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22 août 2020 6 22 /08 /août /2020 16:28

Qu'est-ce que cela signifie ? A peine fini un livre sur le changement de moi (L'Homme-dé), voilà que je me

plonge dans un roman Changement de décor ! Deux romans des années 70 et deux auteurs anglophones en plus !

Celui-ci au moins est à la fois divertissant, drôle et enrichissant. Sur un rythme alerte, nous découvrons un sujet aussi sérieux que la comparaison des systèmes universitaires anglais et américains des années 70. En effet, Morris Zapp l'Américain, spécialiste de Jane Austen quitte son université de Plotinus à Esseph pour un échange de six mois avec  l'université de Rummidge en Angleterre. Il laisse en suspens la séparation que demandait son épouse Désirée. Philip Swallow l'Anglais est un universitaire a priori moins brillant. C'est lui qui prendra un poste à Plotinus pendant six mois, laissant le soin à son épouse, Hilary, de s'occuper de leurs enfants. Le premier chapitre peut sembler un peu long, les deux protagonistes sont en avion et se dirigent en sens inverse. Déjà, pourtant, une surprise de taille : Morris Zapp réalise soudain que dans son avion, il est le seul homme ! L'explication ne tarde pas : aux Etats-Unis, l'avortement est à cette époque interdit alors qu'il est légal en Angleterre. Toutefois l'expérience des deux protagonistes révèlera ensuite à quel point l'Angleterre est restée traditionnelle et conservatrice alors que les USA sont en perpétuelle ébullition. A la fin du roman, Philip et Hilary, Morris et Désirée se retrouvent en Amérique  : il s'agit de décider qui vivra où et avec qui !

La comparaison  des deux décors est saisissante :

"Lorsqu’il tirait les rideaux de sa salle de séjour tous les matins, le panorama remplissait tout le cadre de sa baie vitrée comme par l’un de ces tours de force[2] que réservait le Cinérama à ses débuts. Au premier plan, à sa droite et à sa gauche, les maisons et les jardins des professeurs les plus riches d’Euphoria s’accrochaient avec pittoresque aux flancs des collines de Plotinus. Juste en dessous de lui, là où les collines plus basses descendaient en gradins jusqu’aux rives de la Baie, s’étalait le campus avec ses bâtiments blancs et ses allées boisées, son campanile et sa plaza, ses amphithéâtres, ses stades et ses laboratoires, bordé tout autour par les rues rectilignes du centre ville de Plotinus. La Baie remplissait le panorama au milieu, s’étendant à perte de vue de chaque côté ; l’œil était entraîné naturellement dans un mouvement semi-circulaire qui balayait tout le paysage : il suivait l’Autoroute de la Côte toujours très encombrée, s’écartait et traversait la Baie en suivant le long Pont d’Esseph (seize kilomètres d’un péage à l’autre), avant d’atteindre la masse impressionnante de la ville, avec la ligne sombre des gratte-ciel du centre ville qui se détachaient contre les collines résidentielles toutes blanches, et de là il franchissait la Porte du Pacifique, épousant les courbes gracieuses du pont suspendu de l’Arche d’Argent, pour retomber sur les pentes vertes du Comté de Miranda, célèbre pour ses forêts de séquoias et sa côte spectaculaire. Même très tôt le matin, ce vaste panorama était sillonné par tous les moyens de transports connus – bateaux, yachts, voitures, camions, trains, avions, hélicoptères et hovercrafts – qui se déplaçaient tous en même temps, ce qui rappelait à Philip la couverture somptueusement illustrée d’un livre, Les Merveilles du transport moderne à l’usage des petits garçons, qu’il avait reçu pour son dixième anniversaire.

