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12 septembre 2020 6 12 /09 /septembre /2020 22:23

Ce roman est le 14ᵉ de la série des Rougon-Macquart mais certainement pas le plus lu parmi les nombreux récits de Zola.

Or celui-ci présente la singularité de montrer son auteur à peine déguisé sous le pseudo de Sandoz en pleine époque de création et d'écriture des Rougon Macquart ! Ce Sandoz qui offre à diner tous les jeudis à ses amis artistes est comme les artistes qu'il reçoit, tourmenté par l'œuvre qu'il entreprend et s'acharne sur la moindre phrase avant d'aboutir mais lui au moins réussit à produire et même à se batir une fortune suffisante pour mener à Paris un train de vie de bourgeois. C'est loin d'être le cas de son ami Claude Lantier (fils de Gervaise et d'Auguste Lantier, frère d'Etienne Lantier) qui, malgré son talent reconnu et malgré son acharnement au travail, ne parviendra jamais à produire l'Oeuvre qui lui tient tant à cœur. Claude est peintre, Zola s'inspire de son ami Cézanne. Il est à l'initiative d'un mouvement novateur nommé le "plein air" qui conteste la peinture académique et cherche à s'imposer dans les "salons des refusés" mais même dans ces salons, Claude ne parvient pas à percer. Il a épousé Christine dont il a eu un fils hydrocéphale. Christine est devenue son modèle jusqu'à ce qu'elle finisse par comprendre que la peinture est sa rivale, précisément la femme qu'il peint d'après elle. La fin est évidemment tragique. Les personnages de ce roman sont ainsi des êtres tourmentés, dans le cas de Claude, jusqu'au suicide.   

L'Oeuvre permet d'explorer l'univers des artistes parisiens notamment des peintres impressionnistes et post impressionnistes : certains vivent dans la misère noire, d'autres s'embourgeoisent car le commerce des œuvres d'art est en plein essor, d'autres encore comme Bongrand ont connu le succès mais se tourmentent désormais car  comment renouer avec le succès et créer un tableau comme sa "Noce au village" ?

La plume de l'auteur épouse tantôt le regard de ses personnages mais même sans cela, elle se fait volontiers pinceau ce qui donne de fréquentes descriptions de Paris, de ses lignes, de ses formes, de ses couleurs et lumières à divers moments des jours.

extrait : Par les jours de ciel clair, dès qu'ils débouchaient du pont Louis-Philippe, toute la trouée des quais, immense à l'infini, se déroulait. D'un bout à l'autre, le soleil oblique chauffait d'une poussière d'or les maisons de la rive droite ; tandis que la rive gauche, les îles, les édifices se découpaient en une ligne noire, sur la gloire enflammée du couchant. Enfin cette marche éclatante et cette marge sombre, la Seine pailletée luisait, coupée des barres minces de ses ponts, les cinq arches du pont Notre-Dame sous l'arche unique du pont d'Arcole, puis le pont au Change, puis le Pont-Neuf, de plus en plus fins, montrant chacun, au-delà de son ombre, un vif coup de lumière, une eau de satin bleu, blanchissant dans un reflet de miroir ; et, pendant que les découpures crépusculaires de gauche se terminaient par la silhouette des tours pointues du Palais de Justice, charbonnées durement sur le vide, une courbe molle s'arrondissait à droite dans la clarté, si allongée et si perdue, que le pavillon de Flore, tout là-bas, qui s'avançait comme une citadelle, à l'extrême pointe, semblait un château du rêve, bleuâtre, léger et tremblant, au milieu des fumées roses de l'horizon. Mais eux; baignés de soleil sous les platanes sans feuilles, détournaient les yeux de cet éblouissement, s'égayaient à certains coins, toujours les mêmes, un surtout, le pâté de maisons très vieilles, au-dessus du Mail; en bas, de petites boutiques de quincaillerie et d'articles de pêche à un étage, surmontées de terrasses, fleuries de lauriers et de vignes vierges, et, par-derrière, des maisons plus hautes, délabrées, étalant des linges aux fenêtres, tout un entassement de constructions baroques, un enchevêtrement de planches et de maçonneries, de murs croulants et de jardins suspendus, où des boules de verre allumaient des étoiles. Ils marchaient, ils délaissaient bientôt les grands bâtiments qui suivaient, la caserne, l'Hôtel de ville, pour s'intéresser, de l'autre côté du fleuve, à la cité, serrée dans ses murailles droites et lisses, sans berge. Au-dessus des maisons assombries, les tours de Notre-Dame, resplendissantes, étaient comme dorées à neuf. Des boîtes de bouquinistes commençaient à envahir les parapets ; une péniche, chargée de charbon, luttait contre le courant terrible, sous une arche du pont Notre-Dame.

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