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10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 13:43

Les Mal aimés, qui sont-ils dans ce roman ?

Je crois bien que ce sont tous les personnages. Dans cette histoire, il n’y a pas de place pour l’amour, ni pour la beauté. Juste de la jalousie, de l’envie, de la superstition, de la cupidité, de la culpabilité, de la vengeance. Tout cela est-il l’effet ou la cause d’une cruauté déjà ancienne mais jamais oubliée ? Le narrateur nous en rappelle de chapitre en chapitre des horreurs : des enfants condamnés au bagne pour des peccadilles ou pour des forfaits plus graves mais toujours causés par la misère, morts un ou deux ans après leur arrivée :

« Jean Marie Favre, date et lieu de naissance inconnus.

Jugé le 3 août 1880 pour mendicité.

Condamné à la correction jusqu’à ses 20 ans.

No d’écrou : 1629. 1,29 m à l’entrée.

Causes de la sortie : Décédé le 19 septembre 1881. ».

En cette fin du XIX dans la vallée de Vailhauquès l’humanité semble avoir déserté le monde. Le curé rêve de créer un nouveau bagne, l’instituteur confie des bébés indésirés à la Cruere, une immonde marâtre qui n’a rien à envier à la Thénardier et le docteur noie son désespoir dans l’alcool, incapable de sauver qui que ce soit : au secours, docteur Rieux ! Si Victor Hugo ne se dresse pas dans sa tombe en lisant cela, c’est qu’il est déjà mort.

Or et c’est le plus grand mérite de ce roman je crois, l’auteur dresse de chaque personnage un portrait si finement ciselé que malgré la monstruosité, il reste doté d’humanité. Comment alors oublier Alphonse, Léon, Ernest même et aussi Jeanne, Morluc, Étienne, Blanche et Gérault ? Même lorsqu’ils sont proches de l’animalité, le narrateur adopte leur point de vue ou les décrit par le regard d’un autre et ils restent des hommes, malmenés et fouettés par la misère. Alors on lit ce roman comme hypnotisé, sans espoir pourtant de rémission.

Heureusement, quelques belles descriptions de la nature apportent des respirations qui rendent l’horreur plus supportable :

« La chaleur accablante a vidé l’endroit de tous ses bruits, laisse régner le silence, un silence encore plus profond que celui provoqué par la clochette du bedeau lorsque le curé élève le saint sacrement en direction du ciel. Blanche se redresse sur les genoux, relève sa robe pour ne pas l’abîmer, puis avance d’un bon mètre, repose ses fesses sur ses talons. D’un geste de la main, elle retire les brins de paille collés à ses genoux. Elle fixe la nuée de grains de poussière virevoltant dans le rayon de lumière qui force la porte entrouverte. Dans cette myriade de minuscules étoiles éphémères, elle veut voir une image de la vie qu’elle ne connaît pas. L’espace d’un court instant, elle se dit que si le bonheur existe, il doit ressembler à ça. Une sorte de rêve inaccessible. Un rêve de gamine qu’elle a bien vite étouffé. » (p 15)

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7 avril 2019 7 07 /04 /avril /2019 13:51

Dans ce roman publié en mars 2019 en France mais déjà paru en 2016 en Turquie, Oran Pamuk prix Nobel

de littérature en 2006, jongle de façon étourdissante entre symboles, mythes, Orient, Occident, passé et présent, tradition et modernité, réalisme et merveilleux, réalité et apparence.  Alors que retenir de cette lecture ?

Que l'absence ou le rejet du père est une caractéristique de l'homme moderne ? Ou de l'homme occidental ? Ou les deux, moderne et occidental sont-ils indissociables ? 