[...] Morris Zapp était, quant à lui, infiniment moins séduit par sa vue – une longue enfilade de jardinets humides, de cabanes pourrissantes, de linge dégoulinant, d’énormes arbres disgracieux, de toits crasseux, de cheminées d’usines et de flèches d’églises – mais il avait très vite abandonné ce critère lorsqu’il s’était mis à chercher un meublé à Rummidge. On pouvait s’estimer heureux, comme il l’avait très vite compris, si on réussissait à trouver un logement qui voulût bien se maintenir à une température adaptée à l’organisme humain, qui offrît tous les conforts les plus élémentaires de la vie civilisée, et qui ne vous donnât pas envie de vomir au premier coup d’œil avec les couleurs et les motifs bigarrés de la tapisserie. Il avait envisagé un moment de vivre à l’hôtel, mais les hôtels autour du campus étaient encore pires, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, que les maisons privées. Finalement, il avait pris un appartement au dernier étage d’une immense maison ancienne qui appartenait à un médecin irlandais et à sa nombreuse famille."

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24 novembre 2019 7 24 /11 /novembre /2019 14:48

Pas de point d’interrogation pour ponctuer ce titre car il ne s’agit pas d’une question mais d’une réponse sous la forme d’un pamphlet contre les politiciens français de tous bords pratiquant tous une politique néo-libérale : Emmanuel Valls, Myriam El-Khomri, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Emmanuel Macron. Tous sont les coupables désignés par le titre. Dans le texte, l’auteur s’adresse à son père « « Tu appartiens à cette catégorie d'humains à qui la politique réserve une mort précoce. »

Mais ce n’est pas qu’un pamphlet. L’œuvre débute par le retour de l’auteur chez son père et le choc du premier regard : il ne reconnait plus son père tant il est brisé, à bout de souffle, presque grabataire. L’auteur entreprend alors dans un long monologue adressé à ce père méconnaissable, de rassembler les souvenirs qui les unissent et qui les ont séparés aussi : « Pendant toute mon enfance j’ai espéré ton absence. Je rentrais de l’école en fin d’après-midi, aux alentours de cinq heures. Je savais qu’au moment où je m’approchais de chez nous, si ta voiture n’était pas garée devant notre maison, cela voulait dire que tu étais parti au café ou chez ton frère et que tu rentrerais tard, peut-être au début de la nuit. Si je ne voyais pas ta voiture sur le trottoir devant la maison je savais qu’on mangerait sans toi, que ma mère finirait par hausser les épaules et nous servir le repas et que je ne te verrais pas avant le lendemain. Tous les jours, quand je m’approchais de notre rue, je pensais à ta voiture et je priais dans ma tête : faites qu’elle ne soit pas là, faites qu’elle ne soit pas là, faites qu’elle ne soit pas là ».

En 2001, le malaise du père voyant son fils danser devant ses collègues, un autre soir où l’auteur encore enfant avait trouvé une photo de son père déguisé en majorette alors que depuis toujours, il disait qu’« un homme ne doit jamais se comporter comme une femme »...  C’est que ce père avait quitté l’école de bonne heure pour aller travailler à l’usine, signe de masculinité à son époque. La pauvreté, le corps brisé, peut être même l’alcoolisme sont les résultats de ce sacrifice à la masculinité.  Or ce père est lui-même le fils d’un père alcoolique et pauvre. Le déterminisme social est implacable ! Et les souvenirs s’égrènent ainsi au gré de leur apparition, sans linéarité chronologique. Ils disent le malentendu entre père et fils et aussi l’amour qui les unissait sans s’exprimer vraiment .

"Il me semble souvent que je t'aime" p 21

 

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20 juillet 2019 6 20 /07 /juillet /2019 18:23

Paru en 2018 et couronné la même année des prix Fémina et Renaudot, ce livre est le récit d’une lente et patiente reconstruction physique mais aussi d’une lente et patiente quête d’une identité nouvelle qui puisse enfin être habitée.

