Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
23 juillet 2025 3 23 /07 /juillet /2025 20:03

Ce récit, publié en 1969 ne se préoccupe en rien du Mai 68 que l'auteur, alors âgé de 23 ans a pourtant vécu à Paris. Ce qui l'intéresse, c'est la période qui a précédé sa naissance, les années 40, sous l'Occupation allemande.

Dans ce récit dans un Paris occupé, un jeune homme, le narrateur, par une sorte d'indifférence à l'Histoire et par intérêt immédiat, s'est mis au service de la milice. Il côtoie la Gestapo, les gangsters de tous genres, les prostituées, des policiers corrompus, une population aussi diverse que bigarrée.  "Au 93 de la rue Lauriston, on torture au sous-sol, on festoie au rez-de-chaussée, on déshabille au troisième, quelques-unes des plus belles femmes de Paris" De quoi y perdre son identité ! Le narrateur, dont on ignore qui il est dans le dialogue initial, est pris dans la ronde infernale et bruyante, il collabore, il vole et vend ses butins à l'ennemi., il dénonce les réseaux de résistants, qu'il a infiltrés, il est Swing Troubadour ! Pour famille, il s'est inventé Coco Lacour, un géant roux et aveugle et Esméralda, "une toute petite fille minuscule" avec lesquels il ne peut pas parler, mais dont il prend soin. Toutefois, comme pour se racheter, il endosse aussi l'identité de Lamballe, qu'il désigne comme chef du réseau de résistants et accepte de tirer sur le chef de la milice, qu'il blesse à l'épaule.  

Récit halluciné où les époques se mélangent, où les êtres perdent leur humanité pour devenir pantins de plâtre ou clowns bigarrés, mais angoissants. L'Occupation est le contexte suggéré, mais aucune date, aucun occupant désigné ne confirment cette suggestion. Des dizaines de noms propres sont martelés à divers moments du récit, mais ces noms se rapportent à diverses époques ou appartiennent tantôt à la fiction, tantôt à la réalité ! Monde angoissant, réplique de l'Enfer de Dante, cauchemar hallucinatoire, ce récit trouble et dérange.

Extrait : "Les femmes sont beaucoup trop fardées, les hommes ont une élégance nègre : chaussures de crocodile, costumes multicolores, chevalières en platine. Certains même exhibent à tout propos, une rangée de dents en or. Me voici aux mains d'individus peu recommandables ; des rats qui prennent possession d'une ville après que la peste a décimé ses habitants".   

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 11:56

La réputation de ce roman, primé par le Goncourt en 1978, n'est certes plus à faire !  Mais j'ai décidé de relire et de chroniquer tous les bons romans de ma bibliothèque pour me souvenir ! 

Rue des Boutiques Obscures est le récit d'une quête d'identité qui dure jusqu'à la dernière page. Le héros narrateur, victime d'amnésie depuis une dizaine d'années, se met à explorer toutes les pistes qui peuvent le mener à son identité et à son histoire. Il rencontre des témoins potentiels, reçoit d'eux diverses photos, explore les rues et quartiers de Paris puis Megève et Bora-Bora. Il  analyse ses sensations, odeurs, couleurs, évocatrices, regards, allures, corpulences, consulte registres et bottins. 

Peu à peu naissent des réminiscences, de plus en plus précises, accompagnées de sensations d'enfermement, de claustrophobie, de danger, de peur. L'ensemble crée pour le lecteur une atmosphère étrange et comme envoutante, d'autant que jamais ne sont nommées les sources des menaces. Vu l'époque, on songe bien sûr à l'Occupation, période souvent évoquée par l'auteur, mais jamais nommée. Mais des ruptures brouillent encore les choses : le narrateur intradiégétique dans la majeure partie du récit cède parfois la parole à un narrateur anonyme et extradiégétique qui raconte donc à la 3ᵉ personne ! 

Au-delà du récit, il y a le constat mélancolique de la fugacité de nos vies. Le roman commence par le constat sans appel "Je ne suis rien. Rien qu'une silhouette claire, ce soir-là, à la terrasse d'un café" et il s'achève sur ces mots : "et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d'enfant ?"  