Que les mythes induisent immanquablement nos actions ? c'est le cas pour Cem, adolescent sans père qui abandonne à la mort celui qui était pour lui le substitut du père et fait un enfant à la femme qui fut autrefois l'amante de son père. L'histoire d'Oedipe rejouée au XXIe siècle ! Mais c'est le cas aussi de son fils qui le tue d'une balle dans l’œil.  Une fatalité, dépourvue toutefois de noblesse : Cem découvre trente ans plus tard que Mahmut, le puisatier qui lui avait servi de substitut de père, n'est pas mort à cause de lui.  Le père de Cem, Akin, un pharmacien gauchiste a disparu mais ce n'est pas pour fuir une prédiction, plutôt pour retrouver une autre femme. Cem, lui-même est devenu un riche promoteur et son fils, Enver, qui lui a intenté un procès en reconnaissance de paternité est soupçonné de concupiscence. Or, au mythe grec d'Oedipe est associé à plusieurs reprises celui de Rostam qui dans "Le Livre des rois" tue sans préméditation son fils Sohrab. Sohrab est justement le nom que Cem et son épouse ont donné à leur société de promotion immobilière !  Alors, le fatalité a bon dos, non ?

Que les légendes ont fait long feu ? Cette femme aux cheveux roux qui a séduit le père de Cem et a fait un enfant avec Cem, c'est une figure de Jocaste mais fausse rousse, comédienne et souvent aguicheuse au théâtre, voilà une Jocaste qui sent le souffre ! 

Qu'Istanbul s'émancipe et se métamorphose ? Du terrain caillouteux où le puisatier et son apprenti s'évertuent à creuser un puits à la ville tentaculaire moderne, c'est aussi ce qu'observe la narrateur au cours de la trentaine d'années que dure l'histoire.

 

Extrait : L’essentiel de nos fonds passait dans l’achat de terrains ou de vieux immeubles dans des zones vouées à prendre de la valeur, soit pour investir, soit pour obtenir de nouveaux chantiers. Et lorsque j’achetais des parcelles vides en banlieue, j’avais le sentiment d’être comme ces sultans qui tâchent de tromper leur douleur de ne pas avoir d’héritier en annexant de nouvelles provinces à leur empire. Comme Istanbul, Sohrâb connaissait une croissance vertigineuse.

 

Nous fîmes équiper notre voiture d’un GPS. Les yeux fixés sur cet écran nous indiquant l’itinéraire, ma femme et moi nous rendions dans de nouveaux quartiers d’Istanbul qui nous étaient totalement inconnus, sur les collines d’où l’on apercevait les îles des Princes à l’horizon. Nous étions impressionnés par le rythme effréné de la croissance urbaine, mais au lieu de nous lamenter comme tant d’autres sur la destruction et la disparition de la vieille ville, nous accueillions ces nouveaux lieux comme d’heureuses opportunités d’affaires. Au bureau, Ayşe scrutait quotidiennement les annonces de ventes aux enchères judiciaires parues dans le Journal officiel ; elle suivait également la page « immobilier » du journal Hürriyet et d’autres sites.

(chapitre 32)

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27 mars 2019 3 27 /03 /mars /2019 20:17

Le livre de Jean-Jacques Karmann par ailleurs fondateur de la Gauche Communiste en 1997 et dont le titre est Rosa le retour est paru en février 2019. Il marque le centième anniversaire de la mort de Rosa Luxembourg. Il retrace le parcours de Rosa Luxembourg au travers d’éléments biographiques divers mais aussi en reprenant des articles rédigés par Rosa Luxembourg elle-même. Ce tableau montre que Rosa Luxembourg a mené tout au long de sa vie une réflexion et des actions politiques pour l’instauration d’une société qu’elle voulait socialiste et démocratique. Différentes photos accompagnent le texte dans ce livre : l’époque, les proches de Rosa, mais aussi les leaders politiques qui ont pu la côtoyer et bien évidemment Rosa Luxembourg.

 

Rosa Luxembourg a été emprisonné à plusieurs reprises elle poursuivra son action malgré tout en publiant en prison des écrits politique mais aussi en rédigeant un nombre important de lettres dont la lecture permet une meilleure appréhension de son action.

