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24 mai 2022 2 24 /05 /mai /2022 15:03

Le narrateur vit dans un orphelinat en Sibérie où il est scolarisé. C'est là qu'il rencontre Vardan, un jeune garçon dont il prend la défense lorsque les collégiens l'agressent. Vardan, en effet semble différent en tout : il a une façon de raisonner et de rêver que les collégiens ne peuvent comprendre, il souffre d'un mal qu'ils ignorent. Le narrateur pourtant se lie d'amitié avec Vardan dont les différences lui semblent merveilleuses. Rosine, le professeur de mathématiques semble lui aussi comprendre le jeune garçon. 

Cette amitié singulière  permet au narrateur d'être reçu dans le quartier du "Bout du diable"  où vit Vardan avec  sa famille arménienne. Ceux qui vivent là s'y sont installés en attendant le jugement et la libération des prisonniers arméniens accusés de subversion séparatiste et complot anti soviétique. En les écoutant, le narrateur découvre la tragédie du génocide qu'ont traversé les familles avant de se retrouver là postées devant une prison soviétique. Leur installation semble précaire mais toute imprégnée d'une culture que le narrateur découvre avec curiosité : traditions, langue, objets. Le souvenir du Mont Arrarat hante les esprits de tous ces déracinés jetés sur les routes d'un interminable exil. Le narrateur quant à lui revient bien plus tard sur les lieux, hanté par le  souvenir de son ami Vardan mais aussi de son entourage, sa mère adoptive Chamiram, Gulizar, sa soeur, belle comme une princesse caucasienne, ou encore le sage Sarven. 

Ce récit est ainsi l'occasion de découvrir un pan plutôt méconnu de l'histoire  et de retrouver la belle écriture classique d'Andrei   Makine.

Extrait choisi : "Le lointain pays caucasien dont je ne connaissais presque rien se laissa imaginer dans la senteur amère du parfum et, plus encore, dans la patine de la résille d’argent qui enchâssait le flacon.

       Ma toute première impression venant du « royaume d’Arménie » fut donc dérisoirement ténue : un effluve odorant et cette teinte, noire et argentée, tonalités qui ouvraient l’enfilade d’un temps ancien – plus qu’elles ne signifiaient la simple alliance de couleurs. Les objets qu’il me serait donné de voir dans le « royaume » m’étonneraient toujours par leur aspect subtil, chantourné, « trop beau », me dirais-je, vu leur simplicité utilitaire. L’époque constructiviste où nous vivions et dans laquelle tout devait répondre à un but précis, à l’efficacité brute, rendait la beauté plus ou moins superflue et privilégiait un matériel sobre, sans aucune recherche esthétique, sans la profondeur d’une vie révolue. Le flacon « inutilement » enchâssé d’argent sembla interrompre le temps que j’avais connu jusque-là.

       La mère de Vardan s’appelait Chamiram et, après m’avoir soigné, elle me parla d’une manière à laquelle je n’étais pas habitué et qui me transfigura, par le seul timbre de sa voix, en leur hôte, m’octroyant la qualité d’un adulte respecté et rendant sans importance l’extrême dénuement de mon piètre « statut social ».

       « Et si vous preniez un café avec nous ? »

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