Cependant, entre temps, il y a ces moments suspendus où la magie de la réminiscence et de l'écriture opèrent de concert : "Les automobiles roulaient vite, avenue de New-York, sans qu'on entendît leur moteur, et cela augmentait l'impression de rêve que j'éprouvais. Elles filaient dans un bruit étouffé, fluide, comme si elles glissaient sur l'eau." (p. 53), "Les rideaux rouges sont tirés. La lumière vient d'une lampe de chevet, à gauche du lit. Je sens son parfum, une odeur poivrée, et je ne vois que les taches de son de sa peau et le grain de beauté qu'elle a au-dessus de la fesse droite".(p 143) "D'autres nuits, la neige tombait et j'étais gagné par une impression d'étouffement. Nous ne pourrions jamais nous en sortir, Denise et moi. Nous étions prisonniers au fond de cette vallée et la neige nous ensevelirait peu à peu. Rien de plus décourageant que ces montagnes qui barraient l'horizon." (p.191)  

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2025 1 14 /07 /juillet /2025 10:42

Modiano encore, je ne m'en lasse pas ! Il faut dire qu'il a vécu une jeunesse tellement chaotique qu'il a par avance un support tout trouvé pour ses récits. Ici, il revient sur les années 50 quand son frère était encore en vie et quand sa mère était partie en tournée, confiant ses deux fils à des femmes qui occupent une grande maison, rue du docteur Dordaine, à Jouy-en-Josas.  

"Patoche", comme le surnomme l'une des femmes, ou "Imbécile heureux" comme le surnomme une autre, mène là avec son frère, Rudy, une vie d'enfant pleine de curiosités, de témérités, de peurs et de petits bonheurs : découverte des auto-tamponneuses, escapades nocturnes vers un château abandonné du marquis de Caussade, promenades au bois sous la surveillance de "Blanche neige", essais de l'auto-tamponneuse reçue en cadeau sur les rails en bois du jardin où se trouve la tombe du docteur Guillotin, promenades dans la voiture américaine de Roger Vincent, l'un des habitués de la maison, observation secrète du monde des adultes, souvenir des robes de chambre à carreaux… , le récit est empreint d'une sorte de vague nostalgie. Le monde des adultes fascine et intrigue les enfants qui sentent sans en être sûrs qu'il est un assemblage de profils très disparates, la petite Hélène, une ancienne trapéziste, Annie, une femme qui "pleure toute la nuit au Caroll's" lieu mystérieux que les enfants imaginent comme un cirque et Mathilde qui se dit protestante et prétend avoir un oeil derrière la tête. 

Puis le narrateur relate ce moment où dans sa toute petite chambre, square du Graisivaudan, il écrivait un roman et où il reçut la visite de Roger Vincent, alors que tous les habitants de la maison de Jouy-en-Josas avaient été arrêtés. Sans lien explicite, il s'interroge sur la façon dont son père, bien que juif, a pu collaborer avec les SS pendant la guerre et notamment sur l'homme qui lui a permis ce tour de passe-passe. 

Un magnifique récit, plein de mystère, de rêverie, d'insatiables quêtes !

Extrait :  Je suis retourné dans ce quartier, il y a vingt ans, à peu près à l'époque où j'avais vu Jean D. Un mois de juillet et un mois d'aout, j'ai habité une minuscule chambre mansardée, square du Graisivaudan. Le lavabo touchait le lit. Le bout de celui-ci était à quelques centimètres de la porte et, pour entrer dans la chambre, il fallait se laisser basculer sur le lit. J'essayais de terminer mon premier livre. Je me promenais à la lisière du XVIIe arrondissement, de Neuilly et de Levallois, là où Annie nous emmenait, mon frère et moi, les jours de congé. Toute cette zone indécise dont on ne savait plus si c'était encore Paris, toutes ces rues ont été rayées de la carte au moment de la construction du périphérique, emportant avec elles leurs garages et leurs secrets."

 

Partager cet article
Repost0
14 juillet 2025 1 14 /07 /juillet /2025 09:52

Premier roman que je lis de Valérie Perrin suivant les conseils reçus de mon compagnon. Un roman de 660 pages en poche, ce qui semble promettre une longue et haletante compagnie. 