Rosa Luxemburg ou Roza Luksemburg est née le 5 mars 1870 ou 1871 en Pologne dans la ville de Zamosc, proche de la ville de Lublin, dans une famille juive de bourgeois aisés. A cette époque, le gouvernement de Lublin est une division administrative de l’Empire russe. Rosa a trois ans quand ses parents s’installent à Varsovie. En 1876, après une chute, un diagnostic de tuberculose osseuse sera fait. Rosa sera alors plâtrée et gardera le lit une année.  Lorsque le plâtre sera enlevé, Rosa aura une jambe plus courte que l’autre. Elle n’acceptera jamais ce handicap qu’elle conservera toute sa vie. Jusque l’âge de 9 ans, elle étudie chez elle. En 1880, elle rentre dans un lycée de jeune fille, dans lequel s’appliquait un quota pour les jeunes filles d’origine juive, réservé aux jeunes filles russes et de la noblesse polonaise. 

A Noel 1881, Rosa est témoin d’un pogrom qui dure plusieurs jours dans le ghetto juif de Varsovie. Ce pogrom sera un évènement marquant pour Rosa encore petite fille.

Rosa a une scolarité brillante et obtient d’excellents résultats aussi bien dans les matières scientifiques que littéraires. Elle parle le polonais, le russe, l’allemand et le français. Elle acquiert aussi de bonnes connaissances dans le domaine des religions, de la cosmographie, de la calligraphie, de la couture et du dessin. Très jeune, elle montre de l’intérêt pour la poésie et en particulier pour le poète polonais Adam Mickiewicz. Dès l’âge de 13 ans, elle écrit un poème révélant déjà une pensée politique.

Son engagement politique commence en 1887 avec les « jeunes marxistes du Prolétariat ». Menacée d’arrestation, elle quitte la Pologne et trouve refuge à Zurich en Suisse.  C’est à cette période qu’elle rencontre Léo Jogishes, juif lituanien, qui sera l’homme de sa vie. Après avoir envisagé de poursuivre sa formation en zoologie, botanique et mathématique, Rosa opte pour une thèse de doctorat en droit et sciences politiques. En 1898, avec l’accord de Léo, elle fait un mariage blanc avec un allemand, Gustave Lubke, ce qui permet à Rosa d’obtenir la nationalité allemande. Elle s’installe alors à Berlin et devient, le 24 mai 1898, membre du parti social-démocrate d’Allemagne.  L’intention de Rosa est d’influencer de l’intérieur l’Internationale ouvrière révolutionnaire. Si dans un premier congrès, elle peine à être reconnue, dès le congrès de l’internationale d’Amsterdam en 1904, elle apparait comme une femme dont les qualités seront utiles. Rosa mène alors un combat politique qui aura un rayonnement international.

Avant Lénine, elle s’oppose à la lutte contre le révisionnisme de la théorie marxiste. Elle s’oppose au réformisme et prône le maintien de la lutte de classe et la défense du marxisme révolutionnaire, la perspective étant l’effondrement du capitalisme. Elle considère qu’une démocratie véritable repose sur la dictature du prolétariat et milite pour l’emploi de tous les moyens du pouvoir politique pour l’édification du socialisme. « Sans volonté consciente et l’action consciente de la majorité du prolétariat, pas de socialisme », pense-telle.

Elle fait le choix d’une démocratie sociale opposée à une démocratie bourgeoise. Elle s’oppose à Lénine, considérant que la dictature d’une poignée de personnes n’est pas la voie d’une démocratie socialiste. De la même façon, sur la question de la nation, Rosa plus internationaliste sera plus proche des préceptes marxistes : Prolétaires de tous les pays, unissez-vous.

Le mouvement spartakiste qui nait en Allemagne à la fin de la première guerre mondiale s’oppose à la guerre avec le projet de développer des conseils à l’image des soviets en Russie. A la fin de l’année 1918, le parti communiste d’Allemagne est créé.  C’est dans ces temps troublés que Rosa participe à la rédaction du programme du parti communiste. Une révolution allemande éclate mais elle sera écrasée dans le sang en janvier 1919.

