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28 novembre 2025 5 28 /11 /novembre /2025 15:10

J'ai mis longtemps à lire les 750 pages de ce roman, certes, c'est un gros roman, mais quand les aléas de la vie imposent leur rythme, on finit par avoir le sentiment de côtoyer ces personnages sur les quatre générations comme s'ils étaient nos familiers.   

L'auteur en effet essaie de comprendre le sens du suicide de son père et se fondant sur ce que lui a raconté sa mère ou partant de la visite de la maison vide qui fut longtemps la maison de famille, il tente de reconstituer l'histoire de ses ancêtres du côté paternel. Une commode et sa plaque de marbre cassée, quelques rares photos, une Légion d'honneur introuvable, les volumes des Rougon-Macquart, voila à peu près tout ce dont il dispose pour faire revivre ainsi l'ancêtre Firmin Proust et son épouse Jeanne-Marie, avec leurs deux fils Paul et Anatole, et surtout leur fille Marie-Ernestine puis Jules Chichery le premier époux de Marie-Ernestine et père de Marguerite, puis le notaire Lucien Douet, second époux de Marie-Ernestine et son fils Rubens et enfin Marguerite et son époux André, grands-parents paternels de l'auteur. Autour d'eux gravitent beaucoup d'autres personnages qui contribuent à former le monde de ce roman : la grand-tante Caroline, le beau Florent Chabanel qui deviendra gueule-cassée à l'issue de la guerre 14-18, Monsieur et Madame Claude et leur employée, Paulette, un Allemand, des Allemands, des villageois… Avec ces personnages, on revit le XXe s, la guerre 14-18, l'entre-deux guerres, la guerre 39-45, en particulier.  

Cette profusion de personnages constitue un monde dans lequel on finit par se fondre et lorsque l'auteur s'attache à cerner au plus près les sentiments, pensées, voire sensations de Marie-Ernestine ou de Marguerite, cet univers prend une épaisseur qui me rappelle l'univers de Flaubert ou de Dostoïevski.

La modernité du regard est pourtant bien affirmée : la phallocratie du patriarche Firmin, sans doute très courante à son époque, a des répercussions qui peuvent aller jusqu'à la mort de Marguerite, voire jusqu'à l'écriture de ce récit. Celle de Monsieur Claude, plus crapuleuse, détruit l'employée Paulette et aussi Marguerite.  Les femmes dans toute cette époque sont malmenées et la seule issue pour elle semble être le veuvage dont profitent la grand-tante Caroline et plus tard, après la mort de Firmin, Jeanne-Marie. Marie-Ernestine, héroïne plus moderne, réussit cependant à imposer ses volontés à son second époux mais seulement jusqu'à sa mort, car ensuite, le bon notaire s'empressera d'oublier la parole donnée ! 

Un roman somme dont il est bien difficile de faire une chronique ! 

Extrait choisi : "Pas si vite, pas si vite

et il la laisse s’installer et s’asseoir devant le piano mais elle éclate en sanglots et soudain se met à rire, non, elle ne peut pas, elle ne peut pas jouer maintenant, elle ne peut pas encore y toucher ni même poser ses doigts, elle le fera plus tard, tout à l’heure, quand elle sera remise de ses émotions ; et son père, oui ma chérie, viens, on va fêter ton retour en buvant un verre et puisque tout le monde m’a fait l’honneur et le plaisir de nous rejoindre pour ce jour important, alors buvons, trinquons, maintenant que ma chère petite Boule d’Or rentre à la maison, maintenant que chaque jour elle pourra nous faire profiter de son art  n’est-ce pas, tante Caroline ? – elle pourra tous les jours nous faire profiter de la grande musique puisqu’il paraît qu’elle est si douée – et alors je porte un toast – il prend un verre, le lève bien haut au-dessus de sa tête, sa vilaine bouche s’ouvre très grand, on voit ses dents, ses joues écarlates à cause du vin et on se doute qu’il a déjà bu un peu – quelques verres – et le voilà qui s’élance sur les joies de la vie, qu’il regarde sa fille en racontant à tous comment pendant son enfance on avait connu plusieurs fois de terribles nuits à craindre pour sa vie, et maintenant Dieu en a fait une grande musicienne pour réjouir nos vieux jours, car c’est ici qu’elle vivra aux côtés de nous et de ce cher Jules, si bon travailleur et si débrouillard, ce Jules, car Jules

Jules 

Tu vas épouser Jules, dit-il après un temps, ajoutant d’un ton satisfait,

Tu vas l’épouser et tu seras bien heureuse, ma petite Boule d’Or, car que faut-il de plus à une femme intelligente qu’un mari débrouillard   que te faudrait-il donc de plus, à toi, pour être une femme heureuse ?