 Alors oui, ce roman vous retient jusqu'au bout, car il parvient à maintenir le suspense, notamment par les constantes ruptures temporelles, mais aussi par le biais des changements de narrateur et changement de point de vue et encore par la multiplicité des personnages et l'enchevêtrement des récits. Habile construction qui aboutit pourtant à des dénouements plutôt décevants à mon avis.

Des histoires d'amour, la plus belle me parait celle de l'avocat Gabriel et de la patronne d'une roseraie, Irène, dont le journal révèle la sensibilité et la délicatesse.  Irène est certainement mon personnage préféré.

L'histoire de Violette est plus rocambolesque : serveuse dans un bar, elle épouse, un jeune homme qu'elle perçoit comme un Apollon, contre l'avis des parents du jeune homme et l'Apollon se métamorphose très vite en Casanova, délaissant Violette et leur petite fille, Léonine. Philippe, l'Apollon Casanova, est issu d'un milieu très bourgeois qui méprise Violette. Celle-ci devient garde-barrière jusqu'à l'électrification des passages à niveaux puis gardienne de cimetière où elle rencontre Sasha, un personnage qui semble sorti d'un conte asiatique qui l'initie à l'art de l'horticulture et au respect de la nature.

Un roman pour les vacances et l'été, prix de la maison de la presse en 2018 et des lecteurs du livre de poche en 2019  !  Je suis prête à parier qu'on en tirera un film !

Partager cet article
Repost0
22 juin 2025 7 22 /06 /juin /2025 13:45

Depuis la lecture de La Désinvolture est une bien belle chose, de P Jaenada, l'envie de relire Dora Bruder me taraudait. En effet, Philippe Jaenada ne s'en cache pas, il fait sans cesse allusion à Modiano et en particulier à Dora Bruder, elle aussi adolescente rebelle, placée au pensionnat et fugueuse. Jaenada comme Modiano se livre à une déambulation pour une enquête destinée à éclairer une jeune fille disparue.

Mais la similitude s'arrête là : Dora Bruder faisait l'objet d'un avis de recherche dès 1941 "Paris, On recherche une jeune fille, Dora Bruder, 15 ans, 1m55, visage ovale, yeux gris-marron, manteau sport gris, pull-over bordeaux, jupe et chapeau bleu marine, chaussure sport marron. Adresser toutes indications à M et Mme Bruder, 41 boulevard Ornano, Paris" 

Or 1941, Paris, "son couvre-feu, ses soldats, sa police" tout était hostile à Dora comme à sa famille : trois mois après avoir déposé l'avis de recherche, le père de Dora était arrêté, comme beaucoup d'autres victimes de la "traque des juifs" et l'auteur égrène les noms des inspecteurs et commissaires de cette ignoble traque.  

Mêlant intuitions, documents retrouvés, lieux revisités, Modiano explore toutes les pistes pour sortir du néant la jeune fille passée des Tourelles à Drancy puis à Auschwitz, comme des milliers d'autres, mais Dora Bruder seule, avec sa famille fait ici l'objet de l'enquête destinée à la remettre en lumière, à défaut de la faire revivre. Pour cela, l'auteur explore aussi son expérience personnelle du fourgon cellulaire, de la fugue, des déambulations boulevard Ornano ou rue Pic Pus et de ses lectures, notamment de la fuite de Jean Valjean dans Les Misérables de Victor Hugo ou encore des Tourelles dans Miracle de la Rose de Jean Genet.   

Extrait choisi : "Il faut longtemps pour que ressurgisse à la lumière ce qui a été effacé. Des traces subsistent dans des registres et l'on ignore où ils sont cachés et quels gardiens veillent sur eux et si ces gardiens consentiront à vous les montrer. Ou peut-être ont-ils oublié tout simplement que ces registres existaient.

Il suffit d'un peu de patience." 

 

Partager cet article
Repost0
12 juin 2025 4 12 /06 /juin /2025 15:30

Goncourt des lycéens en 2008, ce roman était dans ma bibliothèque, mais je ne l'ai jamais chroniqué ! Réparons cette injustice ! Un brillant avenir s'ouvre sur le suicide de Jacob, découvert par son épouse, l'héroïne, en 2003 : les ressorts de la tragédie sont en place ! 