 

L’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015 est l’élément déclencheur ; l’auteur en sort plus mort que vif, L’acharnement des chirurgiens de La Pitié-Salpêtrière parvient au prix de dix-sept opérations au moins à remettre l‘auteur dans le monde des vivants, presque de force ! Il faudra encore plusieurs mois aux Invalides et l’entêtement des kinésithérapeutes et psychiatres puis la remise à neuf de son appartement pour enfin tirer l’auteur vers la vie. Il est tout juste tiré d’affaire quand lui parvient lors de son séjour à New-York la nouvelle de l’attentat du Bataclan le 13 novembre 2015. Et le récit s’achève là. Ces onze mois racontés en 512 pages sont donc la traversée du désert dans ce qu’il a de plus concret et de plus aride, Pas de place pour autre chose que la réalité: «Si écrire consiste à imaginer tout ce qui manque, à substituer au vide un certain ordre, je n’écris pas : comment pourrais-je créer la moindre fiction alors que j’ai moi-même été avalé par une fiction ? Comment bâtir un ordre quelconque sur de telles ruines ? Autant demander à Jonas d’imaginer qu’il vit dans le ventre d’une baleine au moment où il vit dans le ventre d’une baleine. » (p 93).

 

Pourtant outre l’indéfectible présence de son frère, de ses parents, de ses proches, de l’équipe médicale, le monde de la fiction ou au moins celui de la création littéraire et artistique constitue pour l’auteur une sorte de viatique : La mort de la grand-mère dans Le Côté de Guermantes relue avant chaque descente au bloc opératoire puis La Montagne magique de Thomas Mann, les pages où « où les morts sont descendus dans la neige sur des bobsleighs », les lettres de Kafka à Milena Jesenská, l’art de la fugue de Bach, les tableaux de Vélazquez… « Ma seule prière passait pour l’instant par Bach et Kafka : l’un m’apportait la paix, et l’autre, une forme de modestie et de soumission ironique à l’angoisse. » dit-il p 274. Tout cela accompagne l’auteur dans son parcours de douleur et le lecteur dans sa lecture.

 

Extrait : « Le lundi 2 février, je lis la mort de la grand-mère et je descends au bloc, dans l’après-midi. Comme l’attente n’en finit pas, je lis aussi quelques pages de La Montagne magique, celles où les morts sont descendus dans la neige sur des bobsleighs. Je ferme les yeux. Je suis chacun d’eux. La neige sur laquelle ils glissent a une odeur faite de cire chaude, de gazole et de tilleul menthe. Peu après être remonté du bloc, c’est la panique autour de moi : la saturation baisse, le pouls s’accélère, je sue comme la neige fond, je ne parviens pas à respirer, l’interne ne sait pas quoi faire. Mon père et mon frère me regardent, bras ballants, très pâles, littéralement interdits. J’ai le sentiment de descendre dans un puits humide et chaud, sans air. C’est épouvantable et c’est enivrant. C’est mystérieux et c’est intéressant. En me jouant des tours, mon corps m’initie. En m’échappant, il m’appartient. J’observe la descente que je subis, je me sens le père de mon père et l’ancêtre du frère dont je dépends. »

 

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5 mai 2019 7 05 /05 /mai /2019 22:50

La grande Russie ne cesse de me fasciner aussi ai-je choisi cette BD parmi les offres masse critique.

L'image qu'on y trouve de la Russie d'aujourd'hui me semble assez réaliste entre la bourgeoisie intellectuelle qui vit à Moscou, les jeunes qui se bâtissent une vie plus paisible et naturelle en province, les organisations mafieuses locales, les jeunes laissés-pour-compte de cette époque de mutation et les sbires de Poutine, décidés à éradiquer la mafia, coûte que coûte. L'histoire racontée est assez attendue.

Les dessins sont soignés, celui de couverture est un tantinet désuet. Cependant, les couleurs sont harmonieuses, les planches, souvent d'un camaïeu pastel de jaune, d'orange, de beige et d’ocres dégagent une impression d'unité et de douceur en contraste avec la tension du récit ... Ces couleurs  chaudes bousculent l'idée que je me fais de la Russie et de ses paysages de taïga ou même de toundra.

