nous plonge tour à tour dans la conscience de chacun avec une très grande sensibilité et beaucoup d'humanité.

extraits choisis :

             Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l’Autre est une énigme. Je le sais aussi. Oui, oui, oui, une part de l’Autre nous échappe, résolument, car l’Autre est un être mystérieux qui abrite ses propres secrets, et une âme ténébreuse et fragile, l’Autre recèle par-devers lui sa part d’enfance, ses blessures secrètes, tente de réprimer ses troubles émotions et ses obscurs sentiments, l’Autre doit comme tout un chacun apprendre à devenir soi, et s’adonner à je ne sais quelle optimisation de sa personne, l’Autre-cet- inconnu cultive donc son petit jardin secret, mais oui, bien sûr, tout cela je le sais depuis longtemps, je ne suis pas tombée de la dernière pluie. Je lis des livres et des magazines féminins. Vaines paroles, lieux communs sans partage, qui ne procurent aucune consolation.

    […] Tous les couples se conforment à des règles et des usages, généralement implicites. Non ? C’est une sorte de contrat tacite qui unit deux êtres, quelle que soit la durée de cette union. Je parle de ces combines plus ou moins grossières que l’on fomente, à deux, sans jamais les formuler. Des accommodements avec le réel, oui, par exemple avec la vérité même.                              

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 15:05

 

Publié aux éditions de La Part Commune et illustré par un Jean-Yves André, ce recueil de poésie d’Olivier

cousin est le second que je lis et sûrement pas le dernier. Cette fois le poète nous convie à une balade Sous [le] ciel sans paupière (Quel titre magnifique ! ) du bassin méditerranéen en commençant par Le Latium, la Campanie, la Toscane et la Sicile :

« Le tour de la ville vacille dans la lumière

Un chemin m’éloigne dans les collines

Plantées d’arbres verts et cendre

Des voix montent de l’oliveraie

Deux hommes trop loin

Dont l’italien s’échange à pleines mains »

La balade se poursuit en Crète :

« Assis sur une colonne sous le soleil ardent

–un fou a déchiré les nuages un à un_

Je consulte le dieu des sept erreurs

Aurait prévu de rester aux abonnés absents

Au moins jusqu’en 2022 »

 

Et le voyage se poursuit dans les îles ioniennes et dans le Péloponnèse :

« La réponse ne figurait pas hier

Dans la tribune hellénique achetée à Nauplie

Au café une étincelle jaillit de ma tasse

J’aimerais être Henri Schliemann

Pour apprendre au patron qu’Agamemnon

Le géant de Mycènes trahi par les siens

Est devenu autre chose que le gérant ventripotent

Dans un restaurant pour touristes et groupes scolaires »

 

La balade se poursuit en Turquie du côté de Bodrum avant de remonter vers l’Andalousie où j’ai trouvé cette pépite :

 

Les chemins andalous

Le soleil est mal accroché au ciel

Parfois il se montre bon envers les hommes

Parfois rien ne va sur les chemins qu’il trace pour eux

 

Je laisse mes yeux traîner

Sur les quatre domaines du vent

J’ai suspendu ma veste au seul nuage qui passe

 

Le sol est rougi de tant de sang,

De honte et d’orgueil, que là

Poussent des arbres à sève hautaine

 

J’avance pensant sans cesse

à ceux qu’on a couchés au bord du chemin :

Paysans, poètes, journaliers ou bandits

 

Et ce sont ces chemins

Qui me marchent à travers le cœur.

Grenade Cordoue, avril 2008

 Une belle balade poétique que je vous recommande chaudement en ce 20e printemps des poètes entre giboulées et coups de vent.

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 09:51
3 raisons / 3 mn par Lucie, 4D

L’ouvrage “La guerre de Catherine” a été écrit en 2012 par Julia Billet. Je ne connais aucune autre oeuvre de cette auteur. Cette bande dessinée est, à l’origine, un roman écrit en français. L’illustratrice se nomme Claire Fauvel.

Les thèmes abordés dans cette bande dessinée sont :

  • l’organisation de la fuite des enfants juifs par un réseau de résistants,

  • l’abandon de son identité et de ses relations avec ses parents pour survivre,

  • le pouvoir de l’art, la photographie dans cet ouvrage pour tenter de s’évader de cette tragédie.

Une phrase m’a marqué :

“A moins que ce soit l’image qui m’ait trouvée” car je la perçois comme le fil conducteur de l’histoire.

