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16 octobre 2022 7 16 /10 /octobre /2022 15:08

Clara lit Proust est le récit d’une épiphanie : la découverte de La Recherche du temps perdu par Clara jeune coiffeuse du salon chez Cindy à Chalon sur Saône, épouse d’un pompier est pour elle une révélation lumineuse. Sa vie tout entière s’en trouve bouleversée. Rien pourtant ne semblait l’y préparer. On peut lire ce livre comme une apologie du pouvoir de la lecture et surtout comme une épiphanie : « L’affaire est de se libérer soit même : trouver ses vraies dimensions, ne pas se laisser gêner » est la citation de Virginia Woolf que l’auteur place en exergue.

Mais ce serait oublier Proust, omniprésent dans ce livre. Les personnages du salon, la patronne Mme Habib, la collègue Nolwenn, le collègue Patrick mais aussi la voisine du bar tabac Lorraine et bien sûr les clientes, Claudie en particulier, semblent avoir une sorte de lointaine parenté avec la duchesse de Guermantes, la tante Léonie, Odette, Charlus, Swann et les autres. C’est comme si le regard de Proust sur les êtres se portait aussi sur ces personnages modernes. Un entrelacs se dessine peu à peu entre le monde de Clara et celui de Proust dont des extraits de textes sont régulièrement cités, lus par Clara. Pourtant au contraire de l’écriture de Proust, l’auteur privilégie ici les chapitres courts voire très courts, les phrases brèves alors même que la longueur et la complexité des phrases de Proust est maintes fois rappelée, au début comme un frein à la lecture puis comme une trace de l’extrême précision de ses évocations. Proust est mort le 18 novembre 1922, bientôt 100 ans mais on voit bien ici qu'il n'a pas disparu.

Tout cela donne à ce roman l’effet d’une petite friandise qu’on aurait bien tort d’ignorer.

Extrait choisi : « Mme Habib dans son salon à neuf heures du matin ressemble à une femme jouant au casino le samedi soir. Chemisier de soie havane ou léopard, bracelet faisant cliqueter ses moindres gestes et Shalimar, beaucoup de Shalimar, tellement de Shalimar que le parfum, imprégnant l’endroit, en est devenu la marque autant que son carrelage blanc à effet marbré ou les deux notes de son carillon à l’entrée. Son maquillage excessif accentue l’expression de fatigue de ses yeux sortant légèrement de leurs orbites. Sa voix est enrouée, cassée par la cigarette comme à la fin d’une journée passée à attendre. Son teint est bistré par la poudre autant que les séances sous les lampes, Madame Habib est accro au bronzage ( aux beaux jours, à la pause déjeuner, il n’est pas rare de la voir, place de la Libération, assise à un bout de banc pas encore à l’ombre, déguster sa salade de riz, le visage offert au soleil). »

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