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3 juillet 2020 5 03 /07 /juillet /2020 09:37

Ce texte est une autobiographie co-écrite par la jeune pakistanaise prix Nobel de la paix 2014, Malala et par Patricia McCormick  qui a aidé à adapter pour un public de jeunes lecteurs une précédente autobiographie,   Moi, Malala, je lutte pour l'éducation et je résiste aux talibans, de Christina Lamb et Malala Yousafzai, publié chez Calmann-Lévy, en

"Je ne lève pas la voix pour pouvoir crier, mais pour que ceux qui n’ont pas voix puissent être entendus, ceux qui se sont battus pour leurs droits :
Leur droit de vivre en paix.
Leur droit à être traité avec dignité.
Leur droit à l’égalité des chances.
Leur droit à l’éducation.

Le 9 octobre 2012, les talibans ont tiré une balle dans le côté gauche de mon front. Ils ont tiré sur mes amies également. Ils ont pensé que les balles feraient taire. Mais ils ont échoué.

Et voilà que, de ce silence se sont élevées des milliers de voix. Les terroristes pensaient qu’ils pourraient changer nos objectifs et mettre fin à nos ambitions, mais rien n'a changé dans ma vie, sauf ceci : la faiblesse, la peur et le désespoir sont morts. La force, la puissance et le courage sont nés. Je suis la même Malala. Mes ambitions sont les mêmes. Mes espoirs sont les mêmes. Mes rêves sont les mêmes.

Un enfant, un professeur, un crayon, un livre peuvent changer la monde."

En somme, une autobiographie à lire et faire lire au collège ou après car elle est édifiante.

 

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28 juin 2020 7 28 /06 /juin /2020 11:19

Soie est roman publié en 1996 et paru en français en 1997, la même année que Novecento : Pianiste que j'ai beaucoup aimé et 18 ans avant Trois fois dès l'aube.

 

Dans ses premières pages, l'auteur présente son héros de façon poétique, certes mais peu engageante quand on commence un roman : "C’était au reste un de ces hommes qui aiment assister à leur propre vie, considérant comme déplacée toute ambition de la vivre.

On aura remarqué que ceux-là contemplent leur destin à la façon dont la plupart des autres contemplent une journée de pluie."

Le sujet, son titre le dit, est la soie : en 1860, Hervé Joncour de Lavilledieu est incité par un étrange personnage aussi ingénieux que généreux nommé Baldabiou à  faire le commerce de vers à soie afin d'approvisionner les sériciculteurs locaux. Il s'approvisionne d'abord en Afrique du nord mais voilà qu'une maladie, la prébine tue les œufs. Baldabiou n'est pas en reste, il conseille à Hervé Joncour d'aller chercher les vers à soie au Japon. Les allers-retours au Japon éloignent chaque année quelques mois Hervé Joncour de sa compagne Hélène. Là-bas, Hervé Joncour achète des œufs de vers à soie à Hara Key dont la jeune maitresse l'intrigue et le fascine. Mais voilà que Pasteur parvient à éradiquer la prébine et qu'au Japon une guerre se déclare.

Dans ce roman, le merveilleux glisse sur le réel comme un voile de soie jusqu'à ce qu'il ne reste plus à Hervé Joncour qu'à cultiver son jardin.

"Le dimanche, il allait jusqu’au bourg, pour la grand-messe. Une fois l’an, il faisait le tour des filatures, pour toucher la soie à peine née. Quand la solitude lui serrait le cœur, il montait au cimetière, parler avec Hélène. Le reste de son temps s’écoulait dans une liturgie d’habitudes qui réussissait à le défendre du malheur. Parfois, les jours de vent, Hervé Joncour descendait jusqu’au lac et passait des heures à le regarder, parce qu’il lui semblait voir, dessiné sur l’eau, le spectacle léger, et inexplicable, qu’avait été sa vie."

J'ai préféré Nocecento : Pianiste et Trois fois dès l'aube car je trouve que dans Soie, l'exercice de style est un peu trop visible. Soie reste quand même une belle découverte.