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23 juillet 2025 3 23 /07 /juillet /2025 20:03

Ce récit, publié en 1969 ne se préoccupe en rien du Mai 68 que l'auteur, alors âgé de 23 ans a pourtant vécu à Paris. Ce qui l'intéresse, c'est la période qui a précédé sa naissance, les années 40, sous l'Occupation allemande.

Dans ce récit dans un Paris occupé, un jeune homme, le narrateur, par une sorte d'indifférence à l'Histoire et par intérêt immédiat, s'est mis au service de la milice. Il côtoie la Gestapo, les gangsters de tous genres, les prostituées, des policiers corrompus, une population aussi diverse que bigarrée.  "Au 93 de la rue Lauriston, on torture au sous-sol, on festoie au rez-de-chaussée, on déshabille au troisième, quelques-unes des plus belles femmes de Paris" De quoi y perdre son identité ! Le narrateur, dont on ignore qui il est dans le dialogue initial, est pris dans la ronde infernale et bruyante, il collabore, il vole et vend ses butins à l'ennemi., il dénonce les réseaux de résistants, qu'il a infiltrés, il est Swing Troubadour ! Pour famille, il s'est inventé Coco Lacour, un géant roux et aveugle et Esméralda, "une toute petite fille minuscule" avec lesquels il ne peut pas parler, mais dont il prend soin. Toutefois, comme pour se racheter, il endosse aussi l'identité de Lamballe, qu'il désigne comme chef du réseau de résistants et accepte de tirer sur le chef de la milice, qu'il blesse à l'épaule.  

Récit halluciné où les époques se mélangent, où les êtres perdent leur humanité pour devenir pantins de plâtre ou clowns bigarrés, mais angoissants. L'Occupation est le contexte suggéré, mais aucune date, aucun occupant désigné ne confirment cette suggestion. Des dizaines de noms propres sont martelés à divers moments du récit, mais ces noms se rapportent à diverses époques ou appartiennent tantôt à la fiction, tantôt à la réalité ! Monde angoissant, réplique de l'Enfer de Dante, cauchemar hallucinatoire, ce récit trouble et dérange.

Extrait : "Les femmes sont beaucoup trop fardées, les hommes ont une élégance nègre : chaussures de crocodile, costumes multicolores, chevalières en platine. Certains même exhibent à tout propos, une rangée de dents en or. Me voici aux mains d'individus peu recommandables ; des rats qui prennent possession d'une ville après que la peste a décimé ses habitants".   

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18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 11:56

La réputation de ce roman, primé par le Goncourt en 1978, n'est certes plus à faire !  Mais j'ai décidé de relire et de chroniquer tous les bons romans de ma bibliothèque pour me souvenir ! 

Rue des Boutiques Obscures est le récit d'une quête d'identité qui dure jusqu'à la dernière page. Le héros narrateur, victime d'amnésie depuis une dizaine d'années, se met à explorer toutes les pistes qui peuvent le mener à son identité et à son histoire. Il rencontre des témoins potentiels, reçoit d'eux diverses photos, explore les rues et quartiers de Paris puis Megève et Bora-Bora. Il  analyse ses sensations, odeurs, couleurs, évocatrices, regards, allures, corpulences, consulte registres et bottins. 

Peu à peu naissent des réminiscences, de plus en plus précises, accompagnées de sensations d'enfermement, de claustrophobie, de danger, de peur. L'ensemble crée pour le lecteur une atmosphère étrange et comme envoutante, d'autant que jamais ne sont nommées les sources des menaces. Vu l'époque, on songe bien sûr à l'Occupation, période souvent évoquée par l'auteur, mais jamais nommée. Mais des ruptures brouillent encore les choses : le narrateur intradiégétique dans la majeure partie du récit cède parfois la parole à un narrateur anonyme et extradiégétique qui raconte donc à la 3ᵉ personne ! 

