Extrait : Tout à coup, Maud prit conscience de la situation. Elle roulait dans un camion bourré de dynamite, au cœur d’un pays en guerre, poursuivie par des gens qui n’hésiteraient pas à les signaler comme des voleurs. Elle avait voulu s’engager, mais elle se rendait compte à quel point l’engagement des humanitaires n’en est pas un. Il leur arrive de prendre des risques et parfois de se trouver en mauvaise posture. Reste qu’ils sont étrangers au combat. Avec l’histoire des pétards de chantier, elle avait accepté une première transgression mais qui ne portait pas vraiment à conséquence. Même avec un tel chargement, ils restaient encore des humanitaires et pourraient obtenir le soutien de l’opinion publique, si jamais les Serbes les arrêtaient.
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Voilà un extrait qui donne un bon aperçu de ce roman : le sujet de fond, l'action humanitaire et ses limites ; le contexte, la guerre en Yougoslavie qui opposait Serbes, Croates et Bosniaques dans un conflit fratricide. Les cadres de la fiction : un narrateur extradiégétique, cinq personnages rassemblés par une ONG pour la réalisation d'une œuvre humanitaire et confinés pendant tout le trajet de Lyon à Kakanj, Alex et Marc, deux ex-militaires, Maud, une jeune femme de vingt et un ans, engagée dans une mission pour la première fois, Lionel, quarante ans, responsable de cette mission, tous les quatre chauffeurs des deux camions à tour de rôle et Vauthier, prétendument mécanicien de l'équipe.
Alors, dans ces espaces confinés, les personnalités se dévoilent, se rapprochent ou s'affrontent et cela participe bien sûr du plaisir de la lecture. Les descriptions contribuent quant à elle à la crédibilité et à la beauté du récit : les chemins enneigés à travers les montagnes ou dans les vallées, les fermes isolées, les maisons parfois brûlées et "Le crépuscule arrivait et d’invisibles voiles dans le ciel se coloraient d’orange et de vert. La cime des montagnes était déjà sombre. Tout à coup, du septentrion enneigé, il vit déboucher, tirant plein sud, un vol d’échassiers. Ils étaient bien alignés, puissants, sereins dans leur échappée lointaine."
En somme, un très bon moment de lecture et un sujet qui reste largement d'actualité : l'action humanitaire peut-elle de contenter d'apporter nourriture, vêtements et remèdes quand les destinataires ont essentiellement besoin de sauver leur vie, se survivre à la violence de la guerre ?