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24 juin 2020 3 24 /06 /juin /2020 18:49

Paru en 2011, ce roman m'avait à l'époque attirée et révulsée. Il est des époques de la vie où certains livres heurtent et sont inaccessibles.


Je viens maintenant de le finir. En refermant ce livre, c'est une famille nombreuse qu'il faut quitter, une famille meurtrie par les disparitions prématurées, les secrets trop bien gardés, les séquelles, les non-dits et la résilience. Delphine de Vigan dresse ainsi un vaste panorama de sa famille et plus largement de la famille de sa mère Lucile. Mais cela conduit à s'interroger sur l'écriture elle-même et c'est aussi ce qui fait l'intérêt de ce récit : "Ai-je pris à ma charge, sans le savoir, le désir de Lucile ? Je ne sais pas. Lorsque j’ai publié pour la première fois, je n’ai pas eu le sentiment d’accomplir quelque chose dont elle avait rêvé ni d’être dans le prolongement d’une démarche inaboutie ou inachevée. Lors des échanges que nous avons pu avoir, Lucile n’a jamais établi aucun lien, ni opposition, entre mon désir d’écrire et le sien, et a gardé secrètes la plupart de ses tentatives de publication. Il me semble, pour elle comme pour moi, qu’il s’agissait d’autre chose. [...] Aujourd’hui, ma sœur et moi seules avons accès aux textes de Lucile, à leur douleur et à leur confusion.

 Ces textes me rappellent à l’ordre et me questionnent sans cesse sur l’image que je donne d’elle à travers l’écriture, parfois malgré moi. Lorsque j’écris sa renaissance, c’est mon rêve d’enfant qui ressurgit, ma Mère Courage érigée en héroïne : « Lucile laissa derrière elle ses heures parmi les ombres. Lucile, qui n’avait jamais pu monter à la corde, se hissa hors des profondeurs, sans que l’on sût véritablement comment, en vertu de quel élan, de quelle énergie, de quel ultime instinct de survie. » À la relecture, je ne peux ignorer la mère idéale qui plane malgré moi sur ses lignes. Non contente de s’imposer sans que je la convoque, la mère idéale s’écrit dans un lyrisme de pacotille."

Le titre est issu de la chanson Osez Osez Joséphine d'Alain Bashung, une chanson qui va bien à l'héroïne Lucile.

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 10:35

Dans le hall d’un hôtel, vers quatre heures du matin, alors que le concierge dort, une femme entre. Elle porte une robe de soirée jaune et semble un peu perdue. Sur un fauteuil un homme attend. Le dialogue s’engage, la femme s’obstine à retenir cet homme qui pourtant veut aller travailler : il fabrique et vend des balances ...

De nouveau dans un hall d’hôtel mais moins classe, une nuit, le concierge voit arriver un couple : la fille lui paraît bien jeune et jolie quoique fatiguée mais son compagnon semble rustre et violent. Il leur attribue une chambre mais la jeune femme redescend soit disant pour chercher des serviettes. Elle parle avec le concierge, lui demande de raconter sa vie et s’attarde mais son compagnon s’impatiente. Elle continue pourtant ...

Enfin dans la troisième histoire, encore une nuit dans un hôtel, on retrouve l’homme de la première histoire mais qui est encore enfant. Échapper à l’incendie et ses parents sont décédés dans l’incendie. Une policière est chargée de le garder pour la nuit dans un hôtel miteux. Elle prend pitié et décide de partir avec l’enfant pour lui offrir un refuge plus digne et plus heureux.

Ces trois histoires constituent un ensemble intitulé Trois fois dès l'aube et il se trouve que c'est le récit d'un personnage,  l'Anglo-indien Akassh Narayan  dans Mr Gwyn, publié en 2011. Ces trois histoires tressent des récits dont les personnages, les situations et les lieux se répondent sans être les mêmes. L’auteur parvient alors à nous jouer ce tour de force qui consiste à nous entraîner dans ses histoires sans pour autant nous faire oublier qu’il en est le prestidigitateur. Sa baguette magique une écriture souple, précise, élégante autant que je puisse en juger d’après la traduction de Lise Caillat.