Au-delà du récit, il y a le constat mélancolique de la fugacité de nos vies. Le roman commence par le constat sans appel "Je ne suis rien. Rien qu'une silhouette claire, ce soir-là, à la terrasse d'un café" et il s'achève sur ces mots : "et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d'enfant ?"  

Cependant, entre temps, il y a ces moments suspendus où la magie de la réminiscence et de l'écriture opèrent de concert : "Les automobiles roulaient vite, avenue de New-York, sans qu'on entendît leur moteur, et cela augmentait l'impression de rêve que j'éprouvais. Elles filaient dans un bruit étouffé, fluide, comme si elles glissaient sur l'eau." (p. 53), "Les rideaux rouges sont tirés. La lumière vient d'une lampe de chevet, à gauche du lit. Je sens son parfum, une odeur poivrée, et je ne vois que les taches de son de sa peau et le grain de beauté qu'elle a au-dessus de la fesse droite".(p 143) "D'autres nuits, la neige tombait et j'étais gagné par une impression d'étouffement. Nous ne pourrions jamais nous en sortir, Denise et moi. Nous étions prisonniers au fond de cette vallée et la neige nous ensevelirait peu à peu. Rien de plus décourageant que ces montagnes qui barraient l'horizon." (p.191)  

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1 juin 2025 7 01 /06 /juin /2025 10:07

Si ce livre se lit comme on regarde une série policière, ce n'est malheureusement pas un texte de fiction !

Il a fallu que Dominique Strauss-Kahn en soit victime en 2021 pour que la justice, sollicitée par American Express, soit enfin saisie et que des voleurs soient arrêtés. DSK a pu être remboursé, mais c'est à peu près le seul, car les banques refusent toujours de rembourser, prétextant la faute du client-victime, afin de s'épargner une mauvaise publicité, hantise de la plupart des banques. Pourtant, aussi bien la Banque Postale que la BNP, que la Caisse d'épargne ou le Crédit Mutuel et bien d'autres, toutes les banques sont concernées. Des appels frauduleux usurpant le numéro de conseillers bancaires demandent au client de valider un code pour stopper une fraude en cours et le client valide sans s'en rendre compte une fraude qui parfois vide son compte chèque et tous ses livrets d'épargne, parfois même déclenche en son nom des prêts à la consommation !  Comme Dominique Strauss-Kahn, le Juge Bruguières et des centaines de victimes anonymes  tombent dans le piège et plusieurs se font totalement dépouiller.

C'est que l'usurpation des numéros de téléphone est une simple formalité pour ces voleurs, de même que la copie des numéros de compte, des numéros de cartes bancaires, des cartes d'identités et passeports. Tour se vend sur le Dark-Web et toutes les stratégies s'apprennent sur Telegram. Aujourd'hui, la police a même découvert deux IMSI-catchers, matériel en principe réservé à la DGSE ou à la DGSI, promenés dans Paris l'un dans une ambulance et l'autre dans la voiture d'une jeune fille : avec cet outil, ce sont "toutes les données mobiles des passants dans un rayon de deux cents mètres" qui sont captées. Facile ensuite de leur envoyer SMS, mails ou appels frauduleux.    

La difficulté des banques à embaucher comporte aussi un effet pervers : elle engage des personnes intérimaires (chez Manpower) dont le casier judiciaire n'est pas toujours aussi vierge qu'ils le prétendent ou bien, elles rémunèrent si mal que des employés se laissent convaincre contre récompense financière de voler les coordonnées de clients et la copie de leurs comptes. Lorsqu'ils sont découverts, ils sont licenciés d'une banque sans judiciarisation pour éviter toute mauvaise publicité et aussitôt engagés dans une autre banque. 

Avec désormais le développement de l'intelligence artificielle et l'arrivée de E-Sim, les fraudeurs ont une voie royale devant eux et il ne nous reste qu'à devenir paranoïaques, car ni les banques, ni les fournisseurs d'accès, ni les Gouvernements ne veulent ou ne peuvent arrêter le phénomène alors même que les fraudeurs sont souvent des jeunes sans diplôme, sans emploi qui flambent l'argent volé comme s'ils s'enivraient absurdement et sans le moindre regret ni la moindre pensée pour ceux qu'ils ont ruinés !       