 

 

Extrait p 12

 

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31 janvier 2019 4 31 /01 /janvier /2019 18:54

Le nuage de mots de Mélinda, 4C

3 raisons/3mn par Emma, 4C

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7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 20:07

3 raisons / 3 mn par Louise, 4D

 

Nuage de mots de Jade, 4D

Le livre Dis-moi si tu souris est un roman écrit par Éric Lindstrom qui est un auteur anglais. Anne Delcourt a traduit le livre en français en 2016. La date de parution de ce livre est 2015, celui-ci est inspiré d’une personne handicapée. C’est un roman de jeunesse.

« Voir n’est pas croire » est la phrase qui m’a le plus marquée car elle dit vraiment tout, si tu vois quelque chose ça ne veut pas forcément dire que c’est la vérité donc il ne faut pas vraiment y croire.

Le personnage principal est Parker une jeune fille de 16 ans qui raconte son histoire à travers son handicap. Les autres personnages sont : Scott, son ancien meilleur et petit ami ; Sarah, sa meilleure amie et Molly, sa nouvelle partenaire qui l’aide dans ses cours et qui l’accompagne.

L’action se déroule dans le lycée Adams en Amérique, pendant l’année de première de Parker.

Pour résumer en quelques lignes, c’est l’histoire d’une fille, Parker, qui est tombée aveugle lorsqu’elle était petite, à cause d’un accident de voiture où sa mère est morte. Quelques années plus tard, son père meurt, un matin, dans son lit mais on ne sait pas à cause de quoi. Du coup, depuis la mort de son père, elle vit avec sa tata, son tonton, son cousin et sa cousine. Parker a des règles très précises car elle est aveugle et il y a une règle qui est très claire et qu’elle  voudrait qu’elle ne soit jamais trahie : « Il n’y a aucune seconde chance. La trahison est impardonnable ». Alors quand Parker reprend les cours, elle ne s’attend pas à recroiser Scott ou à lui parler. Scott, qui était son meilleur et petit ami en 4e l’avait trahie… Mais comme le lycée Jefferson avait fermé pour raison d’argent, les responsables avaient dû transférer tous les élèves au lycée Adams et c’est ainsi que Scott se trouvait dans le lycée Jefferson. Vont-ils se reparler ?  Est-ce qu’ils vont redevenir amis ? Parker va-t-elle céder à sa règle ? Ou vont-ils s’ignorer ?

J’ai aimé ce livre car en le lisant, je perçois bien les humeurs de Parker et ce qu’elle ressent en tant qu’aveugle. Son histoire est incroyable, je trouve. En plus, j’aime bien ce genre de livre avec de l’amour et de l’amitié. Par moment cependant, j’avais un peu de mal à suivre certaines scènes.

L’auteure a voulu nous montrer que ce n’est pas parce que l’on est aveugle, que l’on ne peut pas parler, entendre, marcher, courir ou vivre tout simplement. «Les handicapés » sont des êtres humains  comme nous tous, ils ont juste quelque chose en moins ou en plus par rapport à « une personne normale ».

Passage du livre   P.18 et 19

« -T’es sur que t’es dans la bonne salle ? Il n’y a plus de place chez les surdoués ?

-Je parie que ta prof principale, c’est Kensington. C’est pas un peu tôt pour jouer à ça ?

Je ne sais pas ni de quoi il parle ni qui est Kensington. Une prof de Jefferson, sans doute.

-Hé, tête de nœud, intervient une autre voix masculine à gaude de la tête de nœud. Elle ne joue pas. Elle est vraiment aveugle.

Intéressant. Cette voix-ci est plus douce, d’un calme avec lequel on entend rarement insulter les grosses voix de sportifs bronzés. Elle me dit quelque chose, mais je n’arrive pas à la situer.