Extrait  choisi :

C’était un hôtel, d’un charme un peu suranné qui avait su probablement, par le passé, tenir certaines promesses de luxe et de raffinement. Par exemple, il avait une belle porte à tambour en bois, un détail toujours propice aux fantasmes.

C’est par là qu’une femme entra, à cette heure étrange de la nuit, apparemment perdue dans ses pensées, à peine descendue d’un taxi. Elle portait juste une robe du soir jaune, plutôt décolletée, sans l’ombre d’un châle sur les épaules : cela lui donnait l’air intrigant de ceux à qui il est arrivé quelque chose. Il y avait une élégance dans ses mouvements, mais on aurait dit aussi une comédienne regagnant les coulisses, libérée de la contrainte du jeu et renouant avec une partie d’elle-même, plus sincère. Ainsi elle avait une manière précise de poser ses pas, un peu fatiguée, et de tenir son minuscule sac à main, prête à le lâcher. Elle n’était plus très jeune, mais ça lui allait bien, c’est le cas parfois des femmes qui n’ont jamais douté de leur beauté.

Dehors, régnait cette obscurité qui précède l’aube, ni la nuit ni le matin.

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1 juin 2020 1 01 /06 /juin /2020 13:26

Sous-titré  " La Merveilleuse Histoire du général Johann August Suter", L'Or est le premier roman de Blaise Cendrars.

Publié en 1924, il raconte l'histoire vraie de Johann August Suter, qui en mai 1834 abandonne sa femme et ses quatre enfants dans le comté de Bâle en Suisse. Âgé de 31 ans, Il part sans un sou en poche et prend un bateau qui le conduit en Amérique. Pendant deux ans, il pratique de multiples petits métiers et se crée un réseau d'aventuriers et de commerçants grâce auxquels il s'informe sur les moyens d'atteindre l'Ouest. La traversée de l'Amérique d'Est en Ouest renvoie pour le lecteur moderne aux multiples images de westerns vus à la télé ou au cinéma.  Parvenu à Santa Fé, il apprend l'existence d'une autre région bien plus à l'Ouest, une région qui irrémédiablement l'attire. Il repart vers cette région, aujourd'hui la Californie, En chemin il s'arrête à Honolulu où il s'attache une équipe de travailleurs Canaques. Avec eux, il gagne la Californie où il obtient d'importantes concessions de la République de Mexico. Il nomme son domaine La Nouvelle Helvétie et mets en place agriculture et élevage puis construit moulins, ponts, routes, ... Suter devient multimillionnaire et parvient habilement à repousser les attaques. Il envoie de l'argent en Suisse et fait venir sa femme et ses enfants.

Extrait :

"La Nouvelle-Helvétie prenait tournure. Les maisons d’habitation, la ferme, les principaux bâtiments, les réserves de grains, les dépôts étaient maintenant entourés d’un mur de cinq pieds d’épaisseur et de douze pieds de haut. A chaque angle s’élevait un bastion rectangulaire muni de trois canons. Six autres pièces défendaient l’entrée principale. La garnison permanente était de 100 hommes. En outre, des patrouilles et des rondes parcouraient toute l’année l’immense domaine. Les hommes de troupe, racolés dans les bars d’Honolulu, étaient mariés à des femmes californiennes qui les accompagnaient dans tous leurs déplacements, portant le bagage, pilant le maïs et fabriquant les balles et les cartouches. En cas de danger tout ce monde se rabattait sur le fortin et venait renforcer la garnison. Deux petits bateaux armés de canons étaient à l’ancre devant le fort, prêts à remonter soit le Rio de los Americanos, soit le Sacramento.

Les directeurs des moulins, des scieries où se débitaient les arbres géants du pays, des innombrables ateliers, étaient pour la plupart des charpentiers de bord, des timoniers ou des maîtres d’équipage que l’on faisait déserter des voiliers en escale sur la côte en leur promettant une solde de cinq piastres par jour.

Il n’était pas rare de voir des Blancs venir se présenter à la ferme, attirés par la renommée et la prospérité de l’établissement. C’étaient de pauvres colons qui n’avaient pas su réussir seuls, principalement des Russes, des Irlandais, des Allemands. Suter leur distribuait des terres ou les employait selon leurs capacités.