Extrait: "Une enquête récente (2024) du cabinet Deloitte estime que l'intelligence artificielle va multiplier par 3,25 le montant annuel des pertes liées aux arnaques d'ici quatre ans, passant de 12,3 à  40 milliards de dollars aux États-Unis entre 2023 et 2027. Si l'on rapporte cette estimation à la situation française, le montant annuel de la fraude aux moyens de paiement passera de 1,2 (stable depuis 2021) à 3,9 milliards de dollars en 2027. Directement piochés dans les comptes des Français"

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21 février 2025 5 21 /02 /février /2025 14:39

"Dire le sens de nos vies est moins facile que d’exalter leur complexité." Cette première phrase du roman en pose bien le cadre. En effet, tout le récit exalte la vie bien complexe d'un vieil homme rencontré sur un banc dans un cimetière niçois. 

Cet homme, Valdas, avait 15 ans en 1913 et passait les vacances dans la villa mauresque de l'Alizé en Crimée avec sa belle-mère, Léra, entourée d'artistes avec lesquels elle jouait la comédie, tandis que son père, Guéorgui Bataeff, éminent avocat, devait rentrer à St. Petersbourg pour son travail. Déjà, Valdas éprouvait un certain dégoût pour cet univers d'argent et de comédie ! 

L'envie d'aller voir plus loin le mène sur la côte, là où les contrebandiers sont pourchassés par les gardes-côtes. C'est là qu'il rencontre, Taïa, celle dont il se souvient encore, lorsque, vieillard, assis sur un banc de cimetière niçois, il dit " « La femme que j’aimais ne demanderait rien d’autre – ce vent ensoleillé et la ligne de la mer entre les cyprès. Désormais, cela nous suffit pour être vivants…" Cette femme pourtant ne croise Valdas que ponctuellement et lorsqu'ils se retrouvent, par hasard, fuyant la violence de la guerre civile qui ravage le pays, ce n'est que peu de temps en 1920, avant qu'elle ne tombe sous le feu des révolutionnaires.  «Ne dites jamais, avec reproche : ce n’est plus. Mais dites toujours, avec gratitude : ce fut." Cette inscription sur une tombe du petit cimetière illustre bien la dévotion de Valdas pour cette femme, bien plus tard. 

Dans sa vie, en Russie puis à Paris, il rencontre d'autres femmes, il en épouse même une mais décidément, comme sa belle-mère autrefois, les femmes sont infidèles.  C'est la comédie humaine !

Durant la guerre 39-45 à Paris, Valdas rencontre deux personnes qui suscitent son admiration : un résistant qu'il retrouve plus tard, revenu des camps de concentration et Rohr, oublié des dieux, qui cache Valdas poursuivi par la Gestapo, mais meurt sous les balles allemandes lors de la Libération de Paris ! Mais il a aussi Julien Soupault pour qui il accepte de mentir lorsque celui-ci a besoin du secours d'un résistant pour échapper à une condamnation pour collaboration.

Le détachement et la magnanimité de Valdas sont en effet ce qui marque le plus dans ce personnage : à son épouse qui le trompait, il laisse la maison qu'il vient de construire et s'accuse de tromperie pour éviter qu'elle se sente coupable ! Au collaborateur qui avait accaparé le cabinet d'architecture d'un déporté, il porte secours!

Comment peut-on raconter une vie si pleine en si peu de pages ? C'est une prouesse et Andrei Makine relève avec brio le défi ! L'écriture, toujours précise, claire, travaillée, parvient à donner à une telle puissance aux portraits et aux situations que je ne les oublierai pas de si tôt !

extrait :  Ils finirent par se revoir, en 54, de façon pas vraiment inattendue car conviés tous deux à la célébration du dixième anniversaire de la libération de Paris. Dire que Jean Holtzer avait vieilli eût été une figure de style : c’était une ruine, à la démarche lente, un homme que Valdas n’aurait pas reconnu au milieu d’une foule. Mais là, les organisateurs épelèrent tous les noms et il vit ce qu’était devenu Holtzer. Après la cérémonie, ils se saluèrent, avec une retenue gênée : chacun redoutant d’apprendre le côté sombre de l’autre. Valdas proposa d’aller prendre un verre et, difficilement, comme s’ils étaient encore obligés de garder le secret, ils se parlèrent, surpris de s’être si formidablement trompés l’un sur l’autre. Non, ce n’était pas Holtzer qui avait dénoncé Valdas mais un tout jeune homme, un simple « agent de liaison » qui escomptait être bien rémunéré par les Allemands. « C’est même plus compréhensible qu’une trahison sous les menaces et les coups, expliqua Holtzer. On n’imagine jamais le nombre de gens qui seraient prêts à trahir pour se payer un dîner ou épater une jeune femme… C’est ce que ce gars avait obtenu. » Lui-même n’avait pas pu s’échapper et, après des tortures qui avaient « ébranlé sa foi », s’était retrouvé à Buchenwald, ne rentrant à Paris qu’en juin 1945

