Poète, nouvelliste, romancier et scénariste, Marc Villard a plusieurs cordes à son arc. Avec Continuons le début, ce sont treize nouvelles noires qu'il nous propose. Il faut dire que l'auteur est passé maitre dans le domaine de la nouvelle, il a publié plus de quarante recueils.
En exergue, cette citation annonce la couleur sans vraiment tout révéler : "Son ennemi, c’était la Rue. Pour lui, la Rue ressemblait à ces énormes serpents du zoo : elle dévorait tous ceux qui la touchaient. DAVID GOODIS
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Parmi ces treize nouvelles, difficile de faire un choix : elles ont toutes une chute imprévisible, qui scotche le lecteur. Elles sont noires, mais pas nécessairement sanglantes. Dans chacune, un milieu social et des personnages sont campés avec adresse. On y croise nombre de personnages touchants, fragiles, plus ou moins marginaux, artistes de jazz, poète, artiste peintre.
Ils sont jeunes, comme Iris Moreno qui cherche un rouge comme Véronèse cherchait un bleu, dans Arles ou comme Antoine Solal, galeriste, dans La petite sœur ou comme le bassiste Sid Vicious dans No Future. Jérôme, dans Versailles n'a que 15 ans et cherche qui est son père.
Ils sont parfois vieillissants, comme Henri devenu nounou au bloc Normandie et l'œil rivé sur Maya, sa fille, qu'il élève seul depuis le décès de son épouse ou comme Charly Parker alias Bird, le saxophoniste de L'oiseau de nuit. Dans Le rêve américain, "Franck, un ancien tromboniste reconverti à l’alto, Daniel, pianiste à ses heures, et Manu, qui fête en permanence son premier versement de la Cnav" sont trois compagnons de galère, qui tiennent des conversations de comptoir sur une chanteuse qu'ils ont connue autrefois et qui est partie en Amérique.
Rares sont les occurrences de la police : Clem, dans Paris-Venise, représente la police, mais en vacances ! d'autres policiers, de la BRI, oublient de remplir leur mission dans Immigrés clandestins ! Le lieutenant qui intervient à la fin de Calibre 12 dénoue une enquête qui n'est pas la sienne, malgré lui ! Un journaliste suédois mène aussi une enquête dans Remember mais il va de surprise en surprise !
Un seul tueur à gage, "pas un tueur de renom, il récupère des contrats foireux que certains négligent." : Roberto Soler
La nouvelle la plus touchante à mes yeux est Papi l'histoire d'un poète, Marcus, qui rencontre une jeune chanteuse de rue, Gisèle, et se préoccupe de son sort, car elle vit dans la rue. Elle semble être une autofiction.
extrait :
L’air concentré, elle donna un coup de menton en direction du Poète.
— Si vous deviez partir sur la lune, qu’est-ce que vous emporteriez ? — T u peux me tutoyer. — Ok, Papi. Tu emporterais quoi ?
— Un cahier pour écrire.
— Quoi encore ?
— Des poèmes de Brautigan, une compile de Miles Davis, des caramels mais pas trop mous.
— C’est qui, Brautigan ?
— Un écrivain américain. Et toi, tu emporterais quoi ?
— Ma guitare, une boîte de médiators, un exemplaire de l’American Songbook, un livre sur les blagues de Desproges, et mon portable pour prendre des photos.
— OK, on part quand ?
— Et un chien. On pourrait embarquer un chien dans la fusée, non ?
— Je préfère les chats.
— On en reparle demain. Là, je dois partir, j’ai un rencard avec une copine du Samu, aux puces de Clignancourt. — Le mercredi, c’est fermé.
— Justement, j’aime bien quand c’est fermé. Merci pour les croissants, Papi.
Il la regarda partir, étonné que le temps ait passé si vite"
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