Des chevaux, des peaux, du talc, du froment, de la farine, du maïs, de la viande séchée, du fromage, du beurre, des planches, du saumon fumé étaient journellement embarqués. Suter expédiait ses produits à Van Couver, à Sitka, aux îles Sandwich, et dans tous les ports mexicains et sud-américains ; mais il approvisionnait surtout les nombreux navires qui venaient maintenant jeter l’ancre dans la baie.

C’est dans cet état de prospérité et d’activité que le capitaine Frémont trouva la Nouvelle-Helvétie quand il descendit des montagnes après sa mémorable traversée de la Sierra Nevada. Suter s’était porté à sa rencontre avec une escorte de 25 hommes splendidement équipés. Les bêtes étaient des étalons. L’uniforme des cavaliers, d’un drap vert sombre relevé d’un passepoil jaune."

Mais, alors qu'il est installé depuis près de dix ans,  il suffira d'un coup de pioche d'un charpentier pour que tout l'édifice s'écroule. C'est que ce coup de pioche a provoqué la découverte d'un gisement d'or sur les terres de Suter. Alors, on assiste à la corruption de tous ceux qui jusque-là travaillaient en bonne entente sur le domaine et à l'invasion incontrôlée et incontrôlable du domaine par des chercheurs d'or venus du monde entier.  Une ville naît, San Francisco, Suter est proclamé général mais spolié de tous ses biens. San Francisco est rattachée aux États-Unis, Suter a tout perdu.    

Cette histoire est donc une histoire vraie mais Cendrars lui donne une dimension largement plus intéressante, ce roman prend en effet la dimension d'une tragédie ou au moins d'un apologue.   

   

 

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 18:51

Ce récit faisait partie de la liste des titres retenus pour le Goncourt à l'automne dernier. Je ne l'avais pas lu à cette époque. Je viens de le finir. Est-ce un roman ? Il me semble que non, c'est l'histoire du grand-père de l'auteur, Vicente, qui rejetant  à la fois sa nationalité polonaise et sa judéité, avait quitté l'Europe pour vivre en Argentine où il s'était installé sans se soucier de sa mère et de son frère restés en Pologne :

 

"Vicente avait été un homme installé : quarante ans, marié, deux filles et un fils, des amis, un magasin qui marchait, une ville qui ne lui était plus étrangère. Il avait été un homme comme plein d’autres hommes, heureux et malheureux, chanceux et malchanceux, vif, fatigué, présent, absent, souvent insouciant, parfois passionné, rarement indifférent. Il avait été un homme comme tant d’autres hommes, et soudain, sans que rien n’arrive là où il se trouvait, sans que rien ne change dans sa vie de tous les jours, tout avait changé. Il était devenu un fugitif, un traître. Un lâche. Il était devenu celui qui n’était pas là où il aurait dû être, celui qui avait fui, celui qui vivait alors que les siens mouraient. Et à partir de ce moment-là, il a préféré vivre comme un fantôme, silencieux et solitaire."

En effet, lorsque la guerre se déclare, que sa mère est enfermée de même que son frère, dans le ghetto de Varsovie, Vicence se mure à son tour dans son "ghetto intérieur", cessant de parler, de s’intéresser même à sa famille et dilapidant son argent aux jeux. A Buenos Aires il ne reçoit pourtant que des nouvelles parcellaires par le courrier et les journaux mais cela suffit à le tourmenter, il se sent coupable, d'avoir aimer la culture allemande dans sa jeunesse, de n'avoir pas insisté pour que sa mère le rejoigne, d'avoir renié sa judéité.

Pour pallier le manque d'informations précises de son héros, le narrateur  énonce parfois les épouvantes réalités, les terribles chiffres qu'il faut en effet rappeler et faire entendre pour éviter autant que possible le retour cyclique que redoutent Pythagore comme Borges.

"De la même manière que la plupart des Argentins, quarante ans plus tard dans cette même ville de Buenos Aires, allaient refuser de croire que la dictature militaire avait fait des milliers de disparus, les gens, en Allemagne, en Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Roumanie, dans les pays baltes, en Crimée, en Ukraine, en Russie, comme partout dans le monde, préféraient ne pas parler, ne pas savoir. Tout le monde préférait ne pas parler de cette horreur pour une raison élémentaire et intemporelle : parce que l’horreur crue de certains faits permet toujours, dans un premier temps, de les ignorer."