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2 novembre 2023 4 02 /11 /novembre /2023 14:59

Court roman, tout léger, léger, comme la danseuse dont le narrateur se souvient, alors qu'il déambule dans un Paris qu'il ne reconnait pas et qui ressemble "à un grand parc d’attractions ou à l’espace « duty-free » d’un aéroport.[...] Les passants march[ai]ent par groupes d’une dizaine de personnes, traînant des valises à roulettes et la plupart portant des sacs à dos." Le narrateur, qui ressemble bien à l'auteur, se demande où vont tous ces gens. 

Léger, léger, comme la déambulation dans un passé révolu, mais retrouvé par images en clair-obscur, éclatées, répétées, parfois estompées, comme éludées telles des peintures impressionnistes ou comme les mouvements de la danseuse : "diagonale, variation, déboulé, barre à terre ou la barre au sol, « casser le coude » pour donner une impression de fragilité"

Ce narrateur se souvient ainsi de ce temps où il était encore un jeune homme, sans argent, sans métier, il faisait ses tout premiers pas comme écrivain, chargé par un éditeur, Maurice Girodias, de compléter et d'arranger des romans anglais censurés dans les pays anglo-saxons !  Il était logé par un certain Serge Verzini, qu'il rencontre par hasard des années plus tard dans le Paris "parc d'attraction". À l'époque, la danseuse aussi faisait son apprentissage "avec Boris Kniaseff, un Russe que l’on considérait comme l’un des meilleurs professeurs…"  Elle avait un enfant d'une dizaine d'années, Pierre, dont le narrateur s'occupait avec un certain Hovine dont on ignore à peu près tout. Évoquant le passé de la danseuse, Verzini explique : "Nous appartenions à un milieu un peu particulier. » Il n’avait pas besoin de me donner des précisions. J’avais compris. Mon père lui-même et ses amis…" précise le narrateur qui suggère un univers interlope qui lui rappelle ses propres origines car "lui aussi" avait "besoin d'une discipline." 

Cet art de la suggestion se retrouve aussi dans l'évocation de quelques scènes érotiques : "un manteau d’homme sur le grand canapé. Pola Hubersen était sûrement en compagnie de quelqu’un dans sa chambre"

En somme, lire Modiano, c'est entrer dans un univers, se couper du monde, se laisser entraîner dans un temps révolu à travers Paris, mais lire La Danseuse, c'est découvrir un univers plus épuré, plus aérien et se laisser perdre entre tous ces noms de personnes mêlés aux noms de personnages ! 

Extrait : Beaucoup moins de monde sur le boulevard, mais encore quelques bataillons de touristes, étranges touristes dont on ne savait pas d’où ils venaient, ni quelles étaient leurs langues si on les écoutait parler. Ils traînaient toujours derrière eux leurs valises à roulettes et portaient les mêmes casquettes à visière, les mêmes shorts et les mêmes tee-shirts. Et les mêmes sacs à dos. Vers quoi marchaient-ils ? Vers un corps d’armée qui stationnait en un point précis de Paris ? J’avoue que cela m’était indifférent et que j’étais pressé de rejoindre le café désert où nous avions fait halte avec Verzini, ce café qui semblait encore protégé de la dureté du temps présent.

 

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24 mai 2022 2 24 /05 /mai /2022 15:03

Le narrateur vit dans un orphelinat en Sibérie où il est scolarisé. C'est là qu'il rencontre Vardan, un jeune garçon dont il prend la défense lorsque les collégiens l'agressent. Vardan, en effet semble différent en tout : il a une façon de raisonner et de rêver que les collégiens ne peuvent comprendre, il souffre d'un mal qu'ils ignorent. Le narrateur pourtant se lie d'amitié avec Vardan dont les différences lui semblent merveilleuses. Rosine, le professeur de mathématiques semble lui aussi comprendre le jeune garçon. 