-Mais non, c’est un truc de Mme Kensington, où il faut faire comme si…

- Je connais, mais elle ne distribue pas de cannes blanches, et elle attend quelques jours après la rentrée.

-Mais si elle était vraiment aveugle, pourquoi elle mettrait un band…

-Un conseil, mec : ferme-la. »

 

Alexiane 4e C

Le nuage de Julie, 4D

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 13:29

Du tout au tout est un roman poétique, satirique, dystopique et magnifique si ce n'est les

écarts langagiers qui jonglent entre le familier et l'argotique. Certes, dans la tradition rabelaisienne, c'est là une langue qui peut faire merveille et même qui donne au roman sa singularité mais cela l'exclut je le crains des CDI et des cours de lycée où pourtant il aurait sa place. En effet, on peut considérer Du tout au tout comme une réécriture de L'Écume des jours à bien des égards : l'univers des quatre-vingts premières pages rappelle celui de Colin : celui-ci est devenu Pierre Pierre mais c'est la même simplicité onomastique et le même portrait lisse et policé. Si Colin est riche et oisif, Pierre n'est ni l'un ni l'autre mais tous deux ont de la chance en dépit de leur maladresse : ici Pierre Pierre qui traînait sur un banc comme les "clodos qui cocotaient l'eau de Cologne" et dont "les cheveux étaient propres comme ceux d'une communiante", la "peau rosée", les "ongles faits"... Pierre Pierre, donc, rencontre César de la Mer, fondateur et patron du Poséidon et se fait engager. Colin a des souris gentilles et empathiques, Pierre Pierre a un chat, Mohair qui gonfle de bonheur quand le monde est à l'harmonie, Colin rencontre Chloé, Pierre Pierre rencontre Isis mais un jour Chloé est victime du nénuphar, mais un jour César de la Mer se retire au cimetière des bateaux, vieux et ruiné. Alors la DRH commet l'irréparable et tout de dégrade, les esthètes du Poséidon sont remplacés par les datas et par les mails des bazoomails de l'entreprise qui désormais est celle de Vulcain, Isis y perd son âme et celle de César s'échappe par toutes les fissures de la bâtisse qui de forme ovoïde est de devenue pyramidale, Mohair est devenu si petit que Pierre Pierre le transporte dans un tube.

Dès lors le roman se fait critique d'une société dans laquelle on reconnaît bien des défauts de la nôtre. Un exemple, p 253 : "On était quatre cents salariés du temps de César. En trois mois, tu sais à combien on est passé ?

_ Trois cents. Moins 25% d'effectif en un trimestre. Par contre, on a trois cents contrats pro.

_ Un par personne. Pour s'en souvenir, c'est du nougat. Ça vient d'où cette mode ? On est tombé sur une ruche ?

_ Le nouveau code du travail. Plus on exploite les mômes, moins on paie d'impôts. Tu parles que c'est pas passé à la direction... On les prend, on les lessive, on les essore et on les jette. Pauvres gosses... "

C'était mon premier roman d'Arnaud Le Guilcher, j'y reviendrai, c'était un très bon moment.

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21 novembre 2017 2 21 /11 /novembre /2017 19:18

Paris, rue du Rendez-Vous, Franprix, caisse 4. Ici, le vendredi matin est un point

d’intersection entre 3 chemins de vie : la caissière, l’homme sombre et notre narratrice observatrice. De cette rencontre hebdomadaire ressort des éléments de leur passé, de leur présent. Jeanne raconte. Premièrement, elle imagine à partir de ce qu’elle voit : une photo qui s’est égarée, des courses suggestives. « J’ai l’œil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’oublie, je l’invente. » Puis, peu à peu, elle remonte leur histoire en alternant avec la sienne. La vieille femme découvre beaucoup de choses au sujet de ces deux personnages tout au long du livre.On devine un point commun entre eux : la solitude.