Cela suffit à rendre à ce récit nécessaire mais j'ai du mal à le considérer comme un roman malgré la présentation éditoriale.

 

.

 

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 18:21

Zéna, 4

 

Extrait  choisi :

"Toute la nuit Tippi et moi on dort les bras

enroulés l’une autour de l’autre comme des cordes.

J’ai le visage enfoncé dans son cou

et elle se réveille de temps en temps

pour m’embrasser le haut de la tête.

Quand les oiseaux commencent à chanter,

quand le ciel vire au rose nectarine,

on reste là à se regarder,

trop fatiguées pour pleurer.

Tippi frotte son nez contre le mien.

‘Ça va bien se passer, dit-elle.

Et même si ça ne se passe pas bien, ça ira.’"

3 raisons / 3 mn d'Alexiane, 4C

 

3 raisons; 3 mn de Gwen, 4C

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 09:17

Je me suis laissé séduire par le titre, plein de promesse et par le sujet, l'amitié entre deux hommes qui ont marqué le XXe siècle, Marx et Engels. Comment interpréter le titre ? Est-ce à dire que dans la relation de ces deux hommes bat le cœur du monde et que son avenir en dépend ? Ce serait faire peu de cas de quelques autres grands noms qui ont pu incarner le cœur battant du monde. Mais surtout ce qui frappe dans ce roman, c'est qu'il retient de ces deux hommes la petite histoire, la vie privée, les motifs de scandale : Marx a eu un fils de la bonne de sa femme, une comtesse, Engels pourvoyait à tous ou presque les besoins matériels de Marx et de sa famille, Engels était en ménage avec une ouvrière d'origine irlandaise après l'avoir été avec sa sœur à moins qu'ils n'aient fait ménage à trois comme le dit le roman ... A vrai dire, malgré l'impressionnante somme documentaire consultée par l'auteur pour écrire ce roman, je trouve qu'il déçoit en focalisant sur les scandales de la vie privée quand il y a tant à dire.

Toutefois l'arrière-plan historique m'a bien plu : on découvre l'Angleterre industrieuse, complètement dépendante de la culture du coton en Amérique à tel point que la guerre de Sécession en Amérique provoque une terrible crise économique, les filatures et les teintureries fermant à tour de rôle. On découvre ensuite la reprise économique tout aussi soudaine lorsque les Nordistes américains ont vaincu les Sudistes. L'exode des irlandais victime du mildiou qui les a menés à la famine, puis à la misère dans les banlieues de Londres, leur engagement dans la guerre de Sécession, leur retour ensuite pour réclamer l'indépendance de l'Irlande sont des sujets forts intéressants et plutôt bien traités dans ce roman. Les personnages de pure fiction que sont Malte, Charlotte et dans une certaine mesure Freddy et les personnages historiques de 2nd plan comme Lydia ou Tussy tiennent en haleine le lecteur. En somme, le caractère le plus romanesque.

"La victime n’est qu’une pauvre fille. Ses bras sont secs et minces. Ses jambes ont si peu de gras qu’il sent les os à la moindre pression des doigts. Elle mange moins qu’à sa faim et fait plus que son corps.

Extrait du début du roman :  "Malte lui murmure qu’il va l’aider, qu’elle ne doit pas s’inquiéter. Il sait qu’en plaçant bien sa voix, au point subtil logé au fond de chaque patient, entre la confidence et l’ordre, il peut faire des miracles. La médecine commence là. Par le ton et le timbre. Les mots tuent, c’est connu. Ils peuvent aussi guérir quand ils sont bien dits.

La victime ouvre les yeux. Elle est déboussolée et cherche mollement du secours, dans le regard, dans la main de Malte. Elle ouvre à peine la bouche. Le choc a dû être frontal. Elle avait la tête dans l’estrade quand on l’a sortie de là.

« Il lui faut un peu d’air », rappelle le docteur.