Cette amitié singulière  permet au narrateur d'être reçu dans le quartier du "Bout du diable"  où vit Vardan avec  sa famille arménienne. Ceux qui vivent là s'y sont installés en attendant le jugement et la libération des prisonniers arméniens accusés de subversion séparatiste et complot anti soviétique. En les écoutant, le narrateur découvre la tragédie du génocide qu'ont traversé les familles avant de se retrouver là postées devant une prison soviétique. Leur installation semble précaire mais toute imprégnée d'une culture que le narrateur découvre avec curiosité : traditions, langue, objets. Le souvenir du Mont Arrarat hante les esprits de tous ces déracinés jetés sur les routes d'un interminable exil. Le narrateur quant à lui revient bien plus tard sur les lieux, hanté par le  souvenir de son ami Vardan mais aussi de son entourage, sa mère adoptive Chamiram, Gulizar, sa soeur, belle comme une princesse caucasienne, ou encore le sage Sarven. 

Ce récit est ainsi l'occasion de découvrir un pan plutôt méconnu de l'histoire  et de retrouver la belle écriture classique d'Andrei   Makine.

Extrait choisi : "Le lointain pays caucasien dont je ne connaissais presque rien se laissa imaginer dans la senteur amère du parfum et, plus encore, dans la patine de la résille d’argent qui enchâssait le flacon.

       Ma toute première impression venant du « royaume d’Arménie » fut donc dérisoirement ténue : un effluve odorant et cette teinte, noire et argentée, tonalités qui ouvraient l’enfilade d’un temps ancien – plus qu’elles ne signifiaient la simple alliance de couleurs. Les objets qu’il me serait donné de voir dans le « royaume » m’étonneraient toujours par leur aspect subtil, chantourné, « trop beau », me dirais-je, vu leur simplicité utilitaire. L’époque constructiviste où nous vivions et dans laquelle tout devait répondre à un but précis, à l’efficacité brute, rendait la beauté plus ou moins superflue et privilégiait un matériel sobre, sans aucune recherche esthétique, sans la profondeur d’une vie révolue. Le flacon « inutilement » enchâssé d’argent sembla interrompre le temps que j’avais connu jusque-là.

       La mère de Vardan s’appelait Chamiram et, après m’avoir soigné, elle me parla d’une manière à laquelle je n’étais pas habitué et qui me transfigura, par le seul timbre de sa voix, en leur hôte, m’octroyant la qualité d’un adulte respecté et rendant sans importance l’extrême dénuement de mon piètre « statut social ».

       « Et si vous preniez un café avec nous ? »

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14 mai 2022 6 14 /05 /mai /2022 13:18

Triste, j'ai trouvé ce roman triste : une fille tente de fuir sa condition et sa région, réussit brillamment avant d'atteindre le burn-out et finalement le plafond de verre, un homme qui brille sur la glace et rêve d'exploits sportifs avant de se retrouver sur la touche, trop vieux pour les compétitions, un vieil homme qui trouve un nouvel élan à s'occuper de son petit-fils mais en est brutalement séparé et dépérit lentement, des jeunes gens qui n'ont pas vu le temps filer et passent  des soirées à s’enivrer, tout, tout est triste dans ce roman, même la chair ! Quel amour en effet pourrait réunir deux quarantenaires aussi différents que Hélène, devenue une consultante expérimentée et urbaine avec Christophe le vendeur de nourriture pour animaux domestiques qui n'a jamais quitté son patelin et peine à devenir adulte ? Le mariage de l'ami de Christophe, Greg, donne le coup de grâce à cette tentative. Ce mariage d'ailleurs est une apothéose de la liesse populaire mais aussi vulgaire, complètement inaccessible à ceux qui ont changé de rang et se sont urbanisés. Cela rappelle un peu Germinal de Zola et notamment la balade à cheval de Hennebeau un dimanche où les mineurs se livrent sans vergogne à tous les plaisirs de la chair  et du ventre.