Le 15 janvier 1919 Rosa Luxembourg est arrêtée par des corps francs et elle est molestée, insultée et tuée de plusieurs balles à bout portant. Son corps a été jeté dans le canal qui traverse Berlin, il faudra attendre le 1er juin 1919 pour que son corps soit retrouvé.

Le lecteur trouve dans ce livre une ouverture déjà bien riche sur la culture marxiste.

Mais il brosse surtout le portrait de femme intelligente, libre, battante, comme on en lit rarement. Alors qu’on considère volontiers que les femmes commencent à peine et encore difficilement à échapper à leur relégation aux rôles subalternes, on voit avec Rosa Luxembourg en ce début XX e siècle, que l’intelligence et la volonté surmontent tous les handicaps.  Toutefois, ce qui est possible dans des combats extrêmes comme celui de Rosa Luxembourg, le serait-il dans le cadre d’ambitions plus largement répandues ?    

extrait d'un article de Rosa Luxembourg dans le journal L'Egalité dirigé par Clara Zetkin :

"Ainsi chaque année, chez les prolétaires, des milliers d’existences s’écartent des conditions de vie normales, de la classe ouvrière pour tomber dans la nuit de la misère. Elles tombent silencieusement, comme un sédiment qui se dépose sur le fond de la société : éléments usées, inutiles, dont le Capital ne peut plus tirer une goutte de plus, détritus humain qu’un balai de fer éjecte.

Brusquement le spectre horrible de la misère arrache à la société son masque de correction et révèle que cette pseudo honorabilité n’est que le phare d’une putain.

Aujourd’hui, il est solide encore, considéré, travailleur ; qu’adviendra-t-il de lui, si demain il est renvoyé parce qu’il aura atteint le seuil fatal des 40 ans au-delà duquel le patron le considère inutilisable ?

Chaque jour, les sans-abris s’écroulent, terrassés par la faim et le froid. Personne ne s’en émeut, seuls les mentionne le rapport de police. À bas l’infâme régime social qui engendre de pareilles horreurs !"

 

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24 mars 2019 7 24 /03 /mars /2019 21:59

Les Gratitudes est le dernier roman de Delphine de Vigan. Une fois encore, l’auteure nous plonge au cœur de la réalité même si un roman est une fiction ou peut-être d’autant mieux que le roman est une fiction.

 

Avec Michka c’est l’apprentissage de la déréliction que nous découvrons. Elle qui était correctrice dans une revue, la voilà atteinte d’aphasie. Or cette atteinte n’est pas nette, brutale et totale. Au contraire elle s’insinue : peu à peu les mots se déforment et puis peu à peu ils disparaissent laissant les phrases en suspens. Michka a bien conscience de l’irrémédiable perte. Jérôme son orthophoniste fait ce qu’il peut pour l’enrayer pourtant. Entre eux se tissent une relation humaine qui dépasse clairement les fonctions de Jérôme. Tout cela se passe dans un lieu qui ne laisse pas d’espoir de guérison puisqu’il s’agit d’un Epadh, lieu où l’attente "est une occupation à part entière."

Alors une fois toutes les gratitudes exprimées la perspective est toute tracée pour Michka.

Alors pourquoi lire un tel roman ? Pour l’humanité dont fait preuve l’auteure bien sûr. Pour la délicatesse de son écriture aussi. Ce n’est pas si facile d’écrire comme une aphasique ! Sous la plume de Delphine de Vigan, cela devient une nouvelle langue, une langue chargée de poésie.

Extrait choisi :

« Elle s’assied dans son fauteuil.

— Mais je n’arrive plus à dire, alors elle ne comprend pas. Même quand je suis dans le… la… elle… raboule comme ça.

— Vous voulez que j’en parle ?

— Non, non, surtout pas. Elle va être en colère. Et vous ? (Elle me scanne.) Vous avez l’air triste.

Les vieux sont comme les enfants, on ne peut rien leur cacher.

— Ah bon, vous trouvez ? Non, tout va bien je vous assure.

— Parler… c’est si diffus… ça fatigue, vous savez.

— Je comprends, Michka.