            La façon d’écrire de l’auteure rend la lecture de ce récit très agréable. Du fait qu’il n’y a pas de schéma narratif ordinaire, ce livre ressemble plus à un journal intime, ce qui nous rapproche de la narratrice. L’alternance entre la vie de Jeanne et celle des autres facilite la lecture. En effet, malgré le fait qu’il n’y a pas de chapitre, c’est fluide et on ne reste pas trop longtemps à parler de quelqu’un, ce qui pourrait devenir ennuyant. J’ai lu dans ce livres de jolies figures de style et je trouve qu’il a un côté poétique. C’est essentiellement narratif, descriptif. De ce fait, la moindre chose hors norme qui se passe, tel que la caissière qui sort de sa cabine, devient un exploit et le rythme du passage accélère.

            Le thème choisi par l’auteure est la solitude. C’est un fait social intéressant et elle le traduit bien dans son roman qui a pour cadre spatio-temporel la ville de Paris, de nos jours. Lorsque qu’un personnage parle (ou parlait si c’est un souvenir), aucune des règles du dialogue que l’on apprend à l’école n'est appliquée. La phrase est insérée dans le texte. « Gordana, […] s’employait à soulager l’angoisse du chien en lui répétant, dans un français rogue et chantant, n’aie pas peur Nino elle est revenue voilà, elle est revenue Nino la voilà n’aie pas peur. » Tous les personnages présentés sont, ou ont été seuls, en passant même par Jeanne la narratrice. Ce récit traite aussi des inégalités sociales et de l’immigration à travers ses portraits : « Si elle était née en France, en Allemagne, ou en Angleterre, en Italie même, si elle était née du bon coté, elle aurait été réparée. ». Les histoires sont aussi touchantes les unes que les autres.

            Ce livre m’a cependant moyennement plu car je suis plus amatrice de récits fantastiques et le cadre de l’histoire était trop monotone pour moi. Cependant je l’ai trouvé facile car on peut faire une pause à tout moment. Si vous recherchez une lecture calme, ce livre a été écrit pour vous !

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16 mars 2016 3 16 /03 /mars /2016 10:55
Le Clézio JMG, Désert

Lire Désert c'est se laisser charmer par la poésie de la langue de Le Clézio : "Ils sont apparus, comme dans un rêve, au sommet de la dune, à demi cachés par la brume de sable que leurs pieds soulevaient. Lentement, ils sont descendus dans la vallée, en suivant la piste presque invisible. En tête de la caravane, il y avait les hommes, enveloppés dans leurs manteaux de laine, leurs visages masqués par le voile bleu..." (p 7) "C'est l'eau qui est belle aussi. Quand il commence à pleuvoir, au milieu de l'été, l'eau ruisselle sur les toits de tôle et de papier goudronné, elle fait sa chanson douce dans les bidons, sous les gouttières..." (p .160) ...

Lire Désert c'est se laisser entrainer par les destinées de deux héros, Nour et Lalla, dans deux histoires parallèles, à deux époques différentes :

Nour est un jeune garçon qui en 1909/1910 arrive dans la vallée de la Sagiet el Mamra remontant du Sud Saharien dans une longue caravane de Touaregs fuyant l'invasion franco-espagnole. Avec Nour, nous suivons la lente progression de la caravane unie autour d'un chef charismatique, Ma el MaÏdine jusqu'à l'ultime bataille d'Agadir en 1912. La défaite était prévisible dès les premières pages. L'histoire de Nour et des hommes bleus de la caravane semblait vouée au désastre, "Peut-être que c'était ainsi que les choses devaient de passer, pensait Nour." (p 431)