Alors, un roman réaliste sur cette Lorraine aujourd'hui sinistrée ? L'auteur en effet évoque les élections de 2017, la construction des grandes régions, le désengagement politique, la montée de l'extrémisme mais cela ne contribue pas à sauver ce roman de sa tristesse. 

Extrait représentatif :

"Alors, tout était allé encore plus vite, jusqu’à cette formidable course d’endurance : l’âge adulte, avec sa fatigue sans rebord qu’on n’avoue jamais, un effort après l’autre et puis derrière, le suivant, parce que le boulot, les enfants et déjà un peu la mort, discrète mais qu’on sent poindre parce qu’il faut deux jours pour récupérer d’une mine, que le sommeil est devenu une brume légère que chasse le moindre souci, et demain ce sera déjà fini. C’est comme ça que Christophe avait compris, cette vie n’avait pas été la sienne. Elle n’avait fait que l’emprunter, comme un pont, une paire de chaussures, ne lui laissant à quarante ans qu’un chapelet de souvenirs flous. Au fond, il n’était bon qu’à donner sa force pour un dessein qui ne le regardait pas. À travers lui, le monde s’était perpétué sans lui demander son avis. Quand on regardait ça à distance, c’était à se flinguer.

Heureusement, de temps en temps, Épinal gagnait, et au retour on chantait dans le car en buvant de la vodka jusqu’à tomber.

De son côté, Hélène ne chômait pas non plus. L’embellie prédite par Erwann avait bien lieu, Elexia engrangeait les clients et une croissance mirobolante était annoncée pour la fin de l’exercice. Depuis des semaines, tout le monde à la boîte bossait donc sous pression et on avait assisté à deux crises de larmes en plein open space. D’aucuns étaient même allés jusqu’à menacer d’organiser un syndicat, mais tout cela se susurrait en toute discrétion, à la machine à café ou via les messageries perso, sans que personne n’y croie vraiment. De son côté, Jean-Charles Parrot concevait des solutions innovantes à la tête de son pôle innovation, ce dont on n’allait pas le blâmer. Grâce à lui, Elexia proposerait d’ici peu des formations au management inclusif, des conseils en transition, des modules de design comportemental, des audits des systèmes cognitifs, des outils de prospective environnementale et collaborative. Erwann ne se sentait plus de joie et les deux hommes passaient un temps fou dans son bureau, sur la mezzanine, à refaire le monde avec force moulinets et anglicismes visionnaires. Il était d’ailleurs prévu qu’Erwann fasse des annonces à l’occasion."

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 22:01

En lisant Le Bal des Folles de Victoria Mas, que de fois j'ai eu l'impression de le relire ! c'est que ce roman,

premier roman de son autrice, a été très médiatisé. Il a d'ailleurs obtenu le prix Renaudot des lycéens. Comme il y a déjà nombre de chroniques sur ce roman, je tente plutôt un abécédaire :

Augustine dont on se sait ce qu’elle est devenue après avoir été la coqueluche de tout Paris grâce aux cours publics du Docteur Charcot.

 Blanche, la couleur de la blouse des infirmières la couleur des nuits que Geneviève y a passées et celle de la neige en février 1885 comme mars 1890

Cléry, la grand-mère, la mère, le fils Théophile, la fille Eugénie et le père qui en mars 1885 fait interner sa fille à la Salpêtrière

Docteur Charcot, le neurologue auréolé de gloire qui donne des cours à la Salpêtrière en se livrant à des séances d’hypnose d’où la jeune Louise ressort hémiplégique.

Eugénie, pauvre Eugénie Cléry, internée avec les folles de la Salpêtrière pour avoir osé indiquer à sa grand-mère qu’elle sentait la présence de son grand-père décédé.

Folles comme toutes les internées, Eugénie, Geneviève, Louise et tant d’autres à moins qu’elles ne soient juste mise au rebut de la société car trop dérangeantes.

Geneviève, la cartésienne, l’infirmière qui ne croyait ni à Dieu, ni à diable mais dont les certitudes furent ébranlées par les propos d’Eugénie. 

Hôpital Salpêtrière, lieu où une fois l’an le tout Paris vient fêter le carnaval et s’encanailler au bal des folles avant de l’oublier pour tout le teste de l’année.

Intendante, c’est aussi la fonction de Geneviève à l’hôpital

Jeune comme la petite Louise, internée après avoir subi des agressions sexuelles et victime d’un viol par un Interne à l’hôpital.