— L’autre jour… j’ai fait un… (elle fait un drôle de geste, d’une main, qui désigne sa tête), j’aimerais vous le dire… mais c’est trop loin.

— Un rêve ?

— Oui, mais méchant.

— Un cauchemar ?

— Oui, avec la… grande régimente… Elle voulait me… débarrasser.

— Vous êtes anxieuse, Michka, ces derniers temps, vous en avez parlé aux auxiliaires ?

— Non, je ne peux pas… Il ne faut pas montrer qu’on est friable, aux militaires… Surtout pas.

Elle tourne un peu dans sa chambre, puis elle revient vers moi.

— Je voulais vous dire…

— Oui.

— C’est le… Ce n’est plus ce que c’était, vous savez. Ça a beaucoup baissé… Et puis j’oublie les… Alors tout est… effaré… égaré. Ça me… fraie.

— Ça vous fait peur ?

— Oui. Mais… froid aussi.»

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23 mars 2019 6 23 /03 /mars /2019 17:11

Je viens de finir de lire Les Loyautés de Delphine de Vigan, un livre qu’elle a écrit récemment, en 2018 me semble-t-il.

C’est un roman qui me plonge dans la vie réelle de beaucoup de jeunes adolescents actuellement et dans la vie de nombreux couples de notre société : on y trouve Théo, un jeune garçon en perdition, enfant d’un père profondément déprimé et  sans emploi et d’une mère intransigeante et froide, devenue allergique à tout ce qui se rapporte à la vie de Theo quand il est chez son père. L’enfant passe une semaine chez l’un, une autre chez l’autre mais il ne peut faire strictement aucun lien. Au collège, il se fait discret et se lie à Mathis un garçon solitaire lui aussi. Ensemble ils prennent de dangereuses habitudes.
Mathis pourtant vit avec ses deux parents mais la famille vacille aussi : le père William alias Wilmor joue un étrange jeu et sa mère hésite entre révolte et culpabilité.
Entre ces personnages, il y a le personnel du collège, le principal, l’infirmière, les professeurs.  Lourdes responsabilités que les leurs face à ces familles en déréliction. Hélène, professeur principal sent bien que Theo va mal mais comment ne pas outrepasser ses droits ?
Ce court roman dont le titre insiste sur une valeur qui concerne tous ses personnages nous plonge tour à tour dans la conscience de chacun avec une très grande sensibilité et beaucoup d'humanité.

extraits choisis :

             Quiconque vit ou a vécu en couple sait que l’Autre est une énigme. Je le sais aussi. Oui, oui, oui, une part de l’Autre nous échappe, résolument, car l’Autre est un être mystérieux qui abrite ses propres secrets, et une âme ténébreuse et fragile, l’Autre recèle par-devers lui sa part d’enfance, ses blessures secrètes, tente de réprimer ses troubles émotions et ses obscurs sentiments, l’Autre doit comme tout un chacun apprendre à devenir soi, et s’adonner à je ne sais quelle optimisation de sa personne, l’Autre-cet- inconnu cultive donc son petit jardin secret, mais oui, bien sûr, tout cela je le sais depuis longtemps, je ne suis pas tombée de la dernière pluie. Je lis des livres et des magazines féminins. Vaines paroles, lieux communs sans partage, qui ne procurent aucune consolation.

    […] Tous les couples se conforment à des règles et des usages, généralement implicites. Non ? C’est une sorte de contrat tacite qui unit deux êtres, quelle que soit la durée de cette union. Je parle de ces combines plus ou moins grossières que l’on fomente, à deux, sans jamais les formuler. Des accommodements avec le réel, oui, par exemple avec la vérité même.                              