Le policier sait faire. Il écarte les curieux. Des femmes râlent qu’on les prive des suites de cette affaire.

Malte se tourne vers le jeune policier.

Sa voix devient plus grave.

« Aidez-moi ! »

Le policier plante son récit et s’accroupit près de lui.

« J’dois faire quoi ?

– Tenez bien ses jambes, dit Malte. Bien droites, bien alignées. »

Malte cale la tête de la victime entre ses genoux. Une femme se retourne, indignée par la position du docteur dont l’entrejambe est collé au crâne de cette pauvre fille.

Malte place ses doigts autour de son nez dont le sang ne coule plus. Il le pince. La fille happe l’air comme un poisson sur la table de la cuisine. Elle jette des yeux fous autour d’elle, sans pouvoir bouger la tête. Malte serre ses doigts. Il sent le point de fracture. De sa main libre, il fouille son gilet et sort un portemine en métal, long, étroit. Il fait coulisser la bague qui retenait sa mine, laisse tomber le bâton de graphite et lui enfonce le tube métallique dans la narine.

Avec la chevalière qu’il porte à l’index et le tube creux qu’il enfonce de l’autre main, Malte fait masse autour du nez cassé. Il serre comme un étau. Redresse. Encore. Encore un peu jusqu’à ce qu’un craquement retentisse. La victime a perdu connaissance. Malte se relève en secouant ses poignets couverts de griffures. C’est le métier. Il y est habitué. Les patients font ce qu’ils peuvent pour dévier la douleur.

La pauvre. Ce qu’elle vient de subir n’est rien comparé à ce qui l’attend."

 

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 17:45

Qu'est-ce qui rapproche un pirate de la Mer du Nord mort il y a 600 ans ; un militant qui attend le 31 mars

l'éclosion des roses d'Atacama ; un instituteur exilé qui rêve de son pays et se réveille avec de la craie sur les doigts ; un italien arrivé au chili par erreur, heureux à cause d'une énorme erreur et qui revendique le droit de se tromper ; un bengali qui aime les bateaux et les amène aux chantier où ils seront détruits en leur racontant les beautés des mers qu'ils ont sillonnées ?
Peut-être cette frontière fragile qui sépare les héros de l'Histoire des inconnus dont le nom restera dans l'ombre. Leurs pas se croisent dans les pages de ce livre. Voici, riche d'une humanité palpable, dans un style direct et incisif, toutes ces vies recueillies par un voyageur exceptionnel, capable de transformer la tendresse des hommes en littérature. ( Présentation de l'Edition 2001)

Ce livre est un effet un voyage dans le monde de Luis Sepulveda, dans la multiplicité des contrées qu'il a sillonnées non  pas vraiment à la découverte des terres, des paysages ou monuments mais toujours à la découverte des hommes. Souvent ceux qu'ils croisent sont des êtres exceptionnels qui pourtant vivent sans se distinguer des autres, ils ont combattu les régimes autoritaires, résisté, supporté la torture et relevé la tête. Ce livre est un monument à la gloire de ces hommes perdus dans la multitude, c'est une aussi une alerte, la folie des totalitarisme n'est jamais loin, l'Europe en particulier se laisse gagner par le néo nazisme. 

Voici un extrait qui illustre le propos mais aussi la magnifique écriture de l'auteur :

"Tout près du cimetière nous étendîmes nos sacs de couchage et nous nous mîmes à fumer et à écouter le silence, le murmure tellurique de millions de pierres qui, réchauffées par le soleil, éclatent imperceptiblement sous la violence du changement de température. Je me rappelle que je m’endormis fatigué d’observer les milliers d’étoiles qui illuminaient la nuit du désert, et qu’à l’aube du 31 mars mon ami me secoua pour me réveiller.

Les sacs de couchage étaient trempés. Je demandai s’il avait plu, Fredy répondit que oui, il était tombé une pluie douce et fine comme presque tous les 31 mars à Atacama. En me redressant je vis que le désert était rouge, d’un rouge vif, couvert de minuscules fleurs couleur de sang.