Kardec Allan, l’auteur du Livre des Esprits qui rassure Eugénie et permet indirectement à son frère de la retrouver et de la libérer.  

Louise, jeune internée qui rêve d’une demande en mariage au bal des folles et s’y prépare avec impatience.

Marie-Antoinette, c’est le déguisement choisi par une aliénée qui frappe sans rythme sur un tambour accroché à sa taille.

Neige qui tombe Du début à la fin de ce roman comme une page blanche avant l’histoire et une autre après.

Oh non, non, ma p’tite Louise … Qu’est ce qu’ils t’ont fait ? demande Thérèse en découvrant que Louise ressort hémiplégique de la consultation du docteur Charcot.

Pétrifiée, Geneviève le fut en apprenant d’Eugénie que son père venait d’avoir un accident à Clermont.

Quelques couloirs et portes battantes séparent le dortoir de la loge attenante à l’auditorium où le docteur Charcot dispense ses cours exposant les aliénées devant médecins et internes masculins

Robe de gitane rouge avec des frous-frous dans le bas, c’est

Soufflot, rue dans laquelle Geneviève occupe un petit appartement, au sixième étage, entre Panthéon et jardin du Luxembourg.

Train pour Clermont, le dernier de la soirée, c’est celui que prend Geneviève pour aller voir son père dont elle a appris par l’intermédiaire d’Eugénie qu’il venait d’avoir un accident.

Un mouchoir à l’éther plaqué sur le visage, c’est ce qui menace toute personne qui ose se révolter contre les infirmières, les médecins, le médecin, cet hôpital.

Vicieux, truands, filles légères et maris infidèles, excentriques et artistes étaient réputés habiter Pigalle où Geneviève va retrouver Jeanne à la Nouvelle Athènes.

W, X

Yeux ouverts mais sans vie de Louise, plongée dans une catalepsie après son viol à l’hôpital par l’interne qui croyait-elle allait lui demander sa main

ZZZZ

 

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8 janvier 2020 3 08 /01 /janvier /2020 22:30

Ce livre m'a plu car même on ressent ce qui se passe et ça nous met dedans. Ce livre est bien car l'histoire

parle d'amour entre deux filles, ça nous apprend que le harcèlement ne sert à rien. On parle d'amitié et ça m'a plu. J'ai choisi ce livre, car j'ai regardé la 4e de couverture. J'ai trouvé que le résumé avait l'air mystérieux et ce qui m'a marquée c'était l'écriture en gras rose « une comédie qui bouscule les préjugés ». Pour moi, ça voulait dire que c'était une histoire pour ceux qui aimaient ce genre d'histoire.


C'est l'histoire d’une licorne, qui s'appelle Lili elle adore le cinéma, les effets spéciaux et regardé des films de langues différentes. Lili a une tante qu’elle n’a jamais connue. Elle essaye de savoir pourquoi sa mère et sa tante ne se voient pas souvent et enquête sur son passé. Elle a grand frère, une mère et une tante aussi un chat : Ronfield. Elle va chez sa tante pour la 1ere fois dans un manoir gigantesque et magnifique. Il y a une sirène qui s'appelle Cris et elle est timide. Elle a une famille un peu exigeante. Elle a une chatte : Ecume. Toutes les deux cachent une blessure…
Elles ont un été pour se reconstruire, se découvrir et s'aimer.

Extrait choisi :

Moi c'est Lili. Lili pour Elisabeth, j’ai une grand-mère anglaise, ou pour licorne. Je suis une passionnée par les effets spéciaux et les maquillages de cinéma. J’ai 17 ans, j’aime la chimie, j’adore lire. Elle a une chatte en fait, elle s'appelle Écume. Cris à les mêmes yeux gris que ceux d’Écume, des cheveux châtains en bataille, des taches de rousseur qui ressortent et sous son bronzage, son corps fluide se perd dans un jean et un sweat trop larges, il porte des baskets défoncés, je lui donne 14 ans mais il fait sans doute plus jeune que son âge, il me sourit en retour et là je m’aperçois que je me suis sans doute plantée. « Cris pour Christelle » précise-t-elle je me suis plantée. C'est une fille.

J'ai choisi cet extrait car on parle des personnages principaux. C’est important de les présenter.
Ambre, 4C

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