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13 mars 2019 3 13 /03 /mars /2019 15:05

 

Publié aux éditions de La Part Commune et illustré par un Jean-Yves André, ce recueil de poésie d’Olivier

cousin est le second que je lis et sûrement pas le dernier. Cette fois le poète nous convie à une balade Sous [le] ciel sans paupière (Quel titre magnifique ! ) du bassin méditerranéen en commençant par Le Latium, la Campanie, la Toscane et la Sicile :

« Le tour de la ville vacille dans la lumière

Un chemin m’éloigne dans les collines

Plantées d’arbres verts et cendre

Des voix montent de l’oliveraie

Deux hommes trop loin

Dont l’italien s’échange à pleines mains »

La balade se poursuit en Crète :

« Assis sur une colonne sous le soleil ardent

–un fou a déchiré les nuages un à un_

Je consulte le dieu des sept erreurs

Aurait prévu de rester aux abonnés absents

Au moins jusqu’en 2022 »

 

Et le voyage se poursuit dans les îles ioniennes et dans le Péloponnèse :

« La réponse ne figurait pas hier

Dans la tribune hellénique achetée à Nauplie

Au café une étincelle jaillit de ma tasse

J’aimerais être Henri Schliemann

Pour apprendre au patron qu’Agamemnon

Le géant de Mycènes trahi par les siens

Est devenu autre chose que le gérant ventripotent

Dans un restaurant pour touristes et groupes scolaires »

 

La balade se poursuit en Turquie du côté de Bodrum avant de remonter vers l’Andalousie où j’ai trouvé cette pépite :

 

Les chemins andalous

Le soleil est mal accroché au ciel

Parfois il se montre bon envers les hommes

Parfois rien ne va sur les chemins qu’il trace pour eux

 

Je laisse mes yeux traîner

Sur les quatre domaines du vent

J’ai suspendu ma veste au seul nuage qui passe

 

Le sol est rougi de tant de sang,

De honte et d’orgueil, que là

Poussent des arbres à sève hautaine

 

J’avance pensant sans cesse

à ceux qu’on a couchés au bord du chemin :

Paysans, poètes, journaliers ou bandits

 

Et ce sont ces chemins

Qui me marchent à travers le cœur.

Grenade Cordoue, avril 2008

 Une belle balade poétique que je vous recommande chaudement en ce 20e printemps des poètes entre giboulées et coups de vent.

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28 février 2019 4 28 /02 /février /2019 09:51
3 raisons / 3 mn par Lucie, 4D

L’ouvrage “La guerre de Catherine” a été écrit en 2012 par Julia Billet. Je ne connais aucune autre oeuvre de cette auteur. Cette bande dessinée est, à l’origine, un roman écrit en français. L’illustratrice se nomme Claire Fauvel.

Les thèmes abordés dans cette bande dessinée sont :

  • l’organisation de la fuite des enfants juifs par un réseau de résistants,

  • l’abandon de son identité et de ses relations avec ses parents pour survivre,

  • le pouvoir de l’art, la photographie dans cet ouvrage pour tenter de s’évader de cette tragédie.

Une phrase m’a marqué :

“A moins que ce soit l’image qui m’ait trouvée” car je la perçois comme le fil conducteur de l’histoire.

 

A la page 101, voici un extrait :

 

A son regard, nous comprenons immédiatement que nous allons devoir partir, une fois de plus.

 

La femme du photographe est venue nous dire qu’il y avait eu des dénonciations et que les Allemands allaient arriver.

 

    “C’est un soldat qui l’a prévenue, il a laissé ce mot pour toi”.

 

    “ Prenez soin de vous, vous allez nous manquer”.

 

Même chez les Allemands il y a des gens qui se battent contre la guerre.

 

C’est forcément le signe qu’ un jour cette folie cessera.

 

Le personnage principal se nomme Rachel, elle essaye de fuir les Allemands pour ne pas se retrouver dans les camps de concentration.

 

Les parents de Rachel l'ont envoyé à la maison des Sèvres. Elle se fait des amis et elle découvre une passion : la photographie. Mais elle est obligée de quitter son internat pour échapper aux rafles allemandes. Elle passe de familles en familles ; elle a reçu l’ordre de veiller sur une petite fille durant tout le temps de la guerre.

 

J’ai aimé cette bande dessinée car elle est simple à lire et qu’elle propose un point de vue différent sur cette période historique et la vie d’enfants juifs tentant d’échapper aux rafles.