Cependant, ce temps où la tragédie s'achève est une entorse au récit qui est réalisé du point de vue d'Elena Tiberescu/Helen Tibb, épouse de Jacob Steinovici entre 1941 et 1975, mais à travers une alternance de points de vue entre Helen et sa belle-fille Marie entre 1988 et 2006. Cela scinde la vie d'Elena/Helen en deux : Le passé de la fuite de la Bessarabie que les Russes envahissaient en 1941 vers la Roumanie où Ceausescu régnait en tyran, période reléguée bien loin par le recours au passé simple comme temps du récit et le passé récent aux États-Unis avec Jacob, mais aussi leur fils unique Alexandru et son épouse française, Marie, période racontée au présent de narration.  Est-ce à dire que le brillant avenir est immanquablement américain ? Au regard de l'actualité brûlante de cette année 2025, cela parait plutôt cocasse !

La période de 1975 à 1988 n'occupe que deux chapitres à peine, mais elle est, elle aussi, relatée au passé simple du point de vue d'Elena. Cette période place au cœur du récit, même si elle est reléguée à la fin du livre la question de l'appartenance à un groupe religieux. Elena est d'origine catholique, Jacob est Juif. En Roumanie, il était regardé avec méfiance, les parents d'Elena ne voulaient pas qu'elle épouse un Juif, mais en Israël, c'est Elena qui est perçue comme  différente : « Elena n’est pas juive. Il faut être juif pour comprendre ce pays. » Plus tard, à Rome, lorsqu'ils s'adressent au Bureau d'aide aux immigrants israélites, ils essuient un refus, car Elena n'est pas juive. Or, Elena veut quitter Israël car elle comprend que l'avenir de son fils y serait sombre.  Et là encore, quelle résonance avec notre époque tourmentée !  En somme, un roman qui traverse l'Histoire et nous fait voir ses effets à long terme ! Mais alors, quel est le brillant avenir annoncé par le titre ?

extrait choisi : "   — Oui, répondit Nancy en hochant la tête. Il n’a pas eu une vie facile. C’est un rescapé d’Auschwitz, et il a perdu son fils cadet en 67. »

Elena ouvrit de grands yeux. « Quelle horreur ! Un accident ?

— La guerre des Six-Jours.

— Oh, pardon. »

Nancy désigna du doigt une maison qu’elles venaient de dépasser et murmura : « Ils ont perdu leur fils l’an dernier, à la fin de la guerre du Kippour. Un fils unique. Une tragédie. Ils ont émigré de Russie il y a trois ans. — L’an dernier !

Il avait quel âge ?

— Dix-huit ans ? Il allait entrer à l’université pour étudier les sciences politiques. Igor. Un garçon charmant, et un violoniste de talent. Quelle tristesse. »

Dix-huit ans. À peine plus âgé qu’Alexandru. Un enfant. Elena frissonna. Sa belle-mère désigna du menton une autre maison, devant laquelle avait été installée une rampe pour permettre l’accès d’une chaise roulante. « Ici, leur fils a perdu ses deux jambes l’an dernier. À Kiryat Shmona. » 

Partager cet article
Repost0
1 juin 2025 7 01 /06 /juin /2025 10:07

Si ce livre se lit comme on regarde une série policière, ce n'est malheureusement pas un texte de fiction !

Il a fallu que Dominique Strauss-Kahn en soit victime en 2021 pour que la justice, sollicitée par American Express, soit enfin saisie et que des voleurs soient arrêtés. DSK a pu être remboursé, mais c'est à peu près le seul, car les banques refusent toujours de rembourser, prétextant la faute du client-victime, afin de s'épargner une mauvaise publicité, hantise de la plupart des banques. Pourtant, aussi bien la Banque Postale que la BNP, que la Caisse d'épargne ou le Crédit Mutuel et bien d'autres, toutes les banques sont concernées. Des appels frauduleux usurpant le numéro de conseillers bancaires demandent au client de valider un code pour stopper une fraude en cours et le client valide sans s'en rendre compte une fraude qui parfois vide son compte chèque et tous ses livrets d'épargne, parfois même déclenche en son nom des prêts à la consommation !  Comme Dominique Strauss-Kahn, le Juge Bruguières et des centaines de victimes anonymes  tombent dans le piège et plusieurs se font totalement dépouiller.

