Il s'agit d'un roman policier dont toute l'action se concentre sur une semaine, en fin septembre 2023 et dans l'espace de la ville de Beyrouth :
Aimée Asmar, historienne et universitaire renommée, est retrouvée morte à son domicile. L'inspecteur Marwan Khalil, ex-milicien chrétien proche de la retraite se voit attribuer l'enquête par son chef et ami Chivas, lui aussi ex-milicien chrétien. Pour l'occasion, il sera accompagné d'un jeune adjointe Ibtissam Abou Zeid, jeune chiite idéaliste en rupture avec sa communauté : une parie de sa famille, communiste, a été assassinée par le Hezbollah quand elle était petite.
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Très vite, Marwan comprend que ce n'est pas un accident domestique qui a tué Aimée Asmar : elle a été assassinée à cause de ses travaux sur l'histoire du Liban, elle achevait un manuel scolaire sur l'histoire du pays, trois chapitres de 2000 à 2020 ont disparu !
L'enquête est intéressante, mais c'est surtout par tout ce qu'elle permet de découvrir ou d'apprendre sur le Liban qu'elle est passionnante.
Sur la vie quotidienne en 2023 : les rues sont très encombrées, les gens aiment la voiture, mais ignorent les priorités et globalement les règles. Par cet aspect, on dirait Naples ! Et pourtant, tout est trop cher : le carburant, les cigarettes, l'eau... L'électricité est fluctuante. Marwan se demande de quoi il vivra en retraite et il est hors de question qu'il rejoigne sa fille à Paris, car les Libanais qui n'ont pas d'autre nationalité ne peuvent plus quitter le Liban. Et néanmoins il aime les couchers de soleil sur la mer, les sandwichs au foie cru du quartier chrétien ou les poissons grillés ou frits du bord de mer.
Sur le fonctionnement de l'État : la police subit la pression des politiques à tel point que l'enquête est retirée à Marwan et qu'un pauvre bougre du Chouf "un peu simplet, qui cocherait toutes les cases" est arrêté et emprisonné. " Un innocent irait croupir en prison ou dans une institution psychiatrique, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Ce ne serait évidemment pas le premier" Marwan, en homme expérimenté, n'avait pourtant pas négligé la wasta : "Wasta. Nom féminin, désignant en arabe dialectal un piston, une aide officieuse ou officielle, une manière de resquiller ou d’obtenir un avantage grâce à quelqu’un de plus haut placé que soi. C’est probablement l’une des armes les plus utiles de la culture libanaise." Mais le député qu'il avait sollicité n'est pas allé jusqu'au bout de la défense de la vérité, il craignait pour sa vie.
Sur l'histoire du Liban : depuis l'indépendance en 1943 et la création de l'État d'Israël en 1948 et l'arrivée des réfugiés palestiniens, qui arrivent en plusieurs vagues selon les attaques israéliennes de même que les Syriens, envahisseurs puis à leur tour réfugiés lorsque leur pays est en guerre en 2011. Le Liban a vécu entre invasions, afflux de réfugiés, massacres, attentats et assassinats.
La touche d'espoir qui clôt le récit est bien mince, mais elle a le mérite d'exister.
EXTRAIT Quelques minutes de marche, le soleil tente une percée au loin, mais la montagne bloque les nuages. Le matelas gris s’épaissit, ça promet une fin de journée des plus moites. Une sale nuit de sommeil en perspective, dans des draps collants de transpiration. Le restaurant en contrebas a changé de nom l’an dernier et s’est refait une beauté. À quoi bon tous ces changements, hein ? Pourvu que les poissons y soient toujours aussi délicieux et les prix pas trop amers. La grande salle est construite sur pilotis, au-dessus des rochers plats que caresse la Méditerranée. L’air y est doux, parfumé de persil, de citron et d’huile de friture. On pourrait se croire au paradis.