 

Les actualités du moment (profanations de cimetières juifs, tags honteux sur les commerces) nous font comprendre l’importance de ces récits. Ils nous permettent de rester vigilants, de nous souvenir afin de faire face aux discours et propos racistes.

Thomas F 4C

Collage d'images de Zéna, 4D

L’auteure s’appelle Julia Billet et l’illustratrice s’appelle Claire Fauvel. L’auteure s’est inspirée d’une histoire vraie.  Le récit est écrit en français. Ce livre est une BD (bande dessinée).

 L’histoire se déroule pendant la seconde guerre mondiale :  une jeune fille juive appelée Rachel change de lieu et d’identité pour se cacher des Allemands. Le nom de la nouvelle identité de Rachel est Catherine, pendant son voyage, elle rencontre Alice, qui devient son amie.

L’histoire me rappelle le film « Joyeux Noël »  car l’histoire se passe lors d’une guerre mondiale. Je me rappelle du cours d’histoire en CM2 qui parlait d’un livre de la seconde guerre mondiale. Je me rappelle d’avoir visité le mémorial de Caen en primaire.

J’ai ressenti de la joie pour Catherine en lisant ce livre. L’histoire était superbe, les intentions de l’auteur sont de montrer comment les juifs se démenaient pour survivre à l’antisémitisme.

La note que je donne au livre est de 5 étoiles car il m'a vraiment plus.

Mon quiz https://www.babelio.com/quiz/44711/La-guerre-de-Catherine

Léo, 4C

« La guerre de Catherine » est une bande dessinée adaptée du roman de la même auteure, Julia Billet, et illustrée par Claire Fauvel.

J'ai beaucoup aimé ce livre car il évoque les années noires de la France.

De plus, il raconte une histoire originale, celle d'une jeune photographe de guerre. J'ai trouvé ce livre très intéressant car il parle d'une « cavale » d'une jeune fille juive lors de l'instauration du port obligatoire de « l'étoile jaune ». Ce livre est émouvant car on voit que, même pendant la guerre, on peut vivre sa passion et, dans le cas du livre, la mettre à profit pour pouvoir se souvenir de ce qui s'est passé.

« Pingouin, le mari de la directrice, m'a prêté un Rolleiflex lorsqu'il m'a nommée responsable de l'atelier photo. Depuis, je ne m'en sépare plus. J'adore regarder le monde à travers le viseur. D'un clic, arrêter le temps. Il m'a surprise un jour que je regardais ses appareils photo dans leur vitrine. Aujourd'hui, c'est moi qui suis responsable de la clé de l’armoire vitrée. Pingouin m'a transmis sa passion. Lui est incapable de prendre une photo depuis qu'il a été fait prisonnier, au début de la guerre. Son regard est encore trop plein des cris et de la terreur de ces derniers mois. Il s'occupe désormais de l'association qui fait vivre l'école, et je suis sûre qu'il fait partie d'un réseau de résistance. »

Téo, 4C

Nuage de mots par Ambre, 4C

BILLET Julia, FAUVEL Claire, La Guerre de Catherine (BD)
Le nuage de mots de Thomas F, 4C

Le nuage de mots de Thomas F, 4C

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24 février 2019 7 24 /02 /février /2019 19:42

nuage de mots d'Ethan, 4C

 

3 raisons/3mn par Gabin LF 4C

Collage d'images d'Ethan, 4C

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 19:55

Ce texte est un roman. L'auteur de ce texte est Muriel Zürcher. Ce livre a été écrit en 2016 en français.

Les personnages principaux sont Sam, Bonnie et Nora Laval. Sam a 17 ans et il vit dans un petit appartement. La nuit, Sam graffe les animaux d'un vieil imagier sur les murs de Paris et le jour, il joue aux échecs avec sa voisine, Madame Decastel. Il chante également aux enterrements des SDF morts à la rue

Bonny a 5 ans, ses parents sont décédés. Elle vit donc dans un foyer pour orphelins. Un jour, elle fugue et décide que Sam sera sa nouvelle famille : elle ne le lâche plus !