— Les voilà. Les roses du désert, les roses d’Atacama. Les plants sont toujours là, sous la terre salée. Les gens d’Atacama les ont vues, et les Incas, les conquistadors espagnols, les soldats de la guerre du Pacifique, les ouvriers du nitrate. Elles sont toujours là et fleurissent une fois par an. À midi, le soleil les aura calcinées, dit Fredy en prenant des notes dans son carnet.

Ce fut la dernière fois que je vis mon ami Fredy Taberna. Le 16 septembre 1973, trois jours après le coup d’état militaire fasciste, un peloton de soldats le conduisit en rase campagne aux environs d’Iquique. Il pouvait à peine bouger, ils lui avaient cassé plusieurs côtes et un bras, il ne pouvait presque plus ouvrir les yeux car son visage n’était plus qu’un hématome.

— Pour la dernière fois, vous vous déclarez coupable ? demanda un lieutenant du général Arellano Stark, lequel assistait à la scène.

— Je me déclare coupable d’être un dirigeant étudiant, d’être un militant socialiste et d’avoir lutté pour défendre le gouvernement constitutionnel, répondit Fredy.

Les militaires l’assassinèrent et enterrèrent son corps dans un endroit secret du désert. Des années plus tard, dans un café de Quito, un autre survivant de l’horreur, Ciro Valle, me raconta que Fredy reçut les balles en chantant à pleins poumons La Marseillaise socialiste.

Vingt-cinq ans ont passé. Neruda a peut-être raison quand il dit : « Nous, ceux d’alors, nous ne sommes plus les mêmes », mais au nom de mon camarade Fredy Taberna je continue de noter les merveilles du monde dans un carnet à couverture cartonnée."

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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 17:42

Lire en cette période de confinement Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, œuvre couronnée par le prix

Médicis essai 2011, est une étrange expérience. Dès les premières lignes, nous voilà prévenus : "Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de routes d’accès, parfois, une visite. L’hiver, des températures de –30 °C, l’été des ours sur les berges. Bref, le paradis.

J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste — l’espace, le silence et la solitude — était déjà là.

Dans ce désert, je me suis inventé une vie sobre et belle, j’ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J’ai regardé les jours passer, face au lac et à la forêt. J’ai coupé du bois, pêché mon dîner, beaucoup lu, marché dans les montagnes et bu de la vodka, à la fenêtre. La cabane était un poste d’observation idéal pour capter les tressaillements de la nature.

J’ai connu l’hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix.

Au fond de la taïga, je me suis métamorphosé. L’immobilité m’a apporté ce que le voyage ne me procurait plus. Le génie du lieu m’a aidé à apprivoiser le temps. Mon ermitage est devenu le laboratoire de ces transformations.

Tous les jours j’ai consigné mes pensées dans un cahier.

Ce journal d’ermitage, vous le tenez dans les mains."

Il s'agit donc de suivre jour après jour le récit de ce confinement à l'envers puisqu'il s'agit ici de vivre dehors ou presque, dans une cabane de bois, près du lac Baïkal et de la forêt de Sibérie  mais loin de l'humanité et de la civilisation juste présente grâce à la bibliothèque emportée par l'écrivain-ermite. C'est à la fois, en cette journée ensoleillée de Pâques en Bretagne, un dépaysement radical en Sibérie à -35° parfois et une communauté de destin, toutes raisons gardées,  avec ce retrait du monde que nous vivons l'un comme l'autre, hormis les réseaux sociaux que le numérique nous permet ici et pas près du lac Baïkal. 

Extrait choisi :  "8 avril

Tempête.

Tout ce qui reste de ma vie ce sont les notes. J’écris un journal intime pour lutter contre l’oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l’on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre : les heures coulent, chaque jour s’efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l’absurde.

J’archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l’existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée — à mieux écouter, à penser plus fort, à regarder plus intensément. Il serait désobligeant de n’avoir rien à inscrire sur sa page de calepin, le soir. Il en va de la rédaction quotidienne comme d’un dîner avec sa fiancée. Pour savoir quoi lui confier, le soir, le mieux est d’y réfléchir pendant la journée."

Je viens de découvrir qu'un film a été tiré de cet essai en 2016 !

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