C'est que l'usurpation des numéros de téléphone est une simple formalité pour ces voleurs, de même que la copie des numéros de compte, des numéros de cartes bancaires, des cartes d'identités et passeports. Tour se vend sur le Dark-Web et toutes les stratégies s'apprennent sur Telegram. Aujourd'hui, la police a même découvert deux IMSI-catchers, matériel en principe réservé à la DGSE ou à la DGSI, promenés dans Paris l'un dans une ambulance et l'autre dans la voiture d'une jeune fille : avec cet outil, ce sont "toutes les données mobiles des passants dans un rayon de deux cents mètres" qui sont captées. Facile ensuite de leur envoyer SMS, mails ou appels frauduleux.    

La difficulté des banques à embaucher comporte aussi un effet pervers : elle engage des personnes intérimaires (chez Manpower) dont le casier judiciaire n'est pas toujours aussi vierge qu'ils le prétendent ou bien, elles rémunèrent si mal que des employés se laissent convaincre contre récompense financière de voler les coordonnées de clients et la copie de leurs comptes. Lorsqu'ils sont découverts, ils sont licenciés d'une banque sans judiciarisation pour éviter toute mauvaise publicité et aussitôt engagés dans une autre banque. 

Avec désormais le développement de l'intelligence artificielle et l'arrivée de E-Sim, les fraudeurs ont une voie royale devant eux et il ne nous reste qu'à devenir paranoïaques, car ni les banques, ni les fournisseurs d'accès, ni les Gouvernements ne veulent ou ne peuvent arrêter le phénomène alors même que les fraudeurs sont souvent des jeunes sans diplôme, sans emploi qui flambent l'argent volé comme s'ils s'enivraient absurdement et sans le moindre regret ni la moindre pensée pour ceux qu'ils ont ruinés !       

Extrait: "Une enquête récente (2024) du cabinet Deloitte estime que l'intelligence artificielle va multiplier par 3,25 le montant annuel des pertes liées aux arnaques d'ici quatre ans, passant de 12,3 à  40 milliards de dollars aux États-Unis entre 2023 et 2027. Si l'on rapporte cette estimation à la situation française, le montant annuel de la fraude aux moyens de paiement passera de 1,2 (stable depuis 2021) à 3,9 milliards de dollars en 2027. Directement piochés dans les comptes des Français"

Partager cet article
Repost0
8 mai 2025 4 08 /05 /mai /2025 14:06

Rimbaud le fils, quel bel hommage à Rimbaud. Biographie, roman biographique, biographie romancée, essai, poème, les genres s'entremêlent pour célébrer le poète et nous aider à le comprendre. 

Le titre révèle l'interprétation dominante : Rimbaud est le fils, il ne serait pas Rimbaud sans sa mère, Vitalie Rimbaud, née Cuif, la "Carabosse" qu'il enfermait dans son "cagibi intérieur" dont "le clapet [...] n'était pas fermé complètement" et sans son père, le Capitaine au clairon "lointain comme le tsar et peu concevable comme Dieu"qui "annotait des grammaires et lisait l'arabe" mais "devint tout vif un fantôme". Et pourtant la gloire du poète repose finalement sur le refus de la filiation : "Enfin, [...] peut-être, il cessa d’écrire parce qu’il ne put devenir le fils de ses œuvres, c’est-à-dire en accepter la paternité. Du Bateau ivre, de la Saison et d’Enfance, il ne daigna pas davantage être le fils qu’il n’avait accepté d’être rejeton d’Izambard, de Banville, de Verlaine." Cependant, le texte est scandé par la formule "On dit" qui préserve le mystère. 

