L'auteur est Québécois d'origine Haïtienne. Il a quitté Haïti à la suite du séisme de 2010, il avait 22 ans.
Son héros Jonas Dorléon, quitte Haïti lorsque après ce séisme, vers 2020-2021, des gangs sèment la terreur et brûlent tout sur leur passage. Ce jour d'aout où les gangs ont brûlé sa maison et tout son quartier de Carrefour-Feuille , il a cessé d'être un jeune prof d'histoire bien tranquille, "C’est ce jour-là que j’ai décidé de partir, comme on arrache une dent, comme on se coupe un bras, comme on dit adieu à sa langue maternelle. J’ai décidé de fuir. Pas pour devenir riche, ni pour vivre mieux. Juste pour vivre. Point." explique-t-il.
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Nous suivons alors avec lui sa fuite et les embûches permanentes qui la jalonnent en Haïti, en République dominicaine et à saint-Domingo puis au Brésil. "Il y a des titres qu’on vous donne sans vous consulter. Moi, je voulais être professeur, je suis devenu cireur. Je rêvais d’un passeport, on m’a tamponné « sans papiers ». Et un jour, au Brésil, entre une file d’attente et une autre, on m’a déclaré « demandeur d’asile », note-t-il. La fuite se poursuit vers le Pérou puis l'Équateur, la Colombie, le Panama où il a dû franchir l'enfer des marécages du Darién : " Dix heures de marche pour franchir ce que le GPS indique comme étant 400 mètres. Mais le GPS ment. On était quarante-trois quand on a commencé. [...] Ceux qui en ont vu le bout n’en sont jamais vraiment sortis entiers. Certains y ont laissé une chaussure, happée par la boue comme un souvenir qu’on abandonne. D’autres un orteil, mangé par l’infection ou fracassé contre une pierre. Certains y ont laissé un frère, un cousin, un compagnon de route devenu trop lent. D’autres y ont laissé un bout de leur foi. Moi, c’est ma naïveté que j’ai perdue. Le peu qu’il m’en restait. Cette idée idiote que la volonté suffit. Que la solidarité est automatique. Que l’humanité tient partout. Dans le Darién, on apprend autre chose : on apprend que survivre n’est pas une vertu, c’est une mécanique."
Et la route se poursuit malgré tout, cette fois vers le Honduras, le Guatemala, le Mexique et puis encore la frontière des Etats-Unis : "Je croyais que le plus dur, c’était de traverser le Darién. Que le plus cruel, c’était le douanier qui voulait mon slip. Que le plus absurde, c’était Tapachula, avec ses files d’attente et ses papiers qui prennent plus de temps à arriver que le Jugement dernier. Mais non. Le vrai monstre s’appelle CBP One. Trois lettres, quatre syllabes, et un écran qui devient ton Dieu, ton juge, ton bourreau. Tu veux entrer légalement aux États-Unis ? Tu veux éviter les coyotes, les barbelés, les coups de fusil, les pieds brisés sur le sol texan ? Télécharge CBP One. Entre ton nom. Ta photo. Ton âme aussi, s’il reste un peu d’espace dans la mémoire du téléphone. Et ensuite… prie"
La route se poursuit alors vers le Canada, Monreal, la folle Odyssée va sans doute s'arrêter là !
Pour écrire ce livre, l'auteur s'est fondé sur sa propre expérience, mais surtout sur les très nombreux témoignages qu'il a pu rassembler.
Extrait choisi : Un migrant qui passe une frontière, c’est comme un serpent qui se glisse sous un tapis. Ça rampe, ça tremble, ça prie, ça ment, et à la fin, soit il ressort vivant, soit il reste écrasé sous la semelle du monde. Ce mardi-là, sous un soleil cruel, j’ai pris une décision de lâche – mais il faut être un peu lâche pour survivre dans un pays peuplé de braves déjà morts : j’irais vers la république voisine, vers la ligne, vers l’entre-deux. Pas parce que j’avais un plan, ni parce que quelqu’un m’attendait là-bas. Simplement parce que j’avais entendu dire qu’on pouvait passer. Et que l’autre côté, même s’il ne voulait pas de moi, me le dirait proprement. C’était déjà mieux