Lalla est une jeune fille, une orpheline qui descend des "hommes bleus" du Sud Saharien. Elle vit dans une époque moderne non datée, dans "La Cité" un bidonville situé à la lisière du désert. Elle y passe une enfance heureuse malgré le dénuement mais le jour où elle s’aperçoit qu'elle ne pourra pas échapper à un mariage arrangé, elle s'enfuit. On la retrouve à Marseille où elle côtoie la misère des prostituées, des émigrés et des exclus. Mais "elle danse, pour partir, pour devenir invisible, pour monter comme un oiseau vers les nuages. Sous ses pieds nus, le sol de plastique devient brûlant, léger, couleur de sable, et l'air tourne autour de son corps à la vitesse du vent..." p 355 et elle retrouve finalement son pays d'enfance.

Lire Désert c'est aussi se familiariser avec l'histoire de ces peuples Sud Sahariens, une histoire de la résistance des Touaregs organisés autour de Ma el Aïnine face à l'invasion franco-espagnole et à la colonisation et puis un jour de 1910 "Le "fanatique" est acculé, d'un côté à la mer, de l'autre au désert. Le vieux renard va être obligé de capituler. N'a t-il pas été abandonné de tous ? Au Nord, Moulay Hafid a signé l'Acte d'Algésiras, qui met fin à la guerre sainte. Il accepte le protectorat de la France. Et puis, il y a eu la lettre d'Octobre 1909, signée du propre fils de Ma el Ainine, Ahmed Hiba, celui qu'ils appellent Moulay Sebaa, Le Lion.." se rassure l'observateur de l'armée du général Moinier à la veille du grand combat. Sombre et complexe histoire des "hommes bleus" du désert.

J.Bicrel

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L’œuvre romanesque Désert a été écrite par J.MG Le Clézio en 1990. Désert est sa 4ème œuvre principale et il a reçu le prix Nobel en 2008. Le Clézio est un romancier, nouvelliste et essayiste français, et précisément breton. Il a actuellement 76 ans. Désert est un roman tragique et descriptif.

Dans cette œuvre on trouve deux enfants-héros : Nour un garçon et Lalla une jeune fille.

Nour vit dans une caravane. C’est un garçon très observateur, particulièrement d’une certaine Ma el aïnine. Un jour il part avec les hommes bleus guidée par Ma el aïnine en direction d’une ville sainte. Mais ils sont poursuivis par les chrétiens et de nombreuses personnes mourront dont Ma el aïnine. Suite à cela Nour devient ami avec un soldat aveugle : «la main du guerrier aveugle le poussait en avant ». Nour continue la marche avec les survivants du massacre par les chrétiens et ils arrivent à la terre sainte : la ville promise. Arrivés là-bas, les survivants se font tuer par les chrétiens, il ne reste que Nour qui n’a pas été tué. Il retourne donc chez ses parents dans une ville voisine, où ils étaient restés. En En parallèle, Lalla est une orpheline qui vit dans un bidonville au Maroc avec sa tante, où elle est heureuse « tout le monde est très pauvre et personne ne se plaint jamais ». La vie là-bas lui plait : » il y a la promenade, l’eau de la fontaine, le feu, le bain, le marché et la fête ». Lalla est de religion musulmane. Elle est amie avec un jeune berger muet qui se nomme « le Hartani », elle va voir en secret Es Ser (« le secret »), c’est un homme mythique dont le corps est bleu. Elle va également rendre visite à Naman, un pêcheur âgé qui lui raconte des histoires sur des villes sur la côte méditerranéenne, comme Malaga en Espagne et Marseille en France. Sa tante ayant du mal financièrement pour nourrir ses fils et sa nièce, Lalla travaille mais celle-ci ne rapportant pas assez d’argent, Amma , sa tante, décide de la marier à un homme fortuné. Mais Lalla n’étant pas en accord avec ce mariage, elle décide de s’enfuir de chez sa tante, et se réfugie chez le pêcheur, qui meurt peu après. Elle va donc rejoindre Le Hartini. Lalla tombe enceinte du berger, et part en direction de Marseille où habite désormais Amma, une ville qu’elle connaissait par le pêcheur. Amma vit dans un quartier pauvre, et Lalla travaille comme femme de ménage. A Marseille, Lalla fait la rencontre d’un jeune mendiant, avec qui elle fera la rencontre d’un photographe. Celui-ci l’embauche comme mannequin. Avec tout l’argent qu’elle gagne et après la mort de Radics, le mendiant, elle repart dans le désert au Maroc, son pays natal. C’est là-bas qu’elle met au monde son enfant.