Le récit suit l'ordre chronologique et s'appuie sur les photos présentes dans l'édition de la Pléiade, la "Vulgate". Mais ce qui assure son unité et sa beauté, c'est avant tout la reprise comme en refrains d'images comme celles du père-clairon et de la mère-patenôtres, du cagibi ou puits intérieur, de la langue de bois-de décembre (le latin) opposée à langue de juin qu'est la poésie en français, de la Carabosse, de la tringle de l’alexandrin, du Gilles de Watteau auquel ressemble Théodore de Banville, de la petite bouture qui permet d'entrer dans le monde parisien des poètes et de la chanterelle, être la poésie personnellement.

Le récit souvent fait écho aux poèmes. "On dit qu'une plus longue fugue, un rêve, à la fin de l'été le porta en Belgique, vers Charleroi par de petits chemins avec des mûres sans doute, des moulins dans des arbres, des usines surgies au bout d'un chant d'avoine, et nous ne saurons jamais exactement où il passa, où son esprit jeune bondit sur tel quatrain aujourd'hui plus connu en ce monde que Charleroi, où le lacet de la grande godasse lui resta dans la main, sous la Grande Ourse, mais nous savons qu'au retour il s'arrêta à Douai, chez les tantes d'Izambard, trois douces Parques au fond d'un grand jardin, couturières, chercheuses de poux et que ces jours dans un grand jardin à la fin de l'été furent les plus beaux de sa vie, peut-être les seuls. On dit aussi que dans ce jardin il fit ce poème que tout enfant connait, où il appelle ses étoiles comme on siffle ses chiens, où il caresse la Grande Ourse et se couche près d'elle..."   

"Hélas, Rimbaud a le don d'enfariner ceux qui l'approchent , et ce disant mes mains pendent, je m'enrhume ; si je bats mes basques il en sort de la farine".

 

Partager cet article
Repost0
3 mai 2025 6 03 /05 /mai /2025 13:52

Lire ce roman de Karine Tuil, c'est loin de se dépayser et pourtant, c'est entrer dans un autre monde ! Les personnages sont Dan Lehman, un président de la République qui vient de perdre le pouvoir, sa jeune épouse Hilda Müller, une actrice qui cherche à revenir au sommet de sa carrière après la mise entre parenthèses durant le temps de la présidence de son mari, leur fille, Anna, sourde et muette, l'ex-épouse de Dan Lehman, Marianne, écrivaine et mère de leurs trois enfants, désormais jeunes adultes, Julien, Luca et Léonie. Autour d'eux gravitent un temps le petit monde des avocats et conseillers fidèles, puis le monde du cinéma, le metteur en scène Romain Nizan, sa maîtresse, Mélanie, sa productrice, Anne Weber et l'univers du festival de Cannes. En somme, tous ceux qui font la Une de la presse nationale et de la presse à scandale. 

Or, Karine Tuil parvient à nous faire côtoyer l'humanité de ces personnages pris dans la tourmente du pourvoir et de la médiatisation. En effet, elle donne accès à la conscience des uns et des autres à tour de rôle. On suit l'inexorable descente aux enfers du président autrefois acclamé et dorénavant conspué et même trainé devant la justice, cherchant soutien et consolation dans l'alcool jusqu'à frôler le drame le jour où sa fille échappe à sa surveillance et manque de mourir noyée. On suit le long et difficile renoncement de Marianne qui longtemps avait rêvé de refonder avec Lehman la famille qui les avait rendus heureux. On suit aussi l'impatience de Nizan qui croit enfin pouvoir accéder à la palme d'or au festival de Cannes sans penser que la brutalité avec laquelle il avait traité les actrices allait lui revenir à la face comme un boomerang.

Le personnage le plus tragique à mes yeux est Léonie, la fille du président et de Marianne. Le divorce de ses parents et le mariage de son père, tout juste élu président avec une starlette à peine plus âgée qu'elle, l'avait déjà perturbée, la rencontre de Nizan qui heureusement la trouve trop jeune, finit par la déstabiliser complètement lorsque qu'elle assiste à son déchainement de violence. Cette jeune femme, fervente défenderesse de la condition féminine, se trouve nulle part l'espoir qui à son âge semble nécessaire !

Extrait :  "Son image médiatique avait été pulvérisée en quelques minutes : il avait incarné la modernité, le glamour, le charisme. Il était devenu un vieux clown. L’image du ridicule dans le monde entier."

