Célestine, qui se sait proche de la mort, se confie à sa "Biquette" : elle s'accuse de meurtre et évoque la mort de Solange et les lettres de Solange qu'elle a volées à Jeanne : voilà comment commence ce roman et comment la curiosité du lecteur est suscitée et le restera jusqu'à la fin.
/image%2F1483994%2F20260729%2Fob_d8368f_cover.jpg)
Célestine et toute sa famille traversent tout le XXe siècle dans une ferme du village de Sarégnac, "pile à la frontière entre la Corrèze et la Dordogne" Sa mère, Marguerite Moreau est devenue veuve si bien que Célestine n'a jamais connu son père. Marguerite s'est mariée à son voisin, Alphonse Dubreuil, dans le but de réunir leurs fermes. ..
A travers ces personnages, on découvre l'histoire de femmes de la famille au travers du siècle : Marguerite espère vivre plus longtemps que son ivrogne de mari, elle est pleine de dynamisme et crée une coopérative à Sérégnac malgré son mari qui la bat à la moindre occasion, mais elle meurt bien avant lui, en couche, donnant naissance à Solange. Sa fille ainée, Célestine, devra interrompre des études pour la remplacer auprès des enfants et au service de son beau-père alcoolique qui la bat, à son tour. Heureusement, six ans plus tard, lorsqu'elle atteint sa majorité, Alphonse Dubreuil n'aura plus de pouvoir sur elle. Elle s'éprend de son voisin Armand Bellanger qu'elle épouse malgré un coup de foudre pour son frère Edouard ! Avec Armand, elle forme un couple heureux, elle ouvre une épicerie pour vendre les produits de la ferme. Elle continue d'élever Solange mais un jour, le jour de la Libération, celle-ci rentre les jambes dégoulinantes de sang et quelque temps plus tard, elle donne naissance à Jeanne et refuse de l'abandonner même si elle n'a pas de père... Célestine élève alors la petite Jeanne dont elle surnomme beaucoup plus tard la fille "ma biquette".
Les récits de Célestine sont entrecoupés de lettres de Solange à Jeanne, "ma Jeannette", écrites à l"École de redressement pour jeunes filles de Cadiran" ou à Sérégnac ou de récit à la 3eme personne intitulés Jeanne. La variété des situations d'énonciation et des points de vue et systèmes narratifs contribue à donner au récit rythme et relief.
Pour toutes ces raisons, ce roman est à la fois agréable et lire et enrichissant.
Extrait choisi : École de redressement pour jeunes filles de Cadiran, 4 décembre 1950
Jeanne, ma Jeannette, La vie ici sans Rose est un enfer. J’enchaîne les classes, les sermons et les corvées. Je n’écris plus. J’essaie de ne pas trop me faire remarquer. Il fait si froid au Château des brumes, Jeannette, que chaque respiration s’envole blanche et cotonneuse dans l’atmosphère du réfectoire. La soupe est froide avant même d’arriver dans nos bols ébréchés.
Quand je sens que je pourrais sombrer, me mettre à crier, basculer dans l’irréalité, je m’accroche à ton souvenir comme une noyée à une bouée dans l’océan tumultueux du quotidien.
Tout chez toi n’est que perfection. Jusqu’à ton prénom.
