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12 avril 2020 7 12 /04 /avril /2020 17:42

Lire en cette période de confinement Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, œuvre couronnée par le prix

Médicis essai 2011, est une étrange expérience. Dès les premières lignes, nous voilà prévenus : "Je me suis installé pendant six mois dans une cabane sibérienne sur les rives du lac Baïkal, à la pointe du cap des Cèdres du Nord. Un village à cent vingt kilomètres, pas de voisins, pas de routes d’accès, parfois, une visite. L’hiver, des températures de –30 °C, l’été des ours sur les berges. Bref, le paradis.

J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste — l’espace, le silence et la solitude — était déjà là.

Dans ce désert, je me suis inventé une vie sobre et belle, j’ai vécu une existence resserrée autour de gestes simples. J’ai regardé les jours passer, face au lac et à la forêt. J’ai coupé du bois, pêché mon dîner, beaucoup lu, marché dans les montagnes et bu de la vodka, à la fenêtre. La cabane était un poste d’observation idéal pour capter les tressaillements de la nature.

J’ai connu l’hiver et le printemps, le bonheur, le désespoir et, finalement, la paix.

Au fond de la taïga, je me suis métamorphosé. L’immobilité m’a apporté ce que le voyage ne me procurait plus. Le génie du lieu m’a aidé à apprivoiser le temps. Mon ermitage est devenu le laboratoire de ces transformations.

Tous les jours j’ai consigné mes pensées dans un cahier.

Ce journal d’ermitage, vous le tenez dans les mains."

Il s'agit donc de suivre jour après jour le récit de ce confinement à l'envers puisqu'il s'agit ici de vivre dehors ou presque, dans une cabane de bois, près du lac Baïkal et de la forêt de Sibérie  mais loin de l'humanité et de la civilisation juste présente grâce à la bibliothèque emportée par l'écrivain-ermite. C'est à la fois, en cette journée ensoleillée de Pâques en Bretagne, un dépaysement radical en Sibérie à -35° parfois et une communauté de destin, toutes raisons gardées,  avec ce retrait du monde que nous vivons l'un comme l'autre, hormis les réseaux sociaux que le numérique nous permet ici et pas près du lac Baïkal. 

Extrait choisi :  "8 avril

Tempête.

Tout ce qui reste de ma vie ce sont les notes. J’écris un journal intime pour lutter contre l’oubli, offrir un supplétif à la mémoire. Si l’on ne tient pas le greffe de ses faits et gestes, à quoi bon vivre : les heures coulent, chaque jour s’efface et le néant triomphe. Le journal intime, opération commando menée contre l’absurde.

J’archive les heures qui passent. Tenir un journal féconde l’existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée — à mieux écouter, à penser plus fort, à regarder plus intensément. Il serait désobligeant de n’avoir rien à inscrire sur sa page de calepin, le soir. Il en va de la rédaction quotidienne comme d’un dîner avec sa fiancée. Pour savoir quoi lui confier, le soir, le mieux est d’y réfléchir pendant la journée."

Je viens de découvrir qu'un film a été tiré de cet essai en 2016 !

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