Partager cet article
Repost0
13 avril 2025 7 13 /04 /avril /2025 15:47

Le Pays blanc m'a rappelé un projet européen qui m'avait permis de rencontrer Aleksandra et quelques autres et m'avait conduite à Poznan pour un échange sur l'identité européenne. Justement, l'un des sujets majeurs de ce roman est la construction de son identité, celle des quatre générations de personnages, mais aussi celle de la Pologne, le "pays blanc". L'histoire commence en 1926 à Nowa Wies et s'achève de nos jours à Cracovie.

Une des caractéristiques de la famille de ce récit est la gémellité qui se reproduit dans deux générations, mais aboutit à un même effet : les jumelles se séparent, l'une quitte la Pologne pour la France et veut oublier ses origines polonaises, chacune garde secrète l'histoire de leur séparation de sorte que leurs descendants sont confrontés à une énigme. 

Autre caractéristique de la famille : La rencontre d'un Juif par deux des femmes de la famille pose manifestement un problème et aboutit à la naissance d'enfants illégitimes, ce qui complique encore la quête d'identité des descendants.

C'est que la Pologne a vécu avec encore plus d'acuité que la France la question juive puisqu'une grande partie de la population juive d'Europe vivait en Pologne, or ce pays a longtemps cherché ses frontières, lorgnées par l'Autriche, puis l'Allemagne Nazie et par l'Ukraine et la Russie !

L'image choisie pour la couverture du roman publié chez Fleuve édition est représentative de la quête solitaire que mène les héros de ce roman et la ligne tracée dans la neige peut évoquer ces frontières fragiles, souvent redessinées, qui font de la Pologne une sœur de l'Ukraine actuelle.   

extrait choisi :  Elle hésite, attrape un coussin et le pose sur ses genoux, tout en continuant à se balancer. Du bout des doigts, elle caresse la couture du tissu bariolé, ouvre les lèvres, inspire, s’apprête à parler. Ne dit rien finalement. 

Dans ce silence, j’estime le poids de son secret. Et il me pèse. 

Je pourrais insister, mais je lui fais assez confiance pour savoir que ce qu’elle me tait est voué à me protéger. Janek garderait le silence, lui aussi, j’en suis sûre. Je pourrais jouer la carte de l’inquiétude, avancer que maman n’est plus la même, se plaint de fatigue, est peut-être souffrante… Janek, autant qu’elle, saurait à quoi s’en tenir. À part du passé, Stanisława n’est malade de rien. Cette maladie mérite toutefois d’être prise au sérieux. 

Dans mon for intérieur, j’en viens à penser que nous étions juifs avant. Forcément. Pourquoi maman réagirait-elle si vivement, sinon ? Ses paroles refluent parfois dans ma mémoire : « Nous allons revenir à notre place. » Dans le ghetto, souricière des Juifs affamés, violentés et déportés par milliers… « On n’échappe pas à son destin, de toute façon. » Fatalité. Je savais pourtant ce qu’elle me répondrait si j’osais lui poser la question qui me brûlait les lèvres dès que nous passions un moment ensemble. 

« On était juif dans la famille, avant ?

— Enfin, qu’est-ce que tu vas chercher ? On est catholique, rien d’autre que catholique ! Cesse de te mettre de pareilles idées en tête, c’est ridicule. » 

Son ton serait tellement incisif que je n’oserais pas lui rappeler les paroles qu’elle avait laissé échapper par mégarde, pas plus que je ne m’aventurerais à lui signaler ses plaintes et sa fatigue continuelles.

Partager cet article
Repost0

Présentation

  • : LIRELIRE
  • : Ce blog est destiné à recevoir et à diffuser nos avis de lecteurs à propos des livres choisis (élire) et lus (lire).
  • Contact

licence et trace carbone

Lirelire   Josiane Bicrel est mis à disposition selon les termes de la licence creativecommons by-nc-sa/4.0

Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Partage dans les mêmes Conditions 

Lirelire est neutre en carbone.

 

Rechercher

Mon profil sur Babelio.com

Classement Alphabétique Des Auteurs

Mon profil sur Babelio.com