J'ai décidé de lire ce livre à cause du titre : le Finistère est mon département d'origine et de cœur. Bien sûr, cela me rend exigeante. Hélas, sauf quelques éléments historiques concernant Brest et Saint-Pol de Léon, et quelques rares mots bretons, rien ne fait vivre dans ce récit le Finistère claironné par le titre. Ou alors par quelques accès de nostalgie pour un passé révolu : Eugène " se demanda à quel moment, précisément, les Johnnies, qui allaient autrefois à vélo vendre leurs montagnes d’oignons en Angleterre, avaient disparu. Son fils ne connaîtrait jamais les ramasseurs de goémon de la baie de Pempoul, ni les pêcheuses de coquillages avec leur panier sur la tête. Ils avaient disparu, en même temps que les cabines à roulettes de la plage Sainte-Anne, et Marie Bustor, qui vendait ses crabes cuits en fumant la pipe, et le bazar de la Grand-Rue. Il n’entendrait jamais parler de Marie-Anne Floch, la sœur de l’abbé Floch, qui était devenue professeure après la guerre parce qu’il manquait d’hommes. Il ne connaîtrait jamais l’histoire de la source miraculeuse de la fontaine de Lenn ar Gloar. Il n’entrerait jamais dans l’horlogerie Daniélou, qui « réparait tout ». Ce n’était ni bien ni mal, il en allait ainsi. Ce qui était vivant finissait par mourir"
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Ici l'enjeu est de retracer l'histoire de la famille Berest depuis Eugène, venu de Saint-Malo pour s'installer à Saint-Pol de Léon, sympathisant du mouvement politique du Sillon et cofondateur de la coopérative La Bretonne. Parfois l'autosatisfaction laisse pantois comme ici "Les paysans de la coopérative agricole pouvaient ainsi mettre leurs forces en commun, acheter des fourrages en gros et des engrais modernes pour remplacer le ramassage du goémon, ... – Il faudrait détruire les talus et réunir les champs. Eugène-père regarda Eugène-fils avec fierté. Il ne s’était pas trompé, son fils un jour reprendrait la coopérative, et saurait la faire grandir.– Exactement ! Bientôt, nous devrons détruire tous ces talus. Alors nos petits champs n’en feront plus qu’un seul, grand et bien plat, qui permettra d’effectuer en une matinée le travail de trois jours. Tu comprends ?"
Quand on connait aujourd'hui les problèmes économiques et environnementaux issus du remembrement et des usages d'engrais chimiques, quand on a lu Silence dans les champs de Nicolas Legendre, cet enthousiasme d'Eugène Bérest devient vraiment gênant surtout quand il est communiqué sans recul par Anne Berest aujourd'hui.
Brest détruite par la guerre puis reconstruite avec de longues rues bien larges où s'engouffrent les vents marins (la rue de Siam) est la ville dont Eugène Bérest, fils d'Eugène Bérest est devenu maire (suite à la renonciation volontaire de Georges Lombard devenu sénateur) puis élu maire de 73 à 77 alors qu'il était professeur agrégé de Lettres au lycée de Kérichen...
Parmi ses quatre enfants, il y avait Pierre Bérest est le père d'Anne Bérest. Ingénieur général des Mines, il a dirigé le Laboratoire de mécanique des solides de l’École polytechnique. Comme son père et comme son grand père, c'est un taiseux si bien qu'il se livre difficilement lorsque sa fille tente d'écrire son histoire. Il faut lui accorder des circonstances atténuantes : il était très malade, soigné pour un cancer qui résiste aux traitements, lorsque sa fille tente de le faire parler sur son histoire.
Le récit s'achève alors sur le mal-être d'Anne Bérest qui mesure la distance qui s'est créée entre elle et son père, sans qu'elle comprenne les raisons.
Ce récit, trop souvent factuel, ne parvient presque jamais à atteindre une dimension romanesque qui lui donnerait un peu d'épaisseur. La période révolutionnaire de Pierre semble enfin atteindre cette dimension mais elle retombe brutalement et irrémédiablement. Dommage !
Extrait : Deux silhouettes spectrales, Léon Trotski, un piolet d’alpiniste planté dans le crâne, et Rosa Luxemburg, drapée dans sa robe de noyée, dansaient un slow pour ces garçons pétris d’espérance. Ils tournoyaient, enlacés – et l’air se mit à vibrer intensément. C’est alors que l’un des garçons chuchota comme pour lui même :
– On sera le levain qui fait monter le pain
Autre extrait : Disons qu’en 68, dans les lycées, les maos venaient en général des classes littéraires. Ils étaient plus romantiques, je dirais. Plus agités aussi. Pour moi, c’étaient des gars qui n’étaient pas sérieux. Dans le sens où ils avaient envie de se faire remarquer, de faire les malins, qu’on les admire, qu’on les regarde s’agiter dans la cour de récréation. Alors que nous, on bossait dans l’ombre, on préparait vraiment la révolution. Je te donne mon point de vue de l’époque ! Je ne te dis pas que c’est vrai ! À Louis-le-Grand, les trotskistes émanaient du groupe Rouge, et nous étions minoritaires. Les maoïstes, eux, se divisaient en plusieurs branches. Il y avait les anarcho-maoïstes d’un côté, surnommés « maos-spontex » par leurs opposants, et de l’autre côté, les maoïstes orthodoxes marxistes léninistes pro-chinois.
– J’imagine qu’eux, en retour, n’étaient pas tendres avec vous. Les maos pensaient quoi des trotskistes ?
– Ils disaient que nous n’étions pas proches du peuple, qu’on se voulait « d’avant-garde », c’est-à-dire snobs.
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