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4 décembre 2017 1 04 /12 /décembre /2017 21:47

Cette oeuvre est un roman, c'est écrit sur la couverture. Dans les cinquante cinq premières

pages, j'en ai presque douté tant la description de la violence que vivent les personnages mais aussi les personnes est épouvantable. Les cinquante cinq premières pages semblent être une sorte de reportage sur les horreurs que subissent les femmes quand elles deviennent objets sexuels ou quand le viol est une arme de guerre.

Ensuite, heureusement, le roman reprend le dessus : les deux héros acquièrent un prénom, une histoire, un univers qui leur est propre. Ils s'humanisent et deviennent attachant, l'un comme l'autre, la jeune fille victime, comme son tortionnaire qui se révèle lui aussi victime du destin. Ces pages sont particulièrement touchantes et bien écrites. On y lit par exemple : "Elle comprend ou croit comprendre cela très vite, Marie. Que pour qu'on l'aime il lui faudra sans cesse s'inventer. Et plus elle grandit, plus il lui semble que dans une simple répétition de ce qu'elle est : une enfant vive et facétieuse, ce qui suffit à beaucoup, elle disparaîtrait. C'est une conviction qui la taraude, qui la pousse aux prouesses tout en faisant grandir en elle une perpétuelle inquiétude." (p 70) ou à propos d'Édouard, son tortionnaire : "Il faut dire qu'il a été invisible avant d'être irregardable. Son père, produit du bel amour, en quête de grandeur, devenu chirurgien des guerres lointaines , réparateur mercenaire des gueules fracassées _ quelle ironie _, ne rentre que rarement auprès des siens et, lors, flamboyant, héroïque, les pensées restées au front.  Il n'a, pour son calme foyer, que peu d'attention." L'ironie dont il est question ici fera disparaître le  père "chirurgien des gueules cassées" quand son fils  en aura le plus besoin.

Une troisième partie nous dévoile la souffrance des parents et amis. Les voilà contraints de parler devant une caméra, trois ans après la disparition de Marie. Cette partie du roman m'a semblé moins émouvante, moins crédible, plus froidement clinique. Cela se rapproche trop clairement de la réalité, cela sent l'enquête.

Entre les pages de cette histoire de Marie et d'Édouard, l'auteure glisse de courts paragraphes au milieu de pages blanches pour évoquer les femmes, partout dans le monde, "prises sans répit tout au long de l'histoire humaine [...] jetées, livrées aux crachats ou finies à la machette, à la kalach, à mains nues" (p 66)

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