Nora Laval est capitaine de police. Elle doit s'occuper de capturer le graffeur adoré des réseaux sociaux et retrouver la petite fille Bonnie et son kidnappeur supposé mais elle doit aussi concilier son travail avec sa vie de famille.

Julie M 4D

3 raisons en 3 mn par Marie, 4D

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 13:54

Olga de Bernhard Schlink est un roman qui raconte la vie d’une femme, justement Olga.

Elle est la fille d’un couple modeste décédé alors qu’elle était très jeune de la maladie du typhus et recueillie par sa grand-mère qui ne l’aimait pas, elle a tout fait pour se libérer et s’extraire de la pauvreté. Studieuse et toujours désireuse d’apprendre, elle n’était pas intégrée dans son école près de Kœnigsberg sauf par deux châtelains qui eux aussi, en raison de leur appartenance à la bourgeoisie, peinaient à s’intégrer. Ainsi, ils furent amis tous les trois au moins jusqu’au jour où Viktoria la jeune châtelaine décrétât qu’Olga n’était pas digne d’eux car mal habillée elle ne savait pas bien se tenir, elle faisait peuple. Olga continua cependant à voir en cachette le frère de Viktoria et peu à peu ils devinrent un couple d’amoureux. Viktoria réussit le concours d’institutrice et Herbert partit combattre en Afrique dans les colonies. Ce fut leur première séparation. Olga fut ensuite mutée à Tilsit. A son retour, Herbert rêvait de grands espaces et ne tarda pas à repartir. Olga vivait cela avec philosophie : les épouses de marins vivent des séparations similaires. Elle s’occupait de ses jeunes élèves et tout particulièrement de l’un d’eux, Eik.

Le roman retrace ainsi l’existence d’Olga de sa naissance à sa mort. Entre temps, l’Allemagne a connu la première puis la seconde guerre mondiale, deux manifestations de l’hybris allemande héritée selon Olga de Bismarck.

Extrait :

"8 août 1914

Mon chéri,

L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie, puis à la France, et puis c’est l’Angleterre qui a déclaré la guerre à l’Allemagne.

Les hommes du 41e sont mobilisés, et j’ai été avec les enfants à Tilsit. Il y avait de la musique et des fleurs, des hommes agitaient leurs chapeaux, de jeunes femmes laissaient des soldats les prendre par les épaules et les accompagnaient jusqu’au train, et sur les wagons on lisait « Excursion à Paris » et « Les Français sont faits ».

Ici au village, il n’y a pas d’enthousiasme. Chaque incorporation est un coup porté à la ferme et à la famille. Les rares engagés volontaires sont des jeunes que leurs pères traitent encore plus mal que des valets. L’un d’eux est venu me faire ses adieux ; il a peur de la guerre, mais il a encore plus peur de son père.

La guerre, c’est bon pour les citadins, pas pour les paysans. Et bon pour les enfants. Les petits et les faibles doivent jouer les Serbes et les Anglais, et les autres leur tombent dessus en criant « Estourbie, la Serbie » et « À terre l’Angleterre ». Il y a aussi la peur de voir arriver les Russes, chez les paysans, qui craignent pour ce qu’ils ont engrangé ; une peur plus grande que chez les citadins, qui ont de bons souvenirs des officiers de la garnison russe voisine, de Tauroggen, qui fréquentaient l’Hôtel de Russie.

Je t’imagine. Tu n’hésiterais pas à rejoindre ton régiment. L’espace d’un instant je me suis félicitée que dans la Terre du Nord-Est tu sois en sécurité.

Olga qui t’aime"

 

 

Le contexte géopolitique du récit reste en retrait du récit mais clairement la démesure, la folie des grandeurs, ce que les grecs appelaient l’hybris est ce qui révolte Olga.

Ce roman est traduit de l’allemand aussi n’ai-je pas accès au texte de l’auteur. C’est toujours un peu frustrant.

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