Ce roman est structuré de façon binaire, « le bonheur » qui se passe au Maroc et « la vie chez les esclaves » qui se passe à Marseille, en France. Il exprime les émotions et les sentiments d’une adolescente. A chaque fois qu’il y a quelque chose de nouveau qui intervient dans l’histoire, comme l’arrivée d’un nouveau personnage ou même un changement d’endroit, l’auteur nous le décrit comme pour nous faire l’imaginer dans les moindres détails et pour nous plonger dans l’univers des personnages : « il a de beaux cheveux très noirs et raides, et la peau cuivrée. Il a des yeux verts, et une petite moustache comme une ombre au-dessus de ses lèvres. Il a surtout un beau sourire(…) il porte un petit anneau »

J’ai assez apprécié le livre, mais il était difficile à mon goût à la compréhension et au suivi du fil conducteur de l’histoire, notamment par les longues descriptions mais aussi le caractère de l’écriture dont je n’ai pas l’habitude dans mes autres lectures. Ce livre m’a fait penser à Mariage de force de Leïla dont j’ai entendu parler, par rapport à l’homme qui lui est destiné par sa famille. Lalla et Leïla, qui raconte son autobiographie, s’opposent à leur mariage et s’enfuient.

Doriane B, 1STL

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12 février 2016 5 12 /02 /février /2016 17:23
Lafontaine, Hugues, La Princesse de Sant Julia

Je remercie Babelio pour ce roman publié en 2012 aux Éditions Chemins de Tr@verse, collection Histoires d'histoire. C'est l’oeuvre d'un professeur d'histoire formé à l'université de Rennes mais installé ensuite à Andorre et passionné par l'histoire de la principauté.

Il s'agit d'un roman aux personnages tout à fait romanesques et au cadre pittoresque qui n'est pas sans rappeler le pittoresque de Colomba ou de Mateo Falcone. Mais ces personnages romanesques évoluent dans le contexte historique de la guerre d'Espagne puis dans celui de la guerre 39/45 et la principauté est alors truffée d'espions de tous bords et traversée en toutes parts par les passeurs clandestins.

Sans doute la part du romanesque qui nous conduit presque jusqu'au trésor des Aztèques est-elle trop grande pour que celle de l'histoire soit réellement édifiante, sans doute l'écriture sans vraiment de relief est-elle trop lisse pour être marquante mais il n'en reste pas moins que ce roman fait découvrir un pan d'histoire souvent ignoré et que l'intrigue conduite avec divers rebondissement est accessible pour de jeunes lecteurs, dès 13 ou 14 ans, je pense.

extrait : "Alors le jeune franquiste, qui dit à voix forte s'appeler Ernesto d'Organya, fils de Jaume Iniacio, commanda du vin pour tous, et il le servit lui-même, passant de table en table. Tous les hommes, et même quelques femmes, levèrent leur verre pour l'Espagne, ce qui n'engageait à rien sinon à trinquer avec lui pour ce pays que tous aimaient, même s'ils ne l'aimaient pas de la même façon. Tous, même les soldats qui ne rechignaient jamais à lever leur verre, tous sauf Roberto. Je le vis du coin de l'oeil qui posait sa main sur son verre à eau. L'autre fronça ses gros sourcils et son oeil droit se ferma, laissant le gauche s'offusquer." (p. 78/79)

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