Le titre comme la couverture de Louise Cand ont été pour moi une irrépressible invitation à la lecture, cet été. Le roman a tenu ses promesses : le sud est là, ses paysages, ses parfums, sa cuisine, ses hommes et ses femmes, concentrés en Sicile. La femme en couverture dont on ignore l'époque pourrait être Sylvie ou Francesca, Colette, Nunzia, n'importe laquelle des femmes dont l'histoire forme la trame de ce roman. Ce sont les femmes de la famille de la romancière qui a reconstitué leur histoire et inventé ce qu'elle ne retrouvait pas.
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À travers elles, on découvre la misère au soleil qui constitue la réalité de Francesca et de beaucoup d'autres contraints de s'exiler vers la lointaine Amérique. Certains n'ont même pas le temps de s'exiler, Laura amie de Francesca, meurt assassinée par la mafia qui gangrène le pays comme elle gangrène les quartiers de Harlem et de Brooklyn à New York dans les années 1900 contraignant Francesca à revenir avec sa fille Vittoria, vers ses racines car "Tous les Siciliens n’étaient pas comme ça, elle le savait bien, elle, que les Crico avaient recueillie chez eux, que Federico le boulanger avait nourrie plus d’une fois, que les gars du village, comme Giovanni, avaient défendue, sans parler de Laura, qui l’avait soutenue, elle qui avait déjà le monde sur les épaules ! À Cefalù, on avait faim, mais dans le malheur on s’entraidait."
Si la mafia gangrène la Sicile, elle s'accompagne aussi d'une suprématie masculine particulièrement pesante : Ainsi, dans les années 40-50, Colette, à la Ciotat et Nunzia, en Sicile découvrent un jour qu'elles ont un seul et même mari Tonio alias Antoine dont l'une, heureusement aidée par sa mère Vittoria, élève seule en son absence à la Ciottat, six enfants tandis que l'autre élève en son absence trois enfants à Palerme. Ce mari partagé est aussi un maffieux sans scrupules.
Les femmes de ce roman sont alors les vrais piliers d'une famille et même d'une société que les hommes pourrissent. Il y a heureusement quelques exceptions comme Santo, le frère de Tonio.
Extrait : "La première fois, c’était juste un message. Une simple lettre pliée que j’ai trouvée cachée entre les fagots de bois. J’ai cru que c’était une plaisanterie de Giovanni. Mais non… c’étaient eux. Je me souviens de la peur qui m’a envahie en lisant leur menace. Ils disaient qu’ils ne toléreraient aucune rébellion, aucune fuite. Que si je tentais de m’échapper, Fiammetta et ma mère en paieraient le prix. Et ces promesses, elles sont devenues des menaces concrètes… des visages familiers derrière les fenêtres, au marché…
Elle ferma les yeux, luttant contre l’image de ces visages durs, impitoyables.
— Un soir, il est venu, un de ceux qu’ils envoient pour régler les affaires. Il avait ce regard froid, comme s’il savait que tout ce que je pouvais dire n’avait aucune importance. Il m’a dit que je devais rendre l’argent, et vite. Quand je lui ai répondu que je n’avais rien, qu’ils avaient pris tout ce que nous avions, il a souri. Ce sourire-là, je ne l’oublierai jamais. C’était comme s’il y prenait du plaisir. Il a juste dit : « Tu vas bien trouver. » Avant de me donner un coup dans l’estomac qui m’a coupé la respiration. Et il est parti. Depuis, je vis dans la peur [...]
Ils ne me laisseront jamais tranquille, Francesca. Jamais. J’ai tout essayé, tout sacrifié, un jour des bêtes, un autre mes récoltes, mais ils ne veulent rien entendre ! À force de tout leur céder, les propriétaires vont finir par nous expulser… Et alors, quoi ? Je devrai me marier avec l’un de ces monstres ? Elle s’interrompit, la voix étranglée, et se laissa tomber en arrière, complètement épuisée par l’angoisse qui la hantait.[...] Parce que la Mafia n’oublie rien. Ils attendent qu’on paie, même après la mort"