 

A la page 101, voici un extrait :

 

A son regard, nous comprenons immédiatement que nous allons devoir partir, une fois de plus.

 

La femme du photographe est venue nous dire qu’il y avait eu des dénonciations et que les Allemands allaient arriver.

 

    “C’est un soldat qui l’a prévenue, il a laissé ce mot pour toi”.

 

    “ Prenez soin de vous, vous allez nous manquer”.

 

Même chez les Allemands il y a des gens qui se battent contre la guerre.

 

C’est forcément le signe qu’ un jour cette folie cessera.

 

Le personnage principal se nomme Rachel, elle essaye de fuir les Allemands pour ne pas se retrouver dans les camps de concentration.

 

Les parents de Rachel l'ont envoyé à la maison des Sèvres. Elle se fait des amis et elle découvre une passion : la photographie. Mais elle est obligée de quitter son internat pour échapper aux rafles allemandes. Elle passe de familles en familles ; elle a reçu l’ordre de veiller sur une petite fille durant tout le temps de la guerre.

 

J’ai aimé cette bande dessinée car elle est simple à lire et qu’elle propose un point de vue différent sur cette période historique et la vie d’enfants juifs tentant d’échapper aux rafles.

 

Les actualités du moment (profanations de cimetières juifs, tags honteux sur les commerces) nous font comprendre l’importance de ces récits. Ils nous permettent de rester vigilants, de nous souvenir afin de faire face aux discours et propos racistes.

Thomas F 4C

Collage d'images de Zéna, 4D

L’auteure s’appelle Julia Billet et l’illustratrice s’appelle Claire Fauvel. L’auteure s’est inspirée d’une histoire vraie.  Le récit est écrit en français. Ce livre est une BD (bande dessinée).

 L’histoire se déroule pendant la seconde guerre mondiale :  une jeune fille juive appelée Rachel change de lieu et d’identité pour se cacher des Allemands. Le nom de la nouvelle identité de Rachel est Catherine, pendant son voyage, elle rencontre Alice, qui devient son amie.

L’histoire me rappelle le film « Joyeux Noël »  car l’histoire se passe lors d’une guerre mondiale. Je me rappelle du cours d’histoire en CM2 qui parlait d’un livre de la seconde guerre mondiale. Je me rappelle d’avoir visité le mémorial de Caen en primaire.

J’ai ressenti de la joie pour Catherine en lisant ce livre. L’histoire était superbe, les intentions de l’auteur sont de montrer comment les juifs se démenaient pour survivre à l’antisémitisme.

La note que je donne au livre est de 5 étoiles car il m'a vraiment plus.

Mon quiz https://www.babelio.com/quiz/44711/La-guerre-de-Catherine

Léo, 4C

« La guerre de Catherine » est une bande dessinée adaptée du roman de la même auteure, Julia Billet, et illustrée par Claire Fauvel.

J'ai beaucoup aimé ce livre car il évoque les années noires de la France.

De plus, il raconte une histoire originale, celle d'une jeune photographe de guerre. J'ai trouvé ce livre très intéressant car il parle d'une « cavale » d'une jeune fille juive lors de l'instauration du port obligatoire de « l'étoile jaune ». Ce livre est émouvant car on voit que, même pendant la guerre, on peut vivre sa passion et, dans le cas du livre, la mettre à profit pour pouvoir se souvenir de ce qui s'est passé.

« Pingouin, le mari de la directrice, m'a prêté un Rolleiflex lorsqu'il m'a nommée responsable de l'atelier photo. Depuis, je ne m'en sépare plus. J'adore regarder le monde à travers le viseur. D'un clic, arrêter le temps. Il m'a surprise un jour que je regardais ses appareils photo dans leur vitrine. Aujourd'hui, c'est moi qui suis responsable de la clé de l’armoire vitrée. Pingouin m'a transmis sa passion. Lui est incapable de prendre une photo depuis qu'il a été fait prisonnier, au début de la guerre. Son regard est encore trop plein des cris et de la terreur de ces derniers mois. Il s'occupe désormais de l'association qui fait vivre l'école, et je suis sûre qu'il fait partie d'un réseau de résistance. »

Téo, 4C

Nuage de mots par Ambre, 4C

BILLET Julia, FAUVEL Claire, La Guerre de Catherine (BD)
Le nuage de mots de Thomas F, 4C

Le nuage de mots de Thomas F, 4C

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