Istvan, 15 ans, vit en Hongrie. C'est le début de l'histoire qui s'achève comme une boucle, au même endroit, mais une cinquantaine d'années plus tard. Entre les deux, toute une vie, remplie d'aléas et d'enchainements plus ou moins improbables que j'ai découverts avec beaucoup d'intérêt, car l'auteur enchaine les épisodes de façon parfois abrupte et le lecteur ne comprend l'enchainement des événements que bien plus tard, au cours d'une conversation entre personnages.
Le narrateur, extérieur au récit, centre toute son attention sur le héros, ses actions, ses paroles. Or les paroles d'Istvan se réduisent souvent à une ou deux syllabes : "OK. Ouais. Rien...." et le narrateur, malgré son statut de narrateur extérieur au récit, reste témoin sans jamais nous donner accès aux pensées ou aux sentiments du héros si ce n'est par son attitude physique.
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Un enchainement aléatoire, un héros réduit à quelques paroles creuses, on songe souvent à L'Étranger de Camus et à Bardamu devenu Istvan, l'un comme l'autre semblent aussi étrangers au monde qu'à eux-mêmes !
Le roman est intitulé "Chair", en anglais Flesh et en effet, la sexualité occupe une grande place dans le roman et dans la vie du héros, mais de ce point de vue aussi, on est déstabilisé par ce héros qui n'est jamais à l'initiative d'une liaison ni d'une rupture. Il paraît se conformer aux attentes des femmes, sans autre intention ! Peut-être peut-on dire que c'est un roman sur la masculinité à l'époque moderne ?
Le dialogue suivant se déroule avec la femme de son patron du moment, celle qui peu après devient sa maitresse puis son épouse et mère de son fils :
– Que voulez-vous savoir ?
– Juste quelque chose à votre sujet. »
Il est au volant de la Mercedes, dans un ralentissement sur Piccadilly.
« D’après Karl, vous avez servi dans l’armée.
– Oui.
– C’était comment ?
– C’était comment ? »
Alors que le mouvement de la circulation reprend, il doit rester concentré sur la route un certain temps.
« Oui, dit-elle.
– C’était… »
Il ne sait pas quoi dire, quel genre de réponse elle attend.
« C’était OK, dit-il.
– C’était OK ?
– Oui.
– Comment ça ?
– Comment ça ?
– Oui.
– Eh bien… C’était OK
.– Comment ça, “c’était OK” ? Qu’est-ce que ça veut dire, en fait ? Quand vous dites “c’était OK”, en fait vous ne dites rien, si ?
– Je ne vois pas très bien ce que vous aimeriez savoir
.– J’aimerais savoir comment c’était. Merde, arrêtez de rester dans le vague. Vous êtes toujours comme ça ?
– Comme quoi ?
– Comme ça. Dans le vague. »
Pour ce roman, l'auteur a été récompensé par le prestigieux BOOKER PRICE 2025, je l'ai lu et beaucoup aimé dans la traduction de Benoit Philippe.
