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25 juillet 2012 3 25 /07 /juillet /2012 11:19

Octave Mirbeau est l'auteur du Journal d'une femme de chambre et pourtant le film qui en est tiré, avec Jeanne Moreau comme inoubliable héroïne, est bien plus célèbre que le livre et que son auteur. A travers ce livre, j'ai donc découvert, l'auteur et son écriture. Même si selon la 4e de couverture, Mirbeau fut "salué par les plus grands, de TolstoÏ à Apollinaire, en passant par Zola", les quatre nouvelles qui composent ce recueil ne m'ont pas vraiment convaincue :

memoire.jpg

 

"Mémoire pour un avocat" est la plus longue des quatre nouvelles (une cinquantaine de pages), elle se présente comme un "mémoire" envoyé par le narrateur à son avocat afin de l'aider à plaider sa cause dans son divorce. Ce qu'il reproche à son épouse, ce n'est pas une infidélité. En réalité, "sa conduite fut toujours parfaite". Ce qu'il lui reproche c'est au fond d'avoir cessé du jour au lendemain, dès leur mariage, de correspondre  à son idéal féminin de la femme semblable à lui-même en tous points par ses goûts, ses habitudes : "nous aimions les mêmes poètes, les mêmes paysages, la même musique, les mêmes pauvres". Dès leur départ en voyage de noces, Jeanne est devenue insensible, froide, dominatrice, calculatrice, avare et lui-même, a toujours été incapable de lui résister, "car j'abdiquai, tout de suite entre les mains de ma femme", dit-il. Plusieurs mois de fiançailles ne lui avaient pas laissé imaginer le calvaire que serait pour lui une vie conjugale avec Jeanne, il n'avait vu alors que sa beauté et la femme idéale dont il projetait l'image en elle.

Dans "Clothilde et moi" le narrateur est encore le protagoniste principal. Pour profiter de trois mois en tête à tête avec Clothilde, la femme qu'il aime en cachette à Paris dans une relation adultère, il loue une "belle villa" sur la côte anglaise. Clothilde et lui attendent avec enthousiasme ces mois de liberté où ils seraient parfaitement libres de s'aimer. Pourtant, le moment venu, Clothilde arrive avec deux semaines de retard et "trente-trois grosses malles". Elle passe alors tout son temps à installer ses nombreuses toilettes dans la villa qu'elle envahit et qu'elle trouve trop petite et incommode, tant et si bien qu'elle finit par demander à celui qui n'a d'yeux que pour elle de sortir car elle manque de place. 

Dans "Le Pont", le narrateur vient d'épouser "une petite femme rose et blonde, très singulière, vive et charmante petite bestiole qui sautait, de-ci, de-là comme un chevrau dans la luzerne, et babillait, comme un oiseau dans les bois au printemps." Laure était sa "sixième épouse": des cinq autres deux étaient mortes on ne sait pourquoi, trois l'avaient quitté, on ne sait pourquoi. A la fin d'une promenade, Laure propose de prendre un raccourcis et de descendre vers la rivière pour regagner leur maison sur l'autre rive. Le narrateur a beau lui dire que c'est impossible car il n'y a pas de pont, elle s'entête et quand arrivée à la rivière, elle doit se rendre à l'évidence, elle rebrousse chemin, épuisée et fachée, irrémédiablement fachée. "Mon Dieu ! [pense le narrateur, ...], encore une qui m'échappe... Et Pourquoi ? ... Et que se passe-t-il en elle? [...] Déjà Clémence m'avait quitté, parce qu'un soir, en sortant du bal, il avait plu et que sa toilette fut perdue..."

"Veuve" est la dernière nouvelle du recueil : le narrateur est l'ami d'un couple très uni, Lucien et Lucienne. Un jour, il reçoit une lettre de Lucienne qui lui dit "Lucien est mort. Venez tout de suite." Il se précipite, persuadé qu'il y a une erreur, que c'est impossible, il trouve Lucienne en pleurs, Lucien est bien mort. Lucienne est éplorée, si éplorée, qu'elle... tombe dans ses bras.

Ces quatre nouvelles me paraissent finalement très datées : les narrateurs, sans doute très proches de l'auteur, semblent tous souffrir d'une méconnaissance des femmes ce qui les mène tous à la désillusion. Certains sans doute pourraient les taxer de misogynie mais cela me paraît excessif car ces narrateurs sont des êtres falots, sans caractère, prisonniers de leurs a priori. Quant à l'écriture, elle est très dépouillée mais manque un peu de relief à mon goût.

Publié dans la nouvelle collection étonnantiss!me de Flammarion, ce recueil est conçu pour la lecture cursive en 1e.  Il est en effet très facile à lire en lecture cursive.

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commentaires

P
<br /> Ici Pierrot, ermite des routes du Québec<br /> <br /> <br /> Bravo pour cette très belle analyse<br /> de la nouvelle d'Octave Mirbeau<br /> <br /> <br /> Dans le cadre de mon vagabondage poétique<br /> blogues-musée pertinents mais aléatoires<br /> pour mon oeuvre littéraire<br /> pertinente mais aléatoire<br /> <br /> <br /> permettez-moi de vous offrir<br /> une de mes chansons<br /> écrite en hommage à un couple<br /> exceptionnel qui m'ont fait<br /> l'honneur de leur amitié<br /> <br /> <br />          MARLENE ET MICHEL<br /> <br /> <br /> COUPLET 1<br /> <br /> <br /> Oh Marlene<br /> Oh Marlene<br /> après 25 ans<br /> ton grand amour pour ton mari<br /> est encore si visible<br /> <br /> <br /> il y a dans ta chambre<br /> sur le mur de ta chambre<br /> une très belle photo de toi<br /> prise quand tu avais 20 ans<br /> par ton chum<br /> devenu ton mari<br /> depuis<br /> <br /> <br /> c'est quasiment pas croyable<br /> qu'une femme soit si belle<br /> <br /> <br /> y a que le grand amour<br /> pour un seul homme<br /> pour faire briller des yeux comme ça<br /> tout autour d'elle<br /> <br /> <br /> je suis devenu<br /> l'ami d'un couple très uni<br /> <br